Jun 05, 2020 Last Updated 1:45 PM, Jun 4, 2020

Dianra: Le Dialogue Interreligieux et Œcumenique

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Dans le territoire de notre mission nous avons pu constater l’existence des plusieurs confessions chrétiennes : l’église baptiste AEBECI, l’église baptiste « Œuvres et Mission », l’église des Assemblées de Dieu et l’église MEG-Vie (Mouvement Evangélique Grâce de Vie).

À Dianra Préfecture elles sont toutes présentes, tandis qu’à Dianra Village il n’y a que l’église AEBECI et une communauté des Assemblées de Dieu. Dans les villages on peut parfois trouver une communauté évangélique qui appartient à l’une ou à l’autre de ces dénominations évangéliques.

L’église AEBECI est la mieux enracinée dans le milieu et la première à s’y être implantée. La traduction que nous utilisons de la Bible en sénoufo a été faite par cette église. Donc, les livres deutérocanoniques n’ont pas encore été traduits en sénoufo.

Dans les dernières deux années, à Dianra Préfecture, est née une « cellule de prière » indépendante qui a été fondée par le Principal du Lycée Municipal. Elle est tellement indépendante qu’elle ne recueille même pas la sympathie des autres communautés évangéliques…

Avec celles-ci nous avons essayé dans les trois années passées d’organiser une soirée de prière et animation musicale à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Après une première année avec une discrète participation et un schéma préparé ensemble, cette initiative a dû faire face à une résistance de plus en plus forte de la part des pasteurs, surtout de la part de certains responsables de l’église AEBECI – à notre avis, la moins ouverte et la plus clairement hostile à toute initiative œcuménique. Ceux-ci ont entrainé dans leur camp aussi les autres pasteurs et dans la semaine œcuménique de cette année 2015 aucun pasteur n’y a pris part. Malgré cette opposition des responsables, des fidèles des autres confessions – invités par des catholiques amis – ont vécu avec nous unes belle soirée de prière interconfessionnelle assez animée et participée.

Le dialogue avec l’Islam

On n’est pas parvenu à pouvoir recueillir les renseignements nécessaires sur les confréries musulmanes présentes dans le territoire de notre paroisse. Les personnes interpellées, y compris le président du COSIM de notre Département, ne semblaient pas avoir compris la question. L’imam président du COSIM a dit explicitement : « Ici nous sommes tous également musulmans ».

Nous savons de l’existence d’une confrérie appelée « Ansar Din » que, étymologiquement, ça veut dire « ceux qui aident l’Islam », une confrérie musulmane venue du Mali, qui demande de prêter serment sur le Coran et devant un maître. Selon une terminologie chrétienne nous pourrions les situer plus proches des « cathares » car ils se croient plus proches de la religion-mère[1].

À notre avis, l’Église d’Odienné doit d’abord, sensibiliser tous les agents pastoraux, en commençant par le clergé et les consacré(e)s, sur un changement de mentalité nécessaire pour entamer ce dialogue.

Il nous faut comprendre les défis que cela comporte, comme aussi la situation « privilégiée » de notre diocèse, compte tenu de la situation de l’Islam dans le monde. Dans notre zone, les musulmans sont des personnes qui vivent leur foi avec sérénité et ils croient fermement que Dieu appelle chacun par une voie et ce qui est important c’est de rester fidèle au chemin qu’on a emprunté.

En nous, équipe missionnaire de Dianra, le désir de connaître l’Islam est bien présent. Il nous habite et stimule, mais il faut reconnaître que nos connaissances sont très pauvres.

L’Islam nous enrichit par le contact fréquent avec des personnes droites, honnêtes, qui ont la crainte de Dieu. Les musulmans ont un fort sens de la présence de Dieu dans leur vie et ne craignent pas de le manifester extérieurement, particulièrement par la prière.

Dans notre paroisse il y a très peu de mariages civils et religieux en général. Si nous considérons les mariages coutumiers traditionnels et les unions entre une femme chrétienne et un homme musulman, la donnée change sensiblement.

En effet, un bon nombre de femmes que nous admettons au Baptême cohabite avec un homme musulman. Généralement les sénoufos musulmans n’ont pas de difficultés à laisser leurs épouses vivre librement la foi chrétienne. Même s’il est vrai qu’il y a eu et qu’il y a des cas où le mari musulman – généralement malinké – pose des obstacles sérieux à la vie chrétienne de sa femme jusqu’à exiger qu’elle abandonne sa foi pour embrasser la foi islamique.

Nous reconnaissons le besoin d’une recherche plus exhaustive et complète de l’Islam dans notre diocèse. Il serait bon de regarder en face les obstacles et difficultés. Nous comptons sur la compétence de personnes sensibles et bien formées à cet élément essentiel dans l’évangélisation d’un milieu comme le nôtre.

Il serait souhaitable connaître ce qui a été déjà fait en Côte d’Ivoire dans le passé et aussi ce qui se fait actuellement dans le domaine du dialogue interreligieux.

Dans notre projet communautaire et missionnaire, voici ce que nous nous sommes proposés à Dianra : « Tout en confirmant l’option de se plonger dans la tradition, langue et culture sénoufo, nous voyons aussi l’importance de nous ouvrir au monde malinké, qui représente une bonne partie de la population du territoire de notre mission. Cette exigence ne cesse de nous provoquer et même il nous arrive de penser qu’il serait souhaitable destiner l’un de nous à l’étude de la langue dioula et de la culture dont elle est porteuse.

Nous voyons ainsi même l’opportunité de nous rapprocher du monde musulman. Pour nous le « dialogue interreligieux » passe par la possibilité de s’échanger avec une langue commune et l’expérience de l’amitié.

Nous nous engageons aussi à collaborer de plus en plus dans nos projets de promotion humaine avec nos frères musulmans en réalisant d’avantage le « dialogue des œuvres », spécialement à travers les programmes des microcrédits aux femmes (où une femme musulmane fait partie de l’équipe des responsables avec les autres membres catholiques) et de l’alphabétisation.

Dans ce souci, nous assumons, donc, les propositions et orientations de notre dernière Conférence[2].

Concrètement, nous allons soigner davantage les fêtes musulmanes dans notre formation communautaire de chaque mardi. Nous les insérons aussi dans notre programmation pastorale afin que même nos catéchistes et communautés puissent les connaître et s’initier à des gestes d’amitié interreligieuse.

Voici, enfin, un extrait d’un article que l’un d’entre nous vient d’écrire pour présenter notre implication dans ce domaine de la mission :

Le dialogue interreligieux est un des « thèmes majeurs » de la réflexion actuelle sur la mission. Ici dans le Nord, et, particulièrement à Dianra, nous le sentons comme nécessité et comme défi au même temps. Thème, nécessité, défi qui inspirent, ici, chez nous, des petits pas.

Nous sommes dans un milieu avec une grande présence musulmane et, devant cette réalité on peut se fermer dans notre petit cercle de chrétiens, capable d’occuper tout notre temps, ou on peut s’ouvrir au contact avec les autres et chercher voies d’amitié, collaboration ou projets en commun.

Avec l’amitié, le dialogue de la vie et des œuvres, nous pouvons envisager ensemble un chemin long qui conduit à ce que l’Evangile appelle le Royaume de Dieu. Nous vivons probablement un contexte privilégié de relation avec le milieu musulman : amitié, visites à l’occasion des grandes fêtes musulmanes ou chrétiennes, participation dans nos projets de promotion humaine et sociale, etc.

Une grande partie des personnes bénéficiaires de nos projets de santé, alphabétisation ou microcrédit sont des musulmans. Le médecin responsable de notre Centre de Santé Joseph Allamano est un musulman qui nous édifie par sa compétence, honnêteté et religiosité et la même chose on peut dire de beaucoup d’autres personnes qui nous entourent et avec qui nous vivons et travaillons ensemble.

On s’étonne de voir un animateur, musulman, venu pour une journée de formation pour les femmes se retirer en prière au milieu de la journée et au soir… Quand nous, très souvent, avons oublié notre prière !!!

Il ne nous est pas toujours facile expliquer à nos femmes chrétiennes pourquoi nous accordons le microcrédit aux femmes musulmanes...

Plus en concret, à Gbominasso, village complètement malinké et musulman, depuis presque deux ans, nous entretenons une présence régulière, on y a implanté un groupe de microcrédit qui a très bien travaillé et on envisage une présence plus permanente encore à définir et inventer.

Le regard à la situation actuelle dans le monde, à commencer par des pays proches de la Côte d’Ivoire, nous invite davantage à approfondir ce chemin. Le fondamentalisme, la terreur et l’intolérance sont tout prêts de nous et plus qu’un défi sont une menace.

Nous accueillons l’appel pressant du Pape François à différents groupes des évêques de l’Afrique de l’Ouest pour profiter toutes les occasions de dialogue et amitié.

Comme a dit l’un des plus grands poètes espagnols du XXème siècle : « Caminante, no hay camino, se hace camino al andar ».

Équipe Missionnaire de Dianra

 

[1] Ses renseignements nous ont parvenus le 24 avril 2007 par Mr. Dosso, principal du Collège Municipal de Dianra (à cette époque-là) et Mr. Touré Alassane, agent d’Ivoire Coton. Ils ont entretenu les missionnaires de la Consolata du secteur nord pendant la matinée sur l’implantation de l’Islam au nord de la Côte d’Ivoire.

[2]Voici quelques extraits du texte de notre Conférence auquel notre projet fait référence :

« Mettre en place un dialogue interreligieux à travers l’amitié, les visites, la proximité et l’écoute de nos frères et sœurs d’autres religions.

Impliquer nos frères et sœurs d’autres religions dans la gestion et mise en place d’œuvres de promotion humaine (éducation, santé, promotion de la femme).

Créer, là où il s’avère possible, un groupe de travail ou un collectif des membres des différentes religions.

Connaître la langue dioula car elle favorise l’expérience de l’amitié avec le monde musulman » (cf. III Conférence IMC-CI pp. 46-47).

 

 

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