May 21, 2018 Last Updated 12:05 PM, May 20, 2018

Me laisser transformer par le Rêve de Dieu dans la Vie Communautaire

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Introduction

Ma joie est grande de partager avec vous sur le thème: Me laisser transformer par le Rêve de Dieu dans la vie communautaire. Laissez-moi débuter par une anecdote. Un jeune religieux pose une question à plusieurs de ses confrères ainés: « Quel est votre secret pour vous réjouir de la vie religieuse? » La majorité lui a répondu que le secret est de « faire la Volonté de Dieu ». J’ose reformuler leur réponse ainsi, le secret pour vous réjouir de la vie religieuse c’est de se laisser transformer par le rêve de Dieu.

Dans cette réflexion, j’essayerai de répondre à certaines questions fondamentales comme: Que signifie se laisser transformer? Pourquoi faut-il se laisser transformer? Que signifie le Rêve de Dieu?  Pour répondre à ces interrogations, je commencerai par une introduction; puis  j’expliquerai les groupes nominaux « se laisser transformer » et « le Rêve de Dieu » en les situant dans le contexte de la vie communautaire. Enfin, je terminerai par une conclusion.

I. Me laisser transformer

Je désire avant tout me baser sur les Saintes Écritures pour vous faire découvrir ce que l’on peut entendre par ‘me laisser transformer’. L’apôtre Paul s’adresse à ses sœurs et frères en les exhortant à « se laisser transformer par le renouvellement de leur jugement, voire leur façon de vivre, afin qu’ils discernent quelle est la Volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait» (Rom 12, 2). Ceux et celles à qui ce « jugement » fait défaut se manifestent par un comportement erratique. Ils pratiquent d’« injustice, méchanceté, malice; étant pleins d’envie, de querelle, de tromperie et d’autres choses nuisibles » (Rom 1, 28-31). Nous comprenons alors mieux la raison pour laquelle l’apôtre exhorte celles et ceux, devenus chrétiens, à se transformer et à renouveler leur vie. Me laisser transformer c’est accepter le Seigneur dans ma vie et faire de lui le Centre de ma vie, car c’est Lui qui « nous donne un cœur nouveau et met en nous un esprit nouveau » (Ézéchiel 36, 26). Ensuite, me laisser transformer,  c’est enlever de mon cœur « toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie et toute méchanceté » (Éphésiens 4, 31) et de manifester de la « bonté les uns envers les autres, être compatissants, se pardonner réciproquement à l’exemple du pardon que le Christ nous a accordé. » (Ép. 4,32)

Finalement, Me laisser transformer est un cheminement de conversion et de renouveau. Il s’inscrit dans le cri du cœur que lance le pape François, ces dernières années d’être disciples-missionnaires, enthousiastes à évangéliser et à témoigner de l’amour du Christ par la sainteté de notre vie. Il s’agit d’un « total renversement intérieur que l’Évangile désigne sous le nom de « metanoia », une conversion radicale, un changement profond du regard et du cœur » (Paul VI, Evangelli Nuntiandi, No. 10). Je parle ici de la revitalisation de nous-même, c.à.d. notre renouvellement spirituel et humain en tant que chaque consacré. « La revitalisation exige de ma part l’urgence de changer moi-même en premier lieu avant d’exiger du changement des autres dans la communauté. » (Cf. Actes du Chapitre Général, 2017). Ainsi, j’éviterai le risque de tomber dans la tentation de « regarder la paille qui est dans l’œil de ma sœur sans pour autant remarquer la poutre qui est dans mon œil à moi » (Mt 7,3). Il est pernicieux de vouloir que les autres membres de ma communauté reflètent le type de personnes que je voudrais être, de vouloir vivre avec des confrères qui répondent à mon propre désir. La vie communautaire doit être « réglée de façon à devenir pour tous les membres ‘une aide réciproque pour que chacune réalise sa propre vocation’ et les membres ne doivent pas avoir peur de changer les choses selon la loi de l’Évangile, selon la loi des Béatitudes » (Sr Lorraine Caza, pp. 182-186.)

Lorsqu’on met en première place Jésus-Christ, sa Parole écoutée et vécue, nous devenons témoins authentiques et capables de témoigner du Rêve de Dieu. Ce dernier nous transforme et nous faisons « fleurir ce qui est  ‘desséché; vivre la nécessaire conversion dans l’esprit de la Joie de l’Évangile. » (Sr Lorraine Caza, Ibid.).

II. Le Rêve de Dieu

Dans la lettre aux Galates 5, 19-26, nous apprenons que: « (…) les œuvres de la chair sont impureté, (…) haines, discorde, jalousie, disputes, scissions, sentiments d’envie (…). Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, fidélité, douceur, tempérance (…). Ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises. Si nous vivons par l’Esprit, que notre conduite aussi soit inspirée par l’Esprit. Ne cherchons pas la vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous enviant mutuellement ».

Ce texte nous rappelle que le ‘Rêve de Dieu’ n’est autre que vivre dans l’amour, dans le bonheur provenant de l’Esprit de Dieu. En d’autres termes, le Rêve de Dieu signifie vivre dans les Béatitudes; « vivre selon la Volonté de Dieu ». Qu’est-ce que cela veut dire en soi?  C’est dire comme l’apôtre Paul que « ce n’est plus moi qui vit mais le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20). C’est « voir le beau, apprécier le bon et faire le bien! » (Leblanc Sylvie, p. 21). Succinctement, c’est vivre et témoigner de l’amour de Dieu, manifesté d’une part, dans l’union entre Dieu et vous, et d’autre part, entre vous-mêmes, et finalement, envers vous et les autres personnes que vous rencontrez sur vos chemins. « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour atteint en nous sa perfection » (1 Jn 4, 12).

II.1. Actualisation du ‘Rêve de Dieu’ dans la vie communautaire

Dans la vie communautaire, le Rêve de Dieu est expérimenté dans la fidélité, la vérité et la charité.

II.1.1. Vivre sa vocation dans la fidélité

La fidélité dont il est question ici se réfère au Maitre, Jésus-Christ. Il nous a appelés pour une mission spéciale dans la communauté avec nos confrères: défendre l’amour fidèle et nous encourager dans nos engagements dans la vie communautaire considérée comme un espace où se manifeste l’amour divin; défendre l’unité et l’indissolubilité de notre promesse, de nos vœux, comme signe de la grâce de Dieu de votre capacité d’aimer sérieusement.

II.1.2. Vivre sa vocation dans la vérité

Le psalmiste dit: « Envoie ta Lumière et ta Vérité: elles me guideront, me mèneront à la montagne sainte, jusqu’en tes Demeures » (Ps 43, 3). C’est la vérité qui protège les consacrés de tentations de l’autoréférentialité et les incite à la transformation de l’amour égoïste en amour vrai. « Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement rempli. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité » (Benoit XVI, Lettre Encyclique Caritas in Veritate, n.3)

II.1.3. Vivre sa vocation dans la charité

Vivre sa vocation de consacré dans la charité signifie de ne pas pointer du doigt pour juger les autres. Par contre, cela implique aussi le devoir de chercher et de soigner les confrères blessés dans l’accueil et la miséricorde. Comme dit le Pape François, c’est d’être « hôpital de campagne » aux portes ouvertes pour accueillir quiconque frappe pour demander aide et soutien; de sortir de son propre enclos vers les autres avec un amour vrai, dans le but de marcher avec l’autre blessé, pour l’inclure et le conduire à la source du Salut. Jésus ne nous dit-il pas que « ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs » (Mc 2, 17). Se laisser transformer par le Rêve de Dieu c’est d’accueillir mon confrère, l’accompagner, être un pont et non une barrière.

De ce qui précède, ma réflexion m’amène à comprendre que dans la communauté nous nous retrouvons avec des confrères que nous n’avons pas choisis, mais dont Dieu nous a fait cadeau. Ces confrères sont un mystère; ils ont leurs histoires, leurs blessures, leurs qualités et leurs limites. Nous sommes disposés à prendre soin d’eux, à les protéger et à disposer d’un espace d’épanouissement pour leur liberté. De plus, nous sommes appelés à laisser convertir toutes les relations en apprenant à ne pas voir l’autre différent de nous comme un ennemi ou un rival, mais plutôt à aimer l’autre tel qu’il est et non en raison de son appartenance sociale, raciale, ethnique, continentale ou le nombre des diplômes qu’il détient. C’est accorder du prix à chacun, « expérimenter le vivre-ensemble marqué par l’inter-génération et interculturalité. » (Sr Suzanne David)

Chers confrères, la dynamique de la vie communautaire prouve que personne d’entre nous ne se suffit à elle-même. Elle exige de se mettre en chemin pour un exode au plus profond de soi-même attiré par cette « terre sacrée de l’autre » (François, Exhortation apostolique la Joie de l’Évangile, No.169) pour fusionner dans la communion. C’est ce que le Père Arnold Simon-Pierre, o.s.b., dit par « laisser la radiographie amoureuse du regard communautaire accompagner toute fragilité avec la même tendresse que celle du Christ » (Cité par Audet Michelle, p. 173).

« Se laisser transformer par le rêve de Dieu dans la vie communautaire » implique une vie de religieuse authentique. Ce qui revient à dire qu’on est en face des religieux qui vivent ce qu’ils disent. Souvenons-nous de la formule québécoise qui dit, avec humour, « que les bottines doivent suivre les babines ». Cela revient à dire que l’agir des religieux doit être cohérent avec leurs paroles, ils doivent devenir des disciples-missionnaires, des témoins. « Ce n’est pas seulement l’agir des religieux, leurs paroles, leurs activités pastorales qui sont en jeu, mais le témoignage du sens d’une vie construite sur le « Toi seul » dit au Seigneur » (Audet Michelle, p. 175). Cela rejoint le Pape Paul VI pour qui, « le monde moderne écoute plus volontiers les témoins que les maîtres » (Evangelii Nuntiandi, No. 41).

Conclusion

Nous voici au terme de notre réflexion sur le thème « Me laisser transformer par le Rêve de Dieu dans la vie communautaire ». Dietrich Bonhoeffer, ce théologien de renommée et d’heureuse mémoire a dit: « la personne qui préfère son rêve d’une communauté humaine à la communauté elle-même, celle-là devient la destructrice de toute communauté chrétienne, quels que soient l’honnêteté, le sérieux et le dévouement que cette personne exprimait, personnellement, dans ses intentions », (Dietrich Bonhoeffer, p. 31). Dans la vie communautaire, le Seigneur nous a reliés ensemble dans un seul corps en Jésus-Christ, Centre de notre vie communautaire. Nous laisser transformer par le rêve de Dieu dans notre vie communautaire nous oblige à nous soumettre à la Volonté de Dieu et nous entraine à faire preuve d’abnégation de soi. Ce Rêve de Dieu fait que nous nous naissons de nouveau, que nous nous convertissons, sorte de palingénésie, une « action de renaître, de retour à la vie après un état de mort réelle ou apparente » (Rabelais, p. 135; Ézéchiel 36,26). L’exemple le plus probant est celui de Nicodème dans sa rencontre avec Jésus pour qui, il faut naître de nouveau pour voir le Royaume de Dieu (Jean 3, 1-7).

Arrivés à ce stade dans notre vie personnelle, nous serons en mesure de témoigner de cet amour expérimenté avec le Seigneur envers nos confrères, considérés compagnons de route qui ont leurs qualités et leurs limites. Nous ne nous servirons plus de leurs faiblesses comme des outils pour les détruire, les calomnier, nous éloigner d’eux ou les effacer de notre vie. Ils seront plutôt considérés comme nos confrères avec lesquels nous nous tenons solidairement sous la Parole du Christ et que leurs faiblesses sont pour nous l’occasion de rendre grâce sans cesse à Dieu pour le fait que nous avons tous le droit de vivre sous l’amour et le pardon de Dieu en Jésus-Christ. Nous découvrons « Dieu en chaque être humain, qui sait supporter les désagréments du vivre ensemble en s’accrochant à l’amour de Dieu, qui sait ouvrir le cœur à l’amour divin pour chercher le bonheur des autres comme le fait leur Père qui est bon. » (Pape François, La Joie de la Vérité, No. 4, a).

Chers lecteurs, sans l’amour, tout reste stérile. Cherchons à nous laisser conduire et guider dans notre vie quotidienne en écoutant la voix du Seigneur à travers la prière, l’adoration du Saint Sacrement, la lecture de la Parole de Dieu, l’Eucharistie, le silence, les témoignages de vie de nos confrères, les personnes que Dieu met sur nos chemins, voire pendant la méditation personnelle. Se laisser transformer par le Rêve de Dieu dans la vie communautaire n’est pas fruit de notre propre force. C’est un processus qui nécessite la grâce et le secours de l’Esprit-Saint. À chacun selon son temps.

Bibliographie

  • Audet (Michelle). « Religieux et Religieuses ‘Qui êtes-vous?’ dans Reflets des transformations de l’identité de la vie religieuse. EN SON NOM-Vie Consacrée aujourd’hui. Vol. 75; No. 4; Septembre – Octobre 2017; pp. 170-175.
  • Auvray, P. (1961). La Bible de Jérusalem. Paris: Les éditions du Cerf
  • Benoit XVI (29 juin 2009). Encyclique Caritas in Veritate. Vatican: Libreria Editrice Vaticana
  • Bonhoeffer, Dietrich (2007). De la vie communautaire et Le livre de prières de la Bible. Genève: Labor et Fides.
  • Caza (Lorraine). « À vin nouveau, outres neuves? » dans Reflets des transformations de l’identité de la vie religieuse. EN SON NOM-Vie Consacrée aujourd’hui. Vol. 75; No. 4; Septembre – Octobre 2017; pp. 182-186.
  • François (Pape). « Homélie » du 23 janvier 2014. Vatican : Chapelle - St Marthe
  • François (Pape). (24 novembre 2013). La Joie de l’Évangile. Rome: Libreria Editrice Vaticana.
  • François (Pape). (27 janvier 2018). La Joie de la Vérité. Rome: Libreria Editrice Vaticana. Leblanc, Sylvie. « L’art de vivre en action de grâce »; dans Merci pour les nouveaux commencements! EN SON NOM-Vie Consacrée aujourd’hui. Vol. 76; No.1; Janvier – Février – Mars 2018, pp. 18-21.
  • Paul VI (Pape). (8 décembre 1975). Evangellii Nuntiandi. Rome: Libreria Editrice Vaticana Tiers Livre, XVIII, 61, éd. M. A. Screech, p. 135
  • Suzanne David « La vie consacrée et les défis de l’évangélisation aujourd’hui », 17 janvier 2015, Session diocésaine / Angers. Instruction Chrétienne, Saint-Gildas Chargée de mission à la CORREF (Conférence des religieux et religieuses de France)
Ultima modifica il Lunedì, 12 Febbraio 2018 22:57
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