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La vie nous dévoile une expérience à « Recto-verso ». Tantôt l’on est en fête, tantôt en deuil. C’est dans la même expérience que se trouve l’Eglise Catholique en RDC, ainsi que tout le peuple congolais. C’était le 1 décembre 2010 que son Eminence Laurent Cardinal Monsengwo Pasinya est revenu de Rome revêtu de la pourpre cardinalice.
Pleins de joie, et tout en rendant grâce à Dieu pour cette merveille, les gens de tout âge, sexe, classe sociale et de toute origine se sont rendus tout au long du boulevard Lumumba, dans toutes les rues de Kinshasa comme au Stade des Martyrs pour accueillir le nouveau cardinal.
Trois mois plus tard, la même Eglise se trouve en deuil. Ces jours-ci, cette Eglise a perdu un bon nombre de ses pasteurs, dont le plus récent est le Professeur Mgr MAPWAR Bashuth Faustin, d’heureuse mémoire. Paix soit à son âme ! La mort douloureuse et inopinée de celui-ci est survenue le 06 mars 2011 à Kinshasa, à la suite d’un accident de circulation. Né le 15 décembre 1945, et devenu prêtre du Diocèse d’Idiofa (Bandundu) depuis le 11 aout 1974, l’Abbé Faustin-Jovite MAPWAR s’est donné corps et âme au service de l’Eglise du Congo pour toute sa vie. Une fois vicaire épiscopal du Diocèse d’Idiofa, Mgr MAPWAR a montré son amour pour l’Eglise. Ce n’est pas tout, et ce n’est pas assez dire !
Le feu Abbé s’est montré compétent comme professeur et chercheur, les tâches auxquelles il s’est donné jusqu’à la dernière heure de sa vie. « Professeur à l’Université Catholique du Congo(UCC), à l’Institut Saint Eugène de Mazenod(ISEM), à l’Université Saint Augustin de Kinshasa(USAKIN)… l’Abbé Faustin-Jovite MAPWAR Bashuthe fut un homme socialement bon, intellectuellement outillé, pasteur infatigable… Reconnu par ses étudiants à cause de sa manière de dispenser les cours. Non seulement il rendait et l’histoire de l’Eglise et la patrologie bonnes et utiles, mais aussi belles et attrayantes pour ses étudiants qu’il aimait tant. Oui, il racontait l’histoire à la manière de « nos contes ». Il récusait des fausses réponses avec son fameux : « Wapiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !» (Cf. In Memoriam). Ou encore, si l’étudiant hésitait, il disait souvent « ça doit couleeeeeeeeeeeer, mon ami ! », tout en assumant une posture d’insistance qui l’amenait inconsciemment à s’accroupir et à rester en cet état pendant quelques dizaines de secondes. Et, lorsqu’un étudiant lui posait une question : « s’il vous plaît professeur, cet événement-là, quand s’était-il passé ? », il répondait : « Kalakalaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !», tout en revenant à la même posture d’insistance.
Lors de son cours de Patrologie, il avait l’habitude de demander aux étudiants de citer au moins dix biographies (en latin = Vita), ainsi que leurs auteurs. Quelques jours avant sa mort, l’Abbé MAPWAR avait posé une telle question. Les étudiants ont commencé à y répondre : Vita Cypriani, Vita Ambrosii, Vita Augustini, Vita Fulgentii, Vita Hilarii, Vita Antoni…jusqu’à la neuvième Vita ; et tout en ne se souvenant plus de la dixième Vita pour compléter la liste, un des étudiants a crié : « VITA MAPWARII !!! »…Tout l’auditoire riait aux éclats. Puis il a continué avec la deuxième partie de la question : « Qui a écrit Vita Cypriani ? (Classe : Pontius) ; Vita Ambrosii ? (Classe : Paulin de Milan) ; Vita Augustini ? (Classe : Possidius) ; Vita Hilarii ? (Classe : Fortunat de Venice) ; Vita Antonii ? (Classe: Athanase). Lors de ce jeu de question-réponse, un autre étudiant a posé une question du même genre : « Qui écrira VITA MAPWARII ? », un autre lui a répondu : « c’est moi qui écrirai VITA MAPWARII ! ». L’Abbé s’est mis à sourire, tout en hochant la tête, avec un regard de confiance et de confirmation. C’était comme une blague d’alors, mais aujourd’hui, cette question s’avère pertinente : « Qui écrira VITA MAPWARII ? ».
Le feu Patrologue était un érudit, un monument dont il faut écrire une « Vita ». Cela servira de modèle et d’inspiration aux jeunes qui se forment dans la science, ainsi qu’à tout chrétien qui cherche la vérité dans la science. Parmi ses nombreuses œuvres, nous voudrions en mentionner quelques-unes : La polémique anti-arienne de St. Fulgence de Ruspe en Afrique du Nord (Ve – VIe Siècles), Rome, 1988 ; La résistance de l'Eglise Catholique à la foi arienne en Afrique du Nord, in Revue Africaine de Théologie 17/ 34 (1993) ; La mort tragique des dictateurs et persécuteurs des chrétiens. Lecture critique du "De mortibus persecutorum" de Lactance, dans Revue Africaine de Théologie 18/36 (1994) ; L'In Flaccum de Philon d'Alexandrie, source du De mortibus persecutorum de Lactance, in Revue Africaine de Théologie 21/ 42 (1997) ; Un évêque peut-il abandonner son diocèse assiégé? Cas de Cyprien de Carthage et situations contemporaines, in Revue Africaine de Théologie 23/45 - 46 (avril - octobre 1999) ; La pratique de la théologie au Congo - Kinshasa, d'une génération à une autre. Mélange en l'honneur des professeurs L. Van Baelen, L. de Saint Moulin et J. Ntedika Konde, FCK. 2001 ; Saint Cyprien pasteur et promoteur de l’autonomie des Églises locales, in RAT Vol. 11, n° 19 (avril 1987) ; La réadmission des « Lapsi » aux sacrements de l’Église catholique au temps de Cyprien de Carthage (248 / 49-258) et à l’heure actuelle, dans RAT vol. 15, n°30 (octobre 1991). En plus, il a laissé sous presse un document sur La Hiérarchie épiscopal au Congo.
Aussi donné le titre d’ « Ambassadeur de la Paix » grâce à son engagement aux niveaux de l’Eglise et de l’Etat pour la paix et pour la promotion humaine, Mgr MAPWAR était un véritable chercheur de la vérité. Cela se montrait par l’esprit qu’il suscitait chez ses étudiants : un esprit scientifique de « nager » ou de « voyager » dans les sources, et de se laisser séduire par celles-ci. A chaque séance, il apportait une trentaine de livres, différents de ceux qu’il avait apportés à la séance antérieure.
Notre Eglise a perdu un véritable pasteur. Mais le Seigneur, Maître de tout, Qui l’a appelé auprès de lui suscitera par sa Providence quelqu’un d’autre pour continuer cette œuvre. Mais une question demeure : « Qui écrira VITA MAPWARII? ».
Cher Abbé, nous nous souviendrons toujours de vous, et de tout ce que vous étiez pour nous !
« Heureux ce serviteur que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte » (Mt 24, 46).
« Il est passé en faisant le bien… » (Ac 10, 38).
Adieu notre aîné ! Bika nde moyo na nge kuvanda na ngemba ! Kende malamu Papa! Mungu akulaze mahali pema peponi! May you rest in peace! Amen! |