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SECTION
II
FONDEMENTS BIBLIQUES POUR JUSTICE, PAIX ET INTEGRITE DE LA CREATION
2.1 INTRODUCTION
Le
message biblique est fondamentalement
unjnessage de VIE, d'ESPÉRANCE, de JUSTICE et de PAIX.
Une relecture ou une nouvelle interprétation de la Bible
est nécessaire pour découvrir le thème biblique
de la justice, fondé sur des relations "justes",
ce qui est en filigrane à travers toute la Bible.
Dans la Bible, Dieu ne cesse de prendre l'initiative, de se révéler
comme Amour et Compassion parce qu'il désire établir
une profonde relation:
o entre lui et ses créatures;
o entre les personnes;
o entre les personnes et le reste de la Création.
Cette image de Dieu doit remplacer d'autres images fausses que nous
pouvons avoir acquises dans le passé par une interprétation
incomplète de la Bible.
La recherche et l'étude bibliques continuent à progresser,
et ainsi de nouvelles découvertes contribuent à renouveler
les images de Dieu et de Jésus, images nouvelles qui nous
aident à approfondir le fondement biblique de Justice, Paix
et Intégrité de la Création (JPIC).
Il est intéressant de noter que le Pape Léon XIII
- le premier Pape à écrire une encyclique sociale
(Rerum Novarum) - est aussi le premier Pape à écrire
une encyclique sur les Ecritures (Providentissimus Deus). Cela semble
confirmer le lien étroit entre la Bible et la Justice Sociale.
II peut être utile, à ce stade de notre réflexion,
de dire quelques mots sur l'Interprétation de la Bible dans
l'Église, titre du document publié en 1993 par la
Commission Biblique Pontificale. Les quatre points suivants relevés
dans ce document répondent à la question: Pourquoi
une interprétation "renouvelée" de la Bible
aujourd'hui?
o Cette étude n'est jamais terminée; chaque époque
doit de nouveau, à sa manière, chercher à comprendre
les Livres Saints...
o La gamme méthodologique des études exégétiques
s'est amplifiée d'une manière qui n'était pas
prévisible il y a trente ans...
o Le message biblique est solidement enraciné dans l'histoire.
Il s'ensuit que les écrits bibliques ne peuvent être
correctement compris sans un examen de leur contexte historique.
Les recherches "diachroniques" (développement historique
de textes ou de traditions), seront toujours indispensables à
l'exégèse, comme les approches "synchroniques"
(concernant la langue, la composition, la structure narrative et
le pouvoir de persuasion), pour faire ressortir toute la vérité
du texte et pour donner satisfaction aux légitimes exigences
du lecteur moderne.
o Cette méthode, en elle-même, a eu notamment comme
résultat de manifester plus clairement que la tradition néo-testamentaire
a son origine et a pris sa forme dans la communauté chrétienne,
ou Église primitive, passant de la prédication de
Jésus lui-même à la prédication qui proclame
que Jésus est le Christ".
Selon le document "L'interprétation de la Bible dans
l'Église"', publié par la Commission Biblique
Pontificale, 1993.
C'est à la lumière d'une telle évolution de
l'étude de la Bible que nous avons développé
notre compréhension du concept biblique de la justice comme
relations justes. La recherche de la justice correspond en fait
à l'effort pour créer des relations constructives
et libératrices à tous les niveaux:
2.1.1 Relations dans la Bible
2.1.2 Relations de Dieu avec les Humains
2.1.2.1 Dans les Écritures hébraïques (Ancien
Testament)
Ex
34, 5-7: Un Dieu de tendresse et de pitié, lent à
la colère, riche en grâce et en fidélité,
qui pardonne...
Jr 31, 3: D'un amour éternel je t'ai aimée... fidèle...
Jr 29, 11-14: Je sais, moi, les desseins que je forme pour vous...
desseins de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et
une espérance.
Is 49, 14-16: Une femme oublie-t-elle son petit enfant?.. Vois,
je t'ai gravé sur les paumes de mes mains.
Os 11, 1-9: Et moi j'avais appris à marcher à Ephraïm...
je le prenais par les bras... Je les menais avec des attaches humaines,
avec des liens d'amour... je m'inclinais vers lui et le faisais
manger.|
PS: 9, 12, 22, 35, 69, 72, 82, 103, 107,130, etc.
2.1.2.2 Dans le Nouveau Testament
Nous avons trois paraboles du Nouveau Testament qui indiquent clairement
une nouvelle compréhension de la relation entre Dieu et l'homme,
une relation basée sur un nouvel ordre de la justice telle
que la conçoit Jésus.
1) Mt 18, 21-35: La parabole du Maître miséricordieux:
la pitié du maître est extraordinaire, car il n'agit
pas selon les normes humaines. Il fait preuve de compassion envers
son serviteur qui implore sa clémence et lui remet toute
sa dette.
2) Mt 20, 1-16: La parabole de l'Employeur compatissant: le propriétaire
de la vigne se préoccupe des chômeurs. On nous dit
que plusieurs fois dans la journée il va à leur recherche,
les invitant à travailler à sa vigne. Sa préoccupation
n'est pas que le travail soit fait, mais que les travailleurs soient
suffisamment payés pour assurer une vie décente à
leur famille. La justice de Dieu se conforme aux besoins des personnes.
3) Le 15, 11-32: La parabole du Père compréhensif
("Enfant prodigue"): il comprend de façon inhabituelle
son jeune fils qui veut tenter l'aventure. En acceptant cela, il
sait le risque qu'il prend en tant que père. Lorsque finalement
son fils revient à la maison, le père ne demande aucune
explication; il le comble seulement d'amour et de compassion.,Quand
le fils aîné réagit avec colère devant
l'attitude du père envers son plus jeune frère, le
père lui explique doucement que tout ce qui compte, c'est
que ce frère plus jeune soit "retrouvé"
avec une vie nouvelle.
Ces trois paraboles reflètent le concept biblique de la justice
comprise comme "relation juste", de pitié, de compassion,
de compréhension, de pardon.
Dieu est du côté des pauvres parce qu'ils sont pauvres
et objets de discrimination. C'est ainsi qu'est Dieu, et c'est tout
l'objet de son Alliance: un pacte avec les pauvres pour qu'ils puissent
vivre en frères et soeurs dans une communauté de foi
égalitaire. Dieu n'idéalise pas le pauvre. Il n'est
pas contre le riche ou le puissant: II est contre les structures
de la société qui opposent riches et puissants aux
pauvres et aux dépossédés de la terre. Dieu
les sauve tous.
2.1.3 Relations entre les humains
2.1.3.1 Les Alliances du Sinaï et du Lévitique
Ex 22, 20-21 )
Dt 10,18-19 ) Juste traitement pour les orphelins, les veuves et
les étrangers
Dt 24, 17-24 )
Ex 22, 24-26 )
Ex 23, 3-11 ) Juste traitement pour le pauvre et le nécessiteux
Lv 15, 4 ss )
Dt 24, 12-15 )
Ex 22,24 - ne pas prendre d'intérêt
Ex 23,6 - justice envers le pauvre
Lv 19, 35-36 - ne pas tromper l'autre
Dt 25, 13-16 - jugement droit sur les autres
Ex 23,8 - ne pas se laisser soudoyer
Ex 23, 1 - ne pas répandre des rumeurs sans fondement.
2.1.3.2
Relations de Jésus avec les personnes :
Me 1, 41 Un lépreux vient à lui... Jésus est
saisi de pitié...
Me 2, 23 Un jour de Sabbat, ses disciples ont faim; II les laisse
"violer le
Sabbat" pour qu'ils puissent manger ... Il relativise la loi:
la
compassion est plus importante que la loi
Me 3, Iss Sauver une vie, promouvoir la vie est plus important que
la loi.
Me 8, 2 "J'ai pitié de cette foule..." (Il en nourrit
quatre mille)
Me 12, 28-34 "Tu aimeras le Seigneur... tu aimeras ton prochain
comme toi-même...
aimer son prochain vaut mieux que tous les holocaustes et
sacrifices".
Me 2, 15 Jésus n'exclut personne
Mt 9, 27-28 Compassion envers l'aveugle
Mt 22, 37-39 Amour du prochain
Mt 18, 21 et Le 17,4 Pardonner aux autres
Le 6, 6-11 Guérison des malades
Le 7, 36-50 et Jn 4, 7-39: Attitude envers des femmes marginalisées
Le 7, 9 Appréciation de la foi des non-juifs
Jn 8, 1-11 Compassion envers les "pécheurs"
La relation de Jésus avec les personnes renverse toutes les
barrières:
o Barrières de races - les Samaritains
o Barrières de "genre" - maintes et maintes fois
il reconnaît la femme comme personne et
partenaire de la mission
o Barrières de culture - accueillant la culture hybride,
mélangée, de la Galilée et de la
Décapole
o Barrières de religion - contre la structure religieuse
officielle du Temple de Jérusalem
o Barrières d'âge - accueillant les enfants
o Barrière de proscription - accueillant les proscrits politiques
comme les collecteurs
d'impôts, les proscrits de la société comme
les lépreux, les proscrits de la religion comme
les prostituées.
La vie et la mission de Jésus sont une menace constante pour
le statu quo:
Dans une société colonisée sur le plan politique,
patriarcale sur le plan social, conservatrice sur le plan religieux,
Jésus introduit une sorte de relation alternative avec Dieu
et avec les autres:
o Jésus viole le Sabbat partout où l'exige un besoin
humain:
controverses sur le Sabbat: Me 2, 23-28; 3, 1-6; Le 13, 10-17; Jn
5, 1-18; 9, 1-34
o Jésus donne à la femme sa juste place:
Le 8, 2; Jn 4, 4-42; Le 7, 36-50; Me 15, 40-41, 47; 16, 1-8
o Jésus donne de l'importance à la convivialité
universelle de la table, brisant les tabous sociaux, culturels,
religieux, de genre, et politiques.
La communauté de Jésus se bâtit sur: (1°)
les "deux commandements", Mt 22, 36-40; (2°) les huit
béatitudes, Mt 5, 1-12.
L'"Évangile spirituel" et l'"Evangile matériel"
sont en Jésus un seul Évangile.
2.1.4 Relations entre humains et environnement (nature)
2.1.4.1 Relations avec la terre:
Ex 23,10-11 ) Laisser "reposer" la terre tous les sept
ans
Lv 25,1-7 )
2.1.4.2 Relations équitables avec les animaux
Lv 25, 7 ) Respect et compassion pour les animaux
Ex 23, 4-5 )
2.1.5 Livres de la Sagesse
Dans certains cercles s'est développé une culture
de sagesse, attitude et façon d'aborder la vie qui soulignaient
les relations entre Dieu, les humains et le reste de la Création.
Les livres sapientiaux donnent une grande importance à la
nature.
Proverbes (445 av. J.C.) 6, 16-19
Job (430 av. J.C.) 42, 1-6
Ecclésiaste (Qohélet) (250 av. J.C.) 11, 5
Ecclésiastique (Ben Sirac) (190 av. J.C.) 10, 6-7
Sagesse (150 av. J.C.) 7,22-30
Psaumes: 103 (Célébration de la Création de
Dieu)
2.1.6 Prophètes
II importe de voir et d'apprécier les prophètes dans
la perspective de l'histoire juive, telle qu'on la trouve dans les
Écritures hébraïques (Ancien Testament).
Ils sont "appelés" et "envoyés".
Ils jouent un rôle central dans l'histoire d'Israël et
dans le développement de la pensée et de la tradition
israélites.
La justice sociale est au coeur de leur message:
Is 1, 10-17 )
Jr 7, 1-7 ) Culte au Temple, célébration liturgique,
prières et holocaustes
Am 5,11-15; 21-24) n'ont pas de valeur si la vie ne reflète
pas véritablement amour et justice.
Mi 6, 1-8 )
Le rôle des prophètes peut se résumer ainsi:
o Ils scrutent les signes des temps, aux niveaux économique,
politique et religieux.
o Ils adressent leur message à tous:
a)
à ceux qui détiennent le pouvoir au niveau politique,
car dans leur contexte, les rois au moins affirment croire en Yahvé;
b) à ceux qui détiennent le pouvoir religieux;
c) à tout le "peuple choisi".
o Ils annoncent, dénoncent, mettent en garde; avant l'exil,
leur message est particulièrement un avertissement; durant
l'exil, c'est un message d'espérance; après l'exil,
c'est un message de fidélité.
Le message des prophètes révèle:
a) leur préoccupation devant l'idolâtrie et le syncrétisme
des Israélites;
b) leur souci devant le fait que le "peuple de Dieu" souhaite
ressembler à ses "voisins", adoptant ainsi facilement
leurs modèles de culte et de conduite;
c) leur perception de la tendance, chez les Israélites, à
considérer leur choix par Dieu comme un privilège
plutôt qu'une responsabilité; cela développe
un esprit nationaliste qui fait considérer les autres comme
"inférieurs".
Pour prolonger la Réflexion et la Discussion
L'image du prophète que donnent les Écritures hébraïques
est celle de quelqu'un:
o qui a une vision
o qui a une forte relation avec Dieu
o qui a clairement discerné son appel et sa mission
o qui passe par une expérience de conversion
o qui agit avec courage parce qu'il se sent "séduit"
par Dieu.
Pouvez-vous nommer quelques prophètes dans le contexte d'aujourd'hui
qui ont eu des expériences similaires? Comment et en quoi
vous inspirent-ils?
2.1.7 Martyre social aujourd'hui
Le martyre est réapparu dans la vie de l'Église aujourd'hui,
et il se répète de façon frappante. L'Évangile
vécu en vérité suscitera toujours la persécution.
St. Paul nous met en garde contre les puissances et les principautés
à l'oeuvre dans le monde et son histoire. Ceux qui oeuvrent
pour le Royaume de Dieu rencontreront beaucoup d'opposition et parfois
la mort. Notre histoire récente offre des exemples de vie
donnée aux pauvres et aux abandonnés, prophètes
et martyrs pour le Royaume de Dieu.
Les statistiques annuelles publiées par le Saint Siège
nous donnent le nombre de ceux qui ont vraiment offert leur vie
au service de la mission de l'Église. Beaucoup d'autres passent
par de très grandes épreuves à cause de leur
foi. Le martyre indique le degré d'opposition au message
chrétien qui existe dans le monde. C'est, dans toute la force
du terme, l'accomplissement de la promesse de Jésus à
ses disciples, et celui des Béatitudes. La nature du martyre
a visiblement changé. On ne peut plus dire que les chrétiens
aujourd'hui sont mis à mort parce qu'ils croient en telle
ou telle vérité de la foi catholique. Il y a aujourd'hui
davantage de martyrs par fidélité à la mission
d'amour qui leur a été confiée. Ce sont, en
ce sens, des martyrs sociaux, martyrs qui meurent à cause
de leur prise de position, de leur choix en faveur de la justice
et de l'amour.
On cite souvent la phrase prophétique de Mgr Dien (Vietnam)
au Deuxième Concile du Vatican: "Nous avons beaucoup
de martyrs, mais avons-nous des martyrs pour la justice?"
Pour prolonger la Réflexion et la Discussion
Voici une brève présentation de trois prophètes
contemporains (prophètes de justice sociale, d'éco-justice):
o Quel message ont-ils pour vous?
o De quelle façon vous motivent-ils pour approfondir votre
engagement
prophétique à JPIC dans votre contexte particulier?
PROPHETES CONTEMPORAINS
Oscar ROMERO, Archevêque
Oscar Romero, né au Salvador en 1917, est ordonné
prêtre en 1942, et évêque en 1970. Il devient
archevêque de San Salvador en 1977. Mgr. Romero offre alors
plutôt une image de conservateur, peu ouvert aux aspirations
du peuple et très introverti. Cette situation va changer
radicalement sous la pression des faits. Tout bascule dans la vie
de Mgr Romero après l'assassinat de son ami le Père
Rutilio Grande qui fait suite à de nombreux autres assassinats
de prêtres. Cet événement lui a fait réaliser
la gravité de la situation d'injustice et de violence et
cela le conduisit à changer de vie.
Oscar Romero organisera alors la vie de son diocèse dans
le sens des enseignements de Jean-Paul II qui fait de l'option préférentielle
pour les pauvres une des priorités de l'Évangélisation,
comme cela fut rappelé au cours des diverses Conférences
(Medellin, Puebla..). Il se montrera très attentif à
la foi que cherchent à vivre les pauvres et les gens simples
de son diocèse et aux expériences des communautés
de base qu'il soutient. Dans cette action, il aura à travailler
seul n'ayant guère d'appui parmi les autres évêques
du pays.
Son sens aigu de l'évangélisation l'amènera
à chercher une parole qui permette d'inculturer le christianisme
dans la réalité sociale et politique de son pays marqué
par la pauvreté, la dictature et la violence des nantis.
C'est dans ce cadre que ses prédications radiodiffusées,
qui comprennent aussi une chronique de l'actualité du pays
et de l'Église locale, dans sa cathédrale auront un
grand retentissement car la parole de l'archevêque est forte
pour dénoncer les violences et les injustices. Sa radicalité
s'appuie fermement sur l'Évangile et en particulier sur le
respect de la dignité de la personne humaine.
"L'Église maintient et défend l'éternelle
vérité révélée par Dieu: l'homme
et la femme sont l'image de Dieu; par l'oeuvre rédemptrice
de Jésus-Christ, l'être humain a été
libéré de l'esclavage du péché et promu
à la dignité de fils et fille de Dieu, libre protagoniste
de son destin et participant de la gloire éternelle de Dieu.
Voilà la vérité sur l'être humain que
défend l'Église, quels que soient les systèmes
ou les conjonctures politiques des peuples" (1.1.1980)
Mgr Romero devra sans cesse essayer de situer le christianisme par
rapport à la vie politique tant pour dénoncer la corruption,
le manque de démocratie, le non respect des droits de l'homme
que pour mettre en garde les chrétiens qui confondent trop
vite Évangile et action politique en particulier dans des
groupes violents. L'Évangile a une dimension politique mais
il commande aussi des comportements spécifiques.
"... C'est la raison pour laquelle le processus de libération
de notre patrie doit être assuré. L'Église ne
nous abandonnera pas, elle continuera à nous accompagner
mais avec la voix authentique de l'Évangile, de la transcendance
du Christ. Elle continuera à demander avec force que tous
ceux qui sont engagés dans le combat de la libération,
s'ils veulent être forts et efficaces, mettent leur confiance
en Jésus-Christ, le grand libérateur et ne s'en écartent
en rien" (1980).
La violence des tenants du pouvoir (politiciens, grands propriétaires
terriens, militaires, milice nationale) sera dénoncée
sans relâche par Mgr Romero tout comme le sera celle des militants
révolutionnaires qui disent oeuvrer pour une plus grande
justice. Mgr Romero a bien conscience de la voie étroite
sur laquelle il marche mais il le fait avec la conviction que l'Évangile
est non seulement source de plus grande justice sociale mais aussi
source de paix.
"Non à la violence a été son (celui de
l'Église) cri unique devant toute main qui se lève
contre un être humain quel qu'il soit. La violence est un
acte de péché qui souille le monde. Ce cri de dénonciation
et de résistance n'a jamais inspiré à l'Église
la passion de la vengeance et du ressentiment.. La voix de l'Église
a été ici l'écho d'un amour fraternel qui,
à partir de la foi en la vérité révélée
par Dieu, a inspiré la doctrine sociale..." (1978)
II meurt assassiné au cours de la messe qu'il célébrait
le 24 mars 1980 après avoir reçu de nombreuses menaces.
Il est considéré dans toute l'Amérique latine
comme un saint martyr.
Dorothy Day
Dorothy Day est née en 1897 dans une famille de journalistes.
Elle a rejoint son père et ses frères dans cette profession.
Avant de se convertir à la foi catholique elle écrivit
des articles pour divers magazines non marqués religieusement
mais prenant à coeur les questions de justice sociale. Dorothy
participa aussi au mouvement d'opposition à la guerre (première
guerre mondiale), milita pour le droit de vote des femmes et écrivit
sur la lutte contre la pauvreté.
Dans les années 1930, le journal "Catholic Worker"
(fondé par elle avec Peter Mauriri), proposait aux jeunes
catholiques, en pleine crise de dépression, une occasion
de servir les autres, par un choix de vie pauvre et un travail de
promotion de la justice raciale et sociale. Après la bombe
atomique sur le Japon, Dorothy condamna la bombe dans un article
passionné. Dans les années 50, le journal continua
à mener une action éducative pour informer les lecteurs
sur le péril nucléaire menaçant le monde, appelant
à des actions de jeûne et autres protestations.
Pendant le Concile Vatican II, Dorothy prit part à un jeûne
de 10 jours avec vin groupe international de femmes. Leur objectif
était de demander aux évêques du monde de condamner
les guerres et les destructions à grande échelle.
Dans ses dernières années, Dorothy a participé
à des manifestations avec César Chavez et le groupe
"United Farm Workers". Le "Catholic Worker"
a écrit régulièrement sur la souffrance des
populations d'Amérique Centrale. Elle a reçu la "Laetre
Medal" de l'Université Notre Dame en 1975.
Dorothy est morte en 1975, et depuis lors, le Mouvement des Catholic
Workers n'a cessé de croître. Son esprit et sa passion
pour la cause de la justice sociale continuent à vivre parmi
les Catholic Workers. Cette année (1997), des rassemblements
nationaux sont programmés pour commémorer le centième
anniversaire de sa naissance.
Mahatma Gandhi
Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 sur la côte
occidentale de l'Inde. Il appartient à une caste de marchands,
mais sa famille a déjà exercé des fonctions
politiques régionales. Élevé dans la tradition
hindoue, il se marie à douze ans et cinq ans plus tard il
part pour étudier le droit en Angleterre. En 1891, il s'installe
comme avocat à Bombay, puis émigré de 1893
à 1914 en Afrique du Sud. Il fonde en 1894 le Congrès
Indien du Natal pour défendre la minorité indienne
d'Afrique du Sud humiliée et rejetée.
C'est à cette période qu'il étudie la Bhagavad
Gîta et l'Évangile (particulièrement le sermon
sur la montagne), il devient alors un adepte du principe de la non-violence,
démarche religieuse et politique. Il utilise les techniques
non-violentes pour faite aboutir ses revendications dès 1906.
La recherche spirituelle de Gandhi le conduit à la fois à
la non-violence et au service des plus humbles de la société;
il ne sépare pas les dimensions spirituelles des dimensions
sociales, et en cela il marque vin fort engagement pour le progrès
de la Justice et de la Paix.
La non-violence pratiquée par Gandhi, connue sous le nom
de technique du satyagraha, n'est pas un pacifisme ou une attitude
passive et résignée devant l'ennemi. Cette technique
consiste à adopter une attitude active d'amour, de résistance
face à l'injustice, d'opposition au mal, de désobéissance
aux lois injustes et iniques, et cela d'une façon non-violente.
Le satyagraha fait appel à une grande force d'âme pour
échapper au piège de la vengeance, au cycle de la
violence.
En 1914, après avoir lutté selon ces principes en
Afrique du Sud, il retourne en Inde.
Il est convaincu d'avoir une mission, celle de répandre la
vérité et la non-violence partout dans le monde, comme
antidote à la violence et au mensonge.
Dès son retour, il s'engage dans la lutte contre l'impérialisme
britannique en vue d'amener l'indépendance politique et spirituelle
de son pays. En 1915 il fonde son premier ashram et commence ses
voyages à travers le pays pour sensibiliser les Indiens,
en particulier les pauvres, car il réalise combien ils sont
une force pour le pays. Gandhi lance des campagnes de désobéissance
civile face aux lois fixées par les Britanniques, puis des
campagnes de non-coopération... et toutes ces actions non-violentes
servent à déstabiliser l'économie et l'administration
coloniale. Ses actions les plus célèbres furent "la
campagne du sel" contre le monopole anglais, et la "campagne
du textile" contre l'importation de tissus. A l'occasion de
cette campagne, Gandhi devint l'apôtre du "khadi",
le rouet servant à filer le coton local.
Gandhi participera activement aux négociations qui conduiront
à doter l'Inde d'une constitution plus favorable et qui finalement
amèneront l'indépendance du pays en 1946. Il n'hésitera
jamais à risquer sa vie, pratiquant des jeûnes jusqu'au
seuil de la mort. Dans son combat pour l'indépendance, il
se heurtera cependant à de nombreuses incompréhensions
de la part des leaders politiques qui ne peuvent pourtant pas se
passer de lui; ils ont besoin de lui en raison de son énorme
popularité auprès des pauvres, même si eux ont
recours à la violence.
Gandhi se préoccupe de la coexistence pacifique entre les
communautés musulmane et hindoue. Malgré son échec
sur ce point (Partition entre l'Inde et le Pakistan), il ne renonce
jamais à son objectif et cherche sans cesse de nouveaux moyens
de réconcilier les deux communautés et de mettre un
terme à la violence et aux massacres. Il s'attachera aussi
à lutter contre la ségrégation religieuse dont
sont victimes ceux qu'on appelle les "intouchables" (et
qu'il appelle, lui, les "harijans" - les enfants de Dieu),
et à leur obtenir des droits politiques et une meilleure
reconnaissance sociale.
Gandhi sera assassiné le 30 janvier 1948.
Le message qu'il nous laisse est celui de la force extraordinaire
qu'apporté une non-violence politique et spirituelle. Il
nous laisse aussi une diversité de moyens pour lutter contre
l'injustice, tels que le jeûne, la non-coopération,
les marches silencieuses, les grèves...
"Je ne pourrais pas vivre une vie dans sa dimension religieuse
si je ne m'identifiais pas à l'ensemble de l'humanité,
et le seul chemin pour cela est de m'engager politiquement. Si je
m'occupe de politique, c'est parce que la politique est partout
autour de nous; elle est comme un serpent enroulé autour
de notre corps, qui nous étreint, et dont on ne peut se dégager
malgré tous les efforts que l'on peut faire."
Soeur Rani Maria
S. Rani Maria est née le 29 janvier 1954 dans le Kerala (Inde).
Elle a été élevée dans la foi chrétienne,
qui allait donner tout son sens à sa vie et à son
travail jusqu'à sa mort. Dès son enfance elle manifesta
un grand souci pour les pauvres et les opprimés. En 1974,
elle entra dans la congrégation des Franciscaines-Clarisses.
Partout où elle passa elle aida les gens à réfléchir
sur leurs problèmes et à s'engager dans quelque action
appropriée. Cela amena des villages entiers à s'engager
dans des opérations de développement telles que: création
d'écoles non officielles, construction d'habitations bon
marché, aménagements pour avoir de l'eau potable,
contrôle des organismes publics de distribution, introduction
de petites industries, ouverture de classes de rattrapage scolaire
pour les marginalisés du système scolaire, pour les
femmes et pour les personnes âgées. A travers tout
cela, elle gardait le souci constant que ce soit l'affaire des personnes
concernées, se contentant de jouer le rôle de modeste
catalyseur.
Ayant fait des études de sociologie, elle avait une profonde
compréhension de la situation sociale et du contexte culturel
des gens. De ce fait, son engagement, l'ardeur qu'elle mettait à
la tâche étaient étroitement liés à
l'objectif du développement humain. Elle a dirigé
des cours de conscientisation sociale et elle a mis sur pied plusieurs
programmes pour l'éveil et la prise de responsabilité
des gens. Son engagement social est allé bien plus loin que
de procurer des conditions de vie décente aux gens ou des
services d'assistance divers. Son but était de transformer
les personnes brisées et anéanties en "images
de Dieu". Son amour et sa compassion ont trouvé à
s'exprimer de mille façons tant dans l'action sociale en
général que dans le service précis de la population
locale.
En 1992, elle fut envoyée à Udainagar, dans le diocèse
de Indore. Voici quelques exemples de la façon dont elle
développa la prise de responsabilités autour d'elle:
o Elle a créé des "Seva Samities" dans plusieurs
villages, un système d'épargne pour permettre aux
fermiers d'acheter les semences et les engrais à des taux
d'intérêt symboliques. Cela a permis de libérer
les gens de la dépendance des usuriers.
o Elle a organisé des groupes féminins pour aider
les femmes à prendre conscience de leurs capacités,de
leurs droits et de leurs responsabilités, au moyen de programmes
d'alphabétisation pour adultes. Ces femmes sont actuellement
engagées dans diverses activités de développement
comprenant la construction d'habitations, l'éducation sanitaire,
etc.
o Elle a renforcé les "Panchayats", qui sont des
commissions de villages, aidant les habitants à prendre conscience
de leurs droits et de leurs responsabilités, leur fournissant
une assistance pour mettre sur pied des programmes de développement
systématique.
o Elle a formé des "Forest Protection Committees"
(Commissions de Protection de la Forêt), pour développer
chez les habitants des villages la conscience de l'importance de
la protection des forêts. Ces commissions ont trouvé
un soutien auprès du service des forêts.
Ces prises de responsabilités chez les pauvres entraînèrent
l'opposition de ceux qui croyaient avoir des "droits acquis"
comme les usuriers, les personnes impliquées dans la destruction
illégale des espaces boisés et les responsables qui
voulurent utiliser les "Panchayats" pour servir leurs
propres fins personnelles. A plusieurs reprises ils protestèrent
contre ses actions, mais elle, loin d'être ébranlée
par leurs menaces et leur opposition, continua sa mission trouvant
son inspiration en Luc 4, 18: "L'Esprit du Seigneur est sur
moi, parce qu' il m'a choisie pour porter la bonne nouvelle aux
pauvres.... renvoyer en liberté les opprimés..."
Le 25 février 1995, elle fut tuée sauvagement en plein
jour, après avoir été brutalement sortie de
l'autobus dans lequel elle voyageait.
A ses funérailles, les responsables locaux lui ont rendu
hommage par ces paroles: "Soeur Rani Maria n'est pas morte;
personne ne peut la tuer. Elle restera toujours source d'inspiration
pour nous dans les années futures."
Joseph Au Gi-Fu
Joseph naît à Macao en 1941. A 19 ans, il se rend à
Taiwan et se spécialise en chimie industrielle. Au terme
de ses études, il va en Suisse et obtient le diplôme
national suisse d'ingénieur chimiste. Il passe ensuite huit
ans en Europe à faire des recherches en Chimie. Puis il est
invité à retourner à Taiwan pour y travailler
comme directeur de recherche dans une des plus grandes sociétés
industrielles de plastique de Taiwan. Il est devenu l'homme qui
a réussi dans son métier, l'homme d'affaire prospère,
très admiré de ses collègues. Et avec cela
il reste un catholique convaincu. Après une vingtaine d'années
où il a gravi les échelons du succès, il commence
à mettre en question le système de valeurs inhérent
à ce style de vie particulier. Il est de plus en plus conscient
des injustices et de la violence commises envers l'être humain
et l'environnement au nom du progrès et du développement.
En 1984, il démissionne de son poste. Cherchant un sens plus
profond à la vie, il étudie la théologie et
voyage en plusieurs pays pour y rencontrer des gens ayant les mêmes
intérêts et engagements que lui. Il vient de retourner
à Taiwan voici neuf ans, pour y instaurer un style de vie
alternatif qu'il décrit de la manière suivante:
o Vie simple: dans un cadre rural, laissant le confort et les commodités
de la vie urbaine, résistant aux désirs de richesse
et de célébrité, portant des vêtements
simples et possédant très peu d'équipement
électrique moderne. N'utilisant pas d'articles à jeter
après usage ou d'emballages inutiles. Pas de nourriture toute
prête ni de conserves. Choix du régime végétarien.
Eau utilisée avec modération. Cuisson au feu de bois.
o Vie naturelle: vie en harmonie avec la nature, me considérant
comme ami de toute créature de Dieu. Aimer la terre veut
dire la protéger de la pollution et de la destruction. Ne
pas produire d'ordures à jeter. Tout ce qui est mis de côté
est classé, réemployé et recyclé autant
que possible. Pas de détergent chimique, de pesticide, ou
d'engrais. Éviter ce qui est en plastique. Prendre l'eau
à la source voisine (et non au robinet): autant d'éléments
qui font partie de mon choix de style de vie.
o Vie spirituelle: allier les méthodes de prière et
de méditation orientales et occidentales. Lecture de la Bible,
yoga et contemplation font partie du programme quotidien. Partage
et prière de groupe avec les visiteurs. Il s'agit d'un style
de vie qui intègre la nature et la présence de Dieu.
Expérience de l'amour mutuel et de l'aide réciproque
avec toutes les personnes de bonne volonté, sans tenir compte
de la religion, du genre, de la nationalité ou de la race,
avec une option préférentielle pour les faibles et
les handicapés, pour ceux qui souffrent spirituellement et
ceux qui n'ont personne sur qui compter.
Voici quelques extraits de ses écrits:
" Ceux qui viennent à Yenliao (nom du village) sont
surpris de m'y voir vivre un style de vie aussi simple. Leurs nombreuses
questions me forcent à réfléchir profondément
et servent de test à ma volonté. Ils se demandent
ce qui m'a fait changer si radicalement, me faisant abandonner la
vie urbaine et le poste prestigieux de ma carrière avec son
salaire si élevé. Une chose étonnante, c'est
que ce sont mes amis intimes qui expriment ces doutes sur mon style
de vie simple. Ils m'interrogent avec curiosité se demandant
ce qui m'a conduit à mon option actuelle: frustrations? difficultés?
déceptions? Ils pensent que je gaspille mes talents dans
un lieu si retiré. Ils me considèrent comme un "évadé"
de ce monde, comme quelqu'un qui n'a pas apporté sa contribution
à la société.
Si j'avais continué mon travail d'autrefois, qu'aurai-je
obtenu comme résultats à ce jour? Tout au plus un
peu de recherche pour aider à mettre au point quelque produit
nouveau, ou une aide que j'aurais apportée à tels
étudiants pour acquérir des connaissances. Mais ce
ne sont ni de nouveaux produits ni davantage de connaissances qui
peuvent changer le coeur de l'homme,. De plus, il y a de par le
monde beaucoup d'experts et de savants capables d'offrir leurs compétences
dans le domaine de leur spécialisation. Quant à ceux
qui veulent se consacrer à vivre un style de vie simple en
vue d'entraîner un changement d'attitude, ils sont très
peu nombreux...
La croissance économique s'est développée de
manière déséquilibrée, en ce sens que
ceux qui sont devenus riches ne sont pas pour autant devenus plus
cultivés et n'ont pas acquis de valeurs spirituelles... Pour
beaucoup, progrès veut dire croissance économique,
revenu plus important, nouveaux produits industriels... et vivre
un style de vie simple signifie régression, retour en arrière.
Mais qu'est-ce que le véritable progrès? Le véritable
progrès ne peut se mesurer seulement en termes d'économie,
de technologie ou de produits. Il est plus important de regarder
la croissance dans la vie spirituelle des personnes. Le progrès
humain doit se juger en fonction de la qualité de la vie:
voir s'il y a plus d'harmonie, plus d'intérêt mutuel,
plus d'amour parmi les gens. L'amour est le critère authentique
du progrès. Les avancées technologiques ne peuvent
être un critère pour le progrès humain, mais
au contraire elles sont fondamentalement liées à notre
autodestruction. Je ne nie pas la contribution de la science et
de la technologie qui nous profite à tous. Mais il est cependant
nécessaire de nous demander si la croissance économique
apporte bonheur et bien-être à tous les peuples: riches
et pauvres, pays développés ou en voie de développement,
générations actuelles et futures...? Il est nécessaire
de prendre en considération non seulement les êtres
humains mais aussi l'environnement et la nature, y compris les plantes,
les animaux, l'air, leé fleuves, les mers, les montagnes
et la terre.
Il n'est pas facile de se débarrasser des désirs avides
et hédonistes du coeur humain pour les remplacer par le détachement
et la maîtrise de soi. Pour ce changement, il faut l'éducation
du coeur et le développement des valeurs religieuses. Ce
que nous apprenons par les expériences vécues nous
donne une vraie sagesse.
J'expérimente cette vie depuis 8 ans. Chaque jour, je me
sens plus libre, plus paisible et plus heureux dans ce style de
vie simple. Je ne l'évalue pas par son efficacité.
Bien que je n'aie pas entendu Dieu me parler réellement,
je fais vraiment l'expérience de Sa présence en moi.
Ce que je souhaite, c'est que les humains puissent changer de vie,
d'attitude, de système de valeurs et de conception de la
vie, grâce au changement de relations entre humains, entre
eux et la nature, entre eux et Dieu.
Tout cela doit venir de l'AMOUR, amour de soi, amour d'autrui et
amour du monde entier. Seul l'AMOUR peut rendre les gens capables
de vivre, volontiers, un style de vie simple. Lorsque tous vivront
ainsi, il y aura la PAIX dans le monde. Il y a encore du chemin
à faire pour cela. Peut-être ne le verrons-nous pas
nous-mêmes; néanmoins je suis convaincu que c'est la
seule voie pour la paix du monde. Mettons-nous en route! "
Professeur Wangari Maathai
Être prophète demande de fortes convictions et un engagement
sans peur face aux oppositions et aux menaces. Au Kenya, le Professeur
Wangari Matthai a été surnommée le lion des
femmes en raison de ses efforts courageux pour la défense
de l'environnement et son combat pour la justice.
Elle a fondé le désormais célèbre "Greenbelt
Movement" (Mouvement de la Ceinture Verte) en 1971, fort de
plus de 50 000 adhérents et d'un certain nombre de pépinières
prospères. L'organisation, en plus de planter 7 millions
d'arbres à travers le Kenya, a mené avec succès
une campagne pour les droits au divertissement et à la détente
des habitants des villes, protestant contre la pollution chimique
et la construction d'habitations trop rudimentaires pour les pauvres.
Ce lion des femmes est une "populiste" qui ne se laisse
pas intimider par les politiques de type patriarcal du Kenya. Elle
n'a pas peur de compromettre Moi et son gouvernement pour protéger
la terre et améliorer la qualité de la vie pour tous.
Étiquetée de subversive par le gouvernement, elle
est entrée en politique comme membre du Forum pour la Restauration
clé la Démocratie (FORD). Travaillant à la
libération des prisonniers, prenant part à des grèves
de la faim, à des marches de protestation et à des
groupes de pression elle a été accusée de délits,
tournée publiquement en dérision par les hommes politiques
et victime de rumeurs mensongères.
Bien qu'elle ne fasse pas partie de 1'"establishment"
politique de son pays, cela n'a pas empêché le Professeur
Maathai d'accéder à une reconnaissance internationale
pour son travail. En tant que première femme professeur d'université
du Kenya, elle dirigea le département d'études vétérinaires
à Nairobi et en 1984 elle reçut la récompense
suprême de Suède, le prix du Droit aux Moyens d'Exister
(Right of Livelihood). Elle est membre du comité d'attribution
des prix de l'UNEP (Prix pour l'Environnement des Nations Unies)
et reçut aussi le prix africain du leadership pour une agriculture
vivrière.
Wangari Maathai, en véritable prophète ne trouve pas
de paroles assez fortes pour critiquer ceux qui violent la terre
et oppriment les pauvres. Le simple fait d'être riche, puissant,
propriétaire terrien, ne donne pas le droit de détruire
notre environnement. N'y a-t-il pas chez elle quelque chose de ce
prophète hébreu nommé Amos?
"Le lion a rugi : qui ne craindrait?
Le Seigneur Yahvé a parlé : qui ne prophétiserait?
...Ils ne savent pas agir avec droiture, - oracle de Yahvé
-
eux qui entassent violence et rapine en leurs palais" (Amos
3, 8, 10).
Soeur Helen Prejean
S. Helen Prejean, des États-Unis, correspond au type de prophète
des temps modernes. Par son travail, son exemple, ses écrits,
ses interventions publiques, ses convictions religieuses elle tient
tête au gouvernement américain, particulièrement
dans sa position politique sur la peine de mort.
S. Helen fait partie des Soeurs de St. Joseph de la Nouvelle Orléans.
Son ministère la conduit à s'occuper à la fois
des familles et des individus concernés par la peine de mort.
C'est une des voix les plus fortes en faveur de l'abolition de la
peine de mort aux États Unis. Son ministère comme
conseillère spirituelle auprès des détenus
condamnés à mort consiste à témoigner
de cette vérité que toute vie est sacrée, que
ce soit celle d'un coupable ou d'un innocent. Elle a montré
qu'un amour réconciliateur n'a pas de frontière, en
s'adressant aussi aux familles des victimes des détenus condamnés
à mort. Sa persévérance et ses récits
passionnants ont ébranlé beaucoup de coeurs assoupis,
les amenant à regarder en face l'horrible réalité
de la peine de mort. Helen est très impartiale dans sa position
prophétique.
Son livre "Dead Man Walking" (La Dernière Marche)
a été porté à l'écran avec grand
succès. Ses nombreux prix ont drainé des foules de
spectateurs. Ainsi sa dimension prophétique a touché
beaucoup de gens qui n'auraient peut-être pas connu sans cela
l'horreur de tuer dans la légalité.
N.B. Nous avons parlé ici de quelques prophètes d'aujourd'hui.
Sans aucun doute un bien plus grand nombre de femmes et d'hommes
pourraient être montrés en exemple dans ces pages.
Nous avons dû limiter leur nombre. Le groupe des promoteurs
apprécierait de recevoir une courte note sur des personnes
connues des lecteurs de ces lignes, et dont la vie peut servir d'exemple
à d'autres.
2.2
LE REGNE DE DIEU
L'enseignement
et l'action de Jésus sont centrés sur le Règne
de Dieu:
o Le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous : Le
11, 20
o Le Royaume de Dieu est au milieu de vous : Le 17, 21
o Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche :
Me 1, 15 et Mt 4, 17
Le Royaume est "là" et "pas encore"
L'annonce du Royaume marque l'arrivée d'une ère nouvelle,
d'un nouvel ordre pour la vie: c'est ce que nous voulons vraiment
exprimer quand nous disons: "Que ton Règne vienne...."
L'annonce du Royaume par Jésus proclame
qu'un temps de Jubilé spécial est arrivé et
qu'en Lui se réalisent tous les idéaux les plus hauts
du Jubilé:
"II m'a envoyé...
proclamer une ANNÉE de GRÂCE
du Seigneur"
Le 4, 18-19
Quand Jésus proclame le Règne de Dieu:
o D'abord, il annonce le jugement de Dieu sur l'ordre social du
moment;
o Puis il affirme que les choses peuvent être changées;
o enfin, que ce changement a déjà commencé
à se faire
La manière de vive de Jésus équivaut à
une redéfinition de ce qu'est un être humain. Sa conception
de la vie humaine ne se base pas sur les normes en cours, mais sur
les critères et les valeurs du Royaume futur. En y croyant
et en agissant sur lui, II le fait exister. Il vit comme si son
Royaume était déjà présent, et ainsi
II le rend présent - pour autant qu'il s'agisse de ses relations
personnelles. Mais le Royaume est une réalité commune
et publique autant que personnelle. Pour le rendre vraiment présent,
il doit y avoir transformation des communautés et de la société
dans son ensemble. Les disciples de Jésus sont appelés
à "compléter ce qui manque aux épreuves
du Christ" (Col 1, 24), en continuant à vivre des valeurs
du Royaume et ainsi à le faire exister. La seule manière
de proclamer vraiment que je crois dans le Royaume, c'est de le
vivre - aux différents niveaux personnel et interpersonnel,
socio-économique et politique.
C'est dans les béatitudes que l'on comprend le mieux les
valeurs du Royaume:
o Vivre les valeurs du Royaume, c'est se convertir du point de vue
religieux, changer d'attitudes:
a) par rapport à ce que l'on possède, vendre tout
et en donner le fruit aux pauvres (Mt, 19,21);
b) par rapport au pouvoir, (Mt 5, 5; 11, 29; 18, 14);
c) par rapport au prestige social, (Le 14, 7-11), ne pas prendre
la première place lorsqu'on est invité à une
fête;
d) par rapport à la compréhension de la religion,
(Le 18, 13), se reconnaître humblement pécheur.
o Vivre les valeurs du Royaume c'est se convertir du point de vue
moral, changer la manière de nous situer par rapport à
Dieu et aux autres:
a) partager ce que nous avons, faire bourse commune (Jn 13, 29;
Ac 4, 34);
b) compter sur l'hospitalité des autres (Mt 8, 20);
c) être serviteur des autres (Mt 20, 25-28; Jn 13, 15);
d) ne pas chercher les premières places (Mt 20, 21-23);
e) ne pas se servir de la religion pour obtenir pouvoir, statut,
privilège (Mt 20, 6-8).
o Vivre les valeurs du Royaume, c'est se convertir du point de vue
politique, c'est-à-dire oeuvrer pour:
a) un ordre économique différent ( Mt 20,1-15);
b) un ordre politique différent (Mt 20, 25-26);
c) un ordre culturel différent, avec des attitudes "nouvelles"
vis à vis des Samaritaines, des femmes (Jn 4, 9-27);
d) un ordre religieux différent (Jn 4, 23-24; Mt 23, 8)
L'annonce du Royaume par Jésus implique la vision d'une société
nouvelle. Le Royaume qu'il annonce est la réalisation d'une
communauté "alternative", autre, prévue
dans l'histoire biblique, dans l'Exode, où les Israélites
libérés de l'esclavage d'Egypte sont devenus le peuple
de Dieu (Ex 6, 2-7)
L'annonce du Royaume par Jésus est à la fois une promesse
et un appel pressant, un regard porté vers la réalisation
ultime de cette communauté alternative.
Tous ses miracles doivent être considérés en
relation avec le message du Royaume.
Le règne de Dieu arrive partout où Jésus triomphe
du pouvoir du mal. Jadis, comme maintenant, le mal prenait bien
des formes: souffrance, maladie, mort, possession diabolique, péché
personnel, immoralité, pharisaïsme sans amour de ceux
qui prétendent connaître Dieu, maintien des privilèges
d'une classe spéciale, rupture dans les relations humaines,
etc.
C'est surtout à ceux qui se trouvent en marge de la société
qu'il communique la possibilité d'une vie nouvelle, basée
sur la réalité de l'amour de Dieu. Le règne
de Dieu est pour ceux qui sont "à la périphérie"
(les marginalisés), ceux qui souffrent, les collecteurs d'impôts
et les pécheurs, les veuves et les enfants.
Dans le ministère de Jésus - ses paroles comme ses
actions - le Royaume implique à l'évidence la dimension
sociale, économique et politique des relations humaines voulues
par Dieu. Les façons précises dont Jésus décrit
et manifeste la présence du Royaume sont toujours en rapport
avec le bien-être des personnes. Les guérisons et les
exorcismes de Jésus sont des indications que le Royaume est
déjà présent. (Voix du Tiers Monde, p. 78).
Ce sont aussi des signes de la fin de l'empire de Satan, Satan apparaissant
comme le mal et le pouvoir structurés (Me 5, 1-20).
Il semble bien que Jésus songe à des modèles
bien définis et différents de ce qui se pratique,
en fait de relations sociales pour cette société du
Royaume où nous sommes appelés à entrer, qu'il
songe aux conditions pour y entrer. Le vieil ordre est remplacé
par un ordre socio-politique nouveau: le "Royaume de Dieu"
où Jésus nous invite à "entrer".
Dans le ministère de Jésus, il n'y a pas d'opposition
entre sauver du péché et sauver d'un mal physique,
entre le spirituel et le social. Dans les évangiles, au moins
18 fois les évangélistes emploient le mot "sauver"
en parlant de la guérison des malades par Jésus.
Dans les synoptiques, le repentir (conversion, metanoia) n'est pas
une démarche psychologique, mais un processus qui embrasse
la réalité et la présence du Règne de
Dieu. L'appel à être disciples est un appel à
entrer dans le Royaume de Dieu, et donc, comme tel, un acte relevant
de la grâce.
En priant "Que ton règne vienne", nous nous engageons
aussi à commencer, ici et maintenant, à rendre plus
proche et à anticiper le Règne de Dieu. Il viendra
puisqu'il est déjà là! Il est à la fois
déjà accordé et à conquérir,
don et promesse, présent et à venir, célébration
et anticipation. Même le rejet et la croix ne sont pas des
obstacles.
Jésus fait du Règne de Dieu le centre de son enseignement.
Cette perspective nous invite à penser à ce que serait
le monde si la volonté de Dieu était acceptée
et suivie par tous, si la loi de l'amour était observée
par tous, si le plan de la création était réalisé
en tous ses éléments. Ce Règne est maintenant
une réalité, mais de façon telle qu'il doit
grandir parmi nous. Il est promesse de santé et de réalisation
totale, pour toute l'humanité et pour toute la création:
les aveugles commencent à voir, les boiteux se mettent à
marcher, les sourds à entendre et la Bonne Nouvelle est annoncée
aux pauvres.
Le Règne de Dieu est un règne de justice et de vérité,
de sainteté et de paix, de grâce, d'unité et
d'amour. En réalité, il nous permet de comprendre
ce qu'est la volonté de Dieu, et en quel Dieu nous croyons.
Par ce que nous savons du règne de Dieu, nous pouvons discerner
ce qui est bon, acceptable et parfait. Croire au Règne de
Dieu conduit à être ses serviteurs et à bâtir
ce Règne, "par l'amour qui a été versé
en nos coeurs" (1 Jn).
L'Eglise primitive a compris son engagement missionnaire dans le
monde dans un contexte de fin des temps imminente, fin des temps
déjà venue et encore à venir. L'attente de
la fin imminente est une composante et une présupposition
de la mission; en même temps elle s'exprime elle-même
dans la mission.
Voici quelques valeurs du Royaume que nous sommes appelés
à promouvoir dans le monde d'aujourd'hui: unité, sécurité,
justice, travail, relations avec les personnes et l'environnement,
compassion, harmonie, espoir/espérance, solidarité,
inclusion, - et bien sûr, paix.
2.3.
APPEL DU JUBIL
(APPEL À RENOUVELER L'IMAGE DE JÉSUS ET DE SA MISSION)
2.3.1
L'appel du Jubilé a une dimension sociale et spirituelle
"L'année
jubilaire devait rétablir l'égalité entre tous
les fils d'Israël, ouvrant de nouvelles possibilités
... La justice, selon la Loi d'Israël, consistait surtout à
protéger les faibles ... L'année jubilaire devait
servir précisément à rétablir aussi
cette justice sociale ... (car) les richesses de la création
devaient être considérées comme un bien commun
de l'humanité entière" (Jean-Paul II, Tertio
Millennio Adveniente, 1994 - TMA n° 13).
Chaque année jubilaire est aussi une année sabbatique,
car selon le Lévitique, l'année sabbatique a lieu
tous les sept ans. Cela coïncide avec l'année jubilaire:
"Sept fois sept ans" (Lv. 25, 8). La loi de "faire
reposer la terre" devait être observée tous les
sept ans, et donc aussi tous les cinquante ans.
Année Sabbatique :
Ex 23, 10-13: "Pendant six ans tu ensemenceras la terre et
tu en engrangeras le produit. Mais la septième année,
tu la laisseras en jachère et tu en abandonneras le produit;
les pauvres de ton peuple le mangeront et les bêtes des champs
mangeront ce qu'ils auront laissé."
Lv 25, 1-7: "... en la septième année, la terre
aura son repos sabbatique, un sabbat pour
Yahvé... Le sabbat même de la terre vous nourrira,
toi, ton serviteur, ta servante, ton journalier, ton hôte,
bref ceux qui résident chez toi. A ton bétail aussi
et aux bêtes de ton pays tous ses produits serviront de nourriture."
Dt 15, 1-18: "Au bout de sept ans, tu feras remise ... La septième
année, tu le (ton esclave) renverras libre ..."
Année Jubilaire:
Lv 25, 8-55: Toutes les dettes doivent être remises, les esclaves
acquis durant 49 ans libérés, la terre acquise durant
49 ans restituée ... On proclamera la LIBÉRATION pour
tous:
o les esclaves seront libérés;
o toutes les dettes seront remises;
o chacun retournera dans sa propriété et dans sa famille;
o on proclamera la liberté pour tous les habitants, chacun
ayant droit à la terre;
o une année de réconciliation commencera.
Comme on peut le voir dans ces textes, la libération est
proclamée pour le peuple et pour la terre. Nous laissant
guider par ce message biblique, pour nous l'an 2000 est important
: son message, dans le contexte actuel attire l'attention à
la fois sur l'être humain et sur l'environnement.
L'année sabbatique et l'année jubilaire ont été
établies pour aider la communauté juive à pallier
aux injustices et aux inégalités.
En Le 4, 16-19, Jésus se réfère clairement
à l'année jubilaire, "l'année de grâce
du Seigneur" -"... porter la bonne nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour
à la vue, renvoyer en liberté les opprimés..".
Le Jubilé.... une année de grâce du Seigneur...
caractérise toute l'activité de Jésus. La mission
du Christ et le thème du Jubilé sont étroitement
liées. (TMA n° 11 - 40)
Luc résume tout son Évangile dans la lecture d'un
passage d'Isaïe par Jésus le jour du Sabbat. Jésus
se réfère à un temps avant le règne
de David, aux premiers temps du Jubilé:
o bonne nouvelle aux pauvres
o libération des captifs
o retour à la vue des aveugles
o liberté aux opprimés
o annonce de l'année de grâce du Seigneur
Les paroles et les actions de Jésus représentent l'accomplissement
de toute la tradition des
jubilés:
Le 4,16-21; Is 61, 1; 58, 6; Lv 25,10.
"Tous les jubilés se rapportent à ce 'temps'
et concernent la mission messianique du Christ" (TMA n°
11). La source d'une telle tradition était strictement théologique...
Si, dans sa Providence, Dieu avait donné la terre aux hommes,
cela signifiait qu'il l'avait donnée à tous. C'est
pourquoi les richesses de la création devaient être
considérées comme un bien commun à l'humanité
entière. Celui qui possédait ces biens en tant que
propriétaire n'en était en réalité qu'un
administrateur, c'est-à-dire un ministre tenu à agir
au nom de Dieu, l'unique propriétaire au sens plénier
du terme, car la volonté de Dieu était que les biens
créés servent à tous d'une manière juste.
L'année jubilaire devait servir précisément
à rétablir aussi cette justice sociale" (TMA
n° 13).
2.3.2 Vision de Jean-Paul II pour le Jubilé
de l'An 2000 (TMA N° 51)
"Comment
ne pas souligner plus nettement l'option préférentielle
de l'Eglise pour les pauvres et les exclus? On doit même dire
que l'engagement pour la justice et pour la paix en un monde comme
le nôtre, marqué par tant de conflits et par d'intolérables
inégalités sociales et économiques, est un
aspect caractéristique de la préparation et de la
célébration du Jubilé".
"... Les chrétiens devront se faire la voix de tous
les pauvres du monde, proposant que le Jubilé soit un moment
favorable pour penser, entre autres, à une réduction
importante, sinon à un effacement total, de la dette internationale
qui pèse sur le destin de nombreuses nations". (TMA
n° 51)
Quelques suggestions concrètes proposées dans la Lettre
Apostolique: (TMA n° 51)
o s'engager pour la justice et pour la paix;
o se faire la voix de tous les pauvres du monde;
o réduire substantiellement ou effacer complètement
la dette internationale;
o mener une réflexion sur les difficultés du dialogue
entre les cultures;
o considérer sérieusement les problèmes liés
aux droits de la femme;
o promouvoir la famille et le mariage
Pour
une Réflexion plus approfondie et une Action en vue du Jubilé
de l'An 2000
Dans plusieurs églises locales, la préparation du
"Jubilé" comprend une réflexion sur la conversion,
la réconciliation, le pardon, etc.
Au Zaïre, les missionnaires du CIAM (Centre d'Information et
d'Animation Missionnaire), ont lancé un large appel auprès
des femmes et des hommes de bonne volonté par une campagne
de signatures demandant l'effacement de la dette africaine pour
l'an 2000.
En Grande Bretagne, des personnes liées aux diverses églises
ont lancé la Campagne du Jubilé de l'An 2000 avec
une demande de faire parvenir à la Réunion du G7 de
1999 (Voir Annexe Al.4, 1.5, 1.6) une Charte du Jubilé fournissant
une base pratique pour l'effacement des dettes impossibles à
acquitter. Voici quelques extraits d'un article écrit par
Ann Pettifor, l'une des coordinatrices pour cette Charte du Jubilé
de l'An 2000:
"L'appel du Jubilé de l'An 2000 est un appel à
délivrer du joug de la dégradation économique
ceux qui sont tenus en esclavage par les forces économiques,
en particulier la Dette Internationale... Le retard de paiement
de cette dette que ne peuvent payer les gouvernements des pays les
plus pauvres ne pourra jamais être régularisé,
si on n'en vient pas à une remise acceptée par les
créditeurs. Cherchant à en finir avec cet esclavage
de la dette et en vue de créer un nouveau type de relations
financières raisonnables en même temps que rigoureuses
entre pays riches et pauvres, une remise de ces dettes devrait être
faite pour l'année de la Rédemption, le Jubilé
de l'An 2000...
1. Dans la Bible juive, la foi de la communauté juive en
Yahvé demandait que la pauvreté et l'endettement soient
"régularisés" tous les 50 ans. Le monde
d'aujourd'hui a un besoin urgent d'une Année Jubilaire: en
effet, 20% de la population mondiale accumulent de plus en plus
terres et ressources; le nombre de pauvres et de marginalisés
augmente, dans le Nord comme dans le Sud. Ces pauvres n'ont pas
les moyens d'un développement intégral: pour l'éducation,
les soins médicaux de base, un logement décent, un
emploi convenable, bref tout ce qui contribue à la dignité
fondamentale de l'homme.
Selon vos possibilités (quel que soit votre secteur d'engagement
apostolique), quels sont les moyens, si modestes soient-ils, par
lesquels vous pensez pouvoir célébrer ce Jubilé
en transformant la réalité humaine dans laquelle nous
vivons?
2. Notre planète terre est progressivement détruite
au nom du progrès et du développement, mais cela pour
bénéficier seulement à une petite minorité
de la population mondiale.
Dans la Bible juive, il était demandé à la
communauté des Hébreux de laisser reposer la terre
tous les sept ans. Durant cette année-là, Yahvé
assurait suffisamment de nourriture pour les hommes et les animaux.
L'année sabbatique était un moyen d'aider les gens
à arrêter d'accumuler, tout en permettant en même
temps à la terre de se régénérer. La
planète peut être sauvée seulement si nous,
les humains, cessons d'accumuler. Beaucoup de personnes et d'organisations
font des efforts pour sauver ou renouveler la planète.
Comme membre d'une congrégation religieuse,
dans quelle catégorie est-ce que je me trouve?
celle qui détruit la planète? .
celle qui aide à la sauver? .
celle qui la renouvelle? .
un peu dans les trois?
Selon vos possibilités, si minimes soient-elles, quelles
initiatives pourriez-vous prendre pour adapter le principe de l'Année
Sabbatique biblique à la situation d'aujourd'hui?
3. Le Pape Jean-Paul II, dans son encyclique Tertio Millennio Adveniente
(TMA) proclame l'An 2000 Année Jubilaire, reliant le principe
biblique de l'année jubilaire à Le 4,16-19. Dans TMA
n° 11, il dit que "... Le Jubilé, une année
de grâce du Seigneur, est ce qui qualifie l'activité
de Jésus". Au n° 40, il dit que dans ce passage
de Luc, " s'entrecroisent le thème du Christ envoyé
pour annoncer la Bonne Nouvelle et celui du Jubilé".
Devant la réalité du monde d'aujourd'hui, quelles
seraient vos suggestions à votre propre congrégation
religieuse quant à la manière, pour ses membres, de
célébrer :
. leurs propres jubilés;
. les jubilés des couvents /communautés, provinces,
institutions, etc.
. le Jubilé de l'An 2000.
2.4. RÉFLEXION THÉOLOGIQUE SUR QUELQUES THÈMES
PARTICULIERS
On trouvera ci-après une série de réflexions
sur des thèmes importants qui peuvent aider
à approfondir les fondements bibliques de JPIC
2.4.1 Incarnation
La
théologie de l'Incarnation donne de plus en plus d'importance
à un nouveau sens du mot Solidarité. "Lui, de
condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait
à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant
condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant
comporté comme un homme, il s'humilia plus encore..."
(Ph 2, 6-7). Venant dans notre chair et se faisant l'un d'entre
nous en toutes choses excepté le péché, Jésus
nous montre jusqu'où peut aller la solidarité.
C'est en étant "intégré" dans un
peuple, en devenant totalement "inculture" que Jésus
a pu révéler le plan du Père sur l'humanité.
Pendant trente ans, dans le "Silence" de Nazareth, Jésus
"lit et décèle les Signes des Temps", dans
la Palestine de cette époque. C'est pendant ce temps que
sa mission gagne progressivement en netteté. C'est en "se
vidant" de lui-même qu'il devient possible pour lui de
réaliser la mission que le Père lui a confiée,
de promouvoir le Règne de Dieu. C'est par son incarnation
que Jésus nous a révélé combien la personne
humaine est capable de faire le vide en elle pour faire place à
Dieu et aux autres. Tout ce que Jésus a eu par nature, nous
le recevons par grâce.
2.4.2 Résurrection - Pentecôte
L'obscurité
de la nuit donne naissance à la clarté du jour avec
chaque aurore. Cette réalité qui est aussi source
d'inspiration a rempli le coeur et l'esprit des humains, de tout
temps. Avec la résurrection, Jésus devient non seulement
symbole mais porteur et garant d'une nouvelle vie. Désormais,
au coeur même de l'humanité, nous faisons l'expérience
de cette vie nouvelle qui apparaît sur la terre à travers
la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Le Règne de Dieu n'est pas un programme mais une réalité,
apportée à notre monde par l'événement
de Pâques. "Étroitement lié à la
résurrection, faisant presque partie de l'événement
de Pâques lui-même, le don de l'Esprit que nous recevons
est aussi totalement lié à la mission. L'Esprit vient
du Christ ressuscité qui est à l'oeuvre dans le monde.
La puissance de la résurrection se manifeste à travers
l'Esprit. Avec notre engagement dans la direction de JPIC, la grâce
est rendue opérante par l'Esprit. Pour la communauté
des disciples de Jésus, la résurrection du Christ
et la venue de l'Esprit sont des preuves tangibles du "déjà
là" du Règne de Dieu. Le "pas encore"
se nourrit dans le "déjà là". (Bosch
41)
Si le Seigneur n'est pas ressuscité, alors notre foi est
vaine. Nous pourrions dire que sans la résurrection, la vie
et l'enseignement de Jésus ne représenteraient qu'un
beau rêve; la loi de l'amour aurait certes été
merveilleuse mais trop difficile et pas réaliste du tout;
certes, la loi de la justice aurait beaucoup amélioré
la qualité de la vie, mais son coût en aurait été
trop élevé. Par sa mort et sa résurrection,
Jésus a pu sceller la valeur et la portée réelle
de sa vie et de sa mission.
Un jour où Dan Berrigan donnait un cours sur la mort et les
approches de la mort, un de ses auditeurs savait qu'il mourait du
cancer. Dan fixa cet homme du regard et au bout de quelques minutes
lui demanda: "Qu'est-ce qu'il y a? ". L'homme lui répondit:
"Je suis en train de mourir du cancer". Dan réfléchit
un instant puis dit: "Ça doit être passionnant!"
L'homme dit par la suite que ces simples quatre mots avaient changé
sa vie et lui avaient fait comprendre ce qu'est la résurrection.
La résurrection est une promesse de vie à venir. C'est
l'assurance que la vie triomphe de la mort et la marque distinctive
des communautés chrétiennes. Les chrétiens
sont des croyants en la résurrection. La croix, le tombeau
vide et les apparitions changent notre vision de la vie. La vie
a un sens et justifie que l'on fasse des sacrifices pour une cause
juste. Il est essentiel de croire en la capacité d'aller
de l'avant, pour la personne humaine, malgré les nombreuses
difficultés rencontrées de toutes parts. Les exemples
de personnes qui surmontent des difficultés apparemment insurmontables
sont cette sorte d'encouragement qui nous convainc que la Bonne
Nouvelle de la Résurrection est le véritable fondement
de notre foi en la vie.
Jusqu'à ce qu'il revienne...
La Création nous invite à reconnaître la beauté
et l'ordre que Dieu a mis dans son oeuvre dès l'origine.
L'Incarnation nous aide à voir à quel point Dieu aime
le monde et tout ce qu'il contient. La Rédemption nous fait
comprendre que personne et que rien ne sera perdu. Tout a été
"racheté" par la mort et la résurrection
du Verbe fait chair. Tout cela est réalisé en même
temps que promis. Le Chrétien est une personne qui vit dans
une tension permanente entre ce qui est déjà arrivé
et ce qui est encore à venir. Le Règne de Dieu est
là et il est encore à venir. Nous attendons sa réalisation,
quand il viendra, et nous nous employons à oeuvrer pour cette
réalisation, parce que Celui qui doit venir est déjà
là. Les croyants croient que la paix, la justice, la beauté
de la Création qu'ils travaillent à instaurer, est
entre les mains de Dieu et viendra, à la plénitude
des temps. Plutôt que d'amoindrir notre sens de la mission,
cette espérance nous pousse à hâter la réalisation
de ce dont nous avons reçu la promesse.
2.4.3 Conversion
Jésus
a commencé son enseignement par ces paroles: "Le Royaume
de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez en l'Evangile"
(Me 1, 15). Il a demandé un changement du coeur, pressant
ses auditeurs de changer l'orientation de leur vie, quittant la
sécurité et la suffisance de ce qu'ils connaissaient
et possédaient déjà, pour la promesse lumineuse
du Royaume de Dieu visible à travers sa vie et son enseignement.
Conversion, Formation et Évangélisation sont étroitement
liés. Ces trois appels qui nous sont adressés se basent
sur la rencontre de la volonté de Dieu, l'acceptation de
cette volonté et la capacité de porter un regard lucide
sur ce qui se passe dans le monde et dans la vie des gens sur la
base de cette volonté, exprimée dans le plan divin
du Règne de Dieu.
Le processus de la conversion consiste en ceci: découvrir
une réalité nouvelle, accepter cette réalité
avec toute sa valeur, sa vérité, et enfin conformer
sa vie à cette vérité. Pour certains, la conversion
est un changement quasiment instantané. Les exemples de Saint
Paul ou Oscar Romero nous viennent à l'esprit. Pour d'autres,
la conversion arrive au terme d'un long et laborieux processus de
découvertes et de transformations. Ce qui a touché
les congrégations religieuses ces dernières décennies
en est un exemple. Même lorsque le changement semble être
instantané, le moment de la conversion est suivi d'un long
temps d'assimilation et d'intégration, comme l'illustre l'histoire
de Paul. Le processus de conversion est souvent laborieux et douloureux.
Cela signifie quitter un monde connu, avec tous ses avantages et
inconvénients, et aller en direction d'une lumière
qui commence à poindre à l'horizon. La sombre nuit
de l'injustice donne naissance à l'aube brillante du Règne
de Dieu, promise et donnée à ceux qui croient.
L'appel à la conversion reconnaît la présence
du péché destructeur dans le monde, et l'aspiration
à quitter cela pour une construction nouvelle. Il est bon
de suivre une formation pour cela. Croire en de nouveaux cieux et
en une terre nouvelle représente la fin de l'oppression et
une vie en accord avec la liberté donnée aux filles
et aux fils de Dieu dès les origines, et restaurée
par la vie, la mort et la résurrection de Jésus, après
l'égarement du péché (Ga 4, 31; 5, 1).
Conversion pour entendre le Cri du Pauvre
Le coeur de Dieu a été touché par le cri du
pauvre. Ce Dieu connaît la souffrance de son peuple; il a
entendu leur cri et il vient pour les sauver (Ex 3). Avant d'agir
au nom de la justice et de l'amour, il est bon d'être comme
ce Dieu, et donc d'écouter d'abord le cri du peuple, de connaître
sa souffrance et de désirer avec force la libération
des pauvres. Le cri des pauvres est le don du Saint Esprit. Dieu
est donc à la fois lié au cri et à la réponse.
Pour les croyants, ce cri sur les lèvres de ceux qui mettent
leur espoir en Dieu est le point de rencontre entre Dieu et ceux
que Dieu appelle. Le cri des victimes de l'injustice, c'est- à-
dire le cri des pauvres, c'est le test de la promesse du Royaume
de Dieu, de la vérité de l'Évangile que nous
prêchons et de la profondeur de l'amour chez les disciples
que nous prétendons être. Si ce cri n'est pas entendu,
il est plus difficile pour les hommes et les femmes de croire. C'est
la pierre d'achoppement. Par contre, lorsque nous écoutons
le cri des pauvres et y répondons en vérité,
nous sommes engagés dans un processus de conversion.
L'Option évangélique pour les pauvres
S'il est vrai de dire que tous les êtres humains sont pauvres
de quelque façon, il est important
de comprendre la réalité de ceux qui sont matériellement
pauvres aujourd'hui, c'est-à-dire
ceux qui n'ont pas le nécessaire pour vivre, ceux dont la
voix et la contribution dans notre
société ne comptent pas, ceux qui sont concrètement
victimes de discrimination et de violence
à divers niveaux.
Si l'amour de Dieu touche et transforme toute la création,
et si le commandement de l'amour concerne tout homme et toute femme,
il nous faut découvrir la façon dont cet amovir doit
s'exprimer. Nous sommes appelés à aimer tout le monde.
Dans certains cas, cet amour sera épanouissant et facteur
de croissance, et dans d'autres cas, il entraînera qu'ils
"seront renversés de leur trône". Dieu a
fait des choix. L'option pour les pauvres est tout d'abord le choix
de Dieu tel qu'il est présenté à travers toute
la Bible, dans les déclarations et les actions de Yahvé
comme de Jésus. Dieu a choisi un peuple petit et effacé
et a envoyé ses prophètes pour défendre l'étranger,
la veuve et l'orphelin. Les prophètes, au nom de Dieu, ont
rappelé au peuple son alliance avec Dieu et ont proclamé
les années jubilaires où tout serait remis sur le
droit chemin et où les pauvres seraient libérés
de leurs dettes. Jésus est né dans la dernière
des bourgades et il fit des pauvres et des rejetés ses compagnons
de vie et de mission.
L'option pour les pauvres représente un choix entre diverses
façons de comprendre le monde et de se comporter. Or, chaque
choix peut être une expérience de conversion. Il implique
que l'on choisisse ses amis et compagnons, une façon d'évangéliser,
des centres d'intérêt, des secteurs où nous
investissions nos ressources, un style de vie.
L'option pour les pauvres et le travail pour la justice ne sont
pas une seule et unique chose certes, mais ils sont étroitement
associés. L'option pour les pauvres apparaît dans l'Évangile
comme le moyen privilégié d'apporter la justice pour
tous. Pour faire advenir la justice et la paix, il faut vivre dans
le monde des pauvres et partir de là pour comprendre le monde,
reconnaître ses possibilités de justice, condamner
tout ce qui est injuste et construire un monde dans lequel tous
les humains soient aimés et bienvenus. Toute cette démarche
est un processus de conversion.
La conversion se fait dans et à travers notre engagement
pour la JPIC.
Un religieux canadien prêtre nous fait part des réflexions
suivantes:
" ..Je pense vraiment que la plupart d'entre nous, au Nord,
nous n'avons pas cette conscience. Nous avons besoin de faire l'expérience
de la VIE telle que la plupart de nos compatriotes la vivent. Nous
sommes si éloignés de la vie des gens ordinaires.
Les structures de la Vie Religieuse nous gardent loin de la vie
réelle des gens ordinaires. Il nous faut VOIR le cri des
pauvres, et il nous faut vouloir utiliser le mot pauvre comme le
monde l'utilise aujourd'hui, c'est à dire avec le sens de
pauvre = matériellement pauvre, abandonné, non reconnu
comme personne, ceux qui sont totalement en dehors des structures
du pouvoir économique... Il s'agit là d'un projet
de vie, et c'est dans cette ligne que se trouve la conversion pour
moi. "
Un exemple concret de conversion au cri des pauvres:
" Qu'est-ce qui a entraîné la conversion de Mgr.
Romero? On m'a posé cette question mille fois. Je n'ai pas
de réponse qui donnerait une explication technique ou psychologique.
Je n'ai jamais parlé de cela avec lui. Il n'est pas facile
de parvenir à une connaissance profonde de la vie intérieure
de quelqu'un. Ce serait même présomptueux de chercher
à le faire. Malgré tout, j'ai mon idée sur
sa conversion, dont je peux vous parler. Je fais remarquer qu'il
y a eu un changement chez lui et ce qu'il a fait après ce
changement ne peut s'expliquer en aucune façon par les interprétations
de manipulation qu'on a essayé de faire.
Je crois que le moment de la conversion de Mgr Romero fut le meurtre
de Rutilio Grande. Romero connaissait très bien cet homme.
Il le considérait comme un prêtre exemplaire et un
ami. Rutilio était cérémoniaire à l'ordination
de l'évêque. Malgré cela, Romero n'approuvait
pas son travail à Aguilares. Il pensait qu'il était
trop engagé politiquement, trop horizontal, très loin
de la mission fondamentale de l'Église et dangereusement
proche de certaines idéologies révolutionnaires. En
ce sens, Rutilio faisait problème à Romero, mais en
même temps il était une énigme. D'une part c'était
vin bon prêtre, zélé, à la foi profonde.
D'autre part, il semblait avoir choisi une mauvaise direction pour
la mission. Je pense que l'énigme a été résolue
à sa mort. Devant son corps sans vie, les écailles
sont tombées des yeux de Romero: Rutilio avait raison. Le
travail qu'il faisait, l'Église qu'il servait et la foi qu'il
avait embrassée étaient les bonnes. Mais même
sur un plan plus profond, s'il est vrai que Rutilio mourut comme
Jésus, montrant la plus grande preuve d'amour en mourant
pour ses frères et soeurs, alors sûrement que sa vie
aussi ressemblait à celle de Jésus. Rutilio était
un disciple très fidèle de Jésus.
En somme, ce n'était pas Rutilio qui était dans l'erreur,
mais c'était bien lui. Ce n'était pas Rutilio qui
avait besoin de changer, mais lui, Oscar Romero. Et il changea.
(Pour en connaître davantage sur Oscar Romero, voir Section
2.1.7)
2.4.4
Libération
Dans
les Écritures hébraïques, les mots "Salut"
ou "Sauver" sont utilisés en référence
au salut de toute la personne, sans faire de dichotomie entre le
corps et l'âme. Jésus, comme juif, utilise aussi le
mot "sauver" en se référant à toute
la personne dans un sens intégré. Il utilise 18 fois
dans l'Évangile le mot "sauver" en se référant
à la guérison du malade et au pardon des péchés.
Cette dichotomie entre le corps et l'âme est une des conséquences
de l'influence de la philosophie grecque sur la théologie
chrétienne et sur la catéchèse dans l'Eglise
chrétienne primitive.. Il est largement et de plus en plus
reconnu que, dans l'histoire de l'Église, nous avons eu tendance
à mettre l'accent sur le salut de l'"âme",
au détriment de l'application de ce mot à toute la
personne. Ce n'est que récemment que, à la lumière
des injustices croissantes et criantes du monde dont la conséquence
est un manque de dignité humaine pour plus des deux tiers
de la population mondiale, nous avons pris davantage conscience
de la dimension libératrice de l'Évangélisation.
Les Théologies de la Libération qui se sont développées
ont contribué à une compréhension plus intégrée
de libération/salut appliqués à toute la personne,
aux niveaux politique, socio-économique et spirituel.
Les Théologies de la Libération prennent en considération
les structures de péché qui oppriment les êtres
humains à tous les niveaux. Les hommes et les femmes ont
besoin d'être libérés à la fois individuellement
et socialement. Telle était l'histoire du salut relatée
dans les Écritures hébraïques.
En fait, salut et libération sont deux mots que nous utilisons
pour décrire la même réalité: la venue
de Dieu au secours des hommes et des femmes pour les faire sortir
de toutes sortes d'oppressions et les amener à faire un avec
lui. Le salut et la libération sont nécessaires depuis
le tout début et continueront jusqu'au moment où Jésus
Christ sera tout en tous. Appelée à annoncer le salut
et la libération, l'Église avec chacun de ses membres,
travaille dans le monde pour faire connaître ce salut et pour
remplir sa promesse. Quand la justice régnera, les hommes
et les femmes seront libérés de tout ce qui opprime
sur le plan tant spirituel que social, économique, psychologique
et physique.
Quand nous examinons ce que nous faisons, il est bon de nous demander
de temps en temps si c'est "facteur de libération",
si cela aide d'autres personnes à se libérer. Comme
gens d'Église, nous avons les sacrements, la catéchèse,
des retraites, des dévotions, etc.: dans la mesure où
ces pratiques aident à libérer les gens de ce qui
les opprime, elles constituent une partie de la praxis de libération
de l'Église. Le terme "praxis de libération"
a été introduit dans la théologie catholique
par la Théologie de la Libération.
Selon la méthode de libération de la théologie
de la libération, une réflexion est pratiquée
après l'événement, et l'un ne va pas sans l'autre.
L'événement, ou la série d'événements
qui présentent un intérêt selon la théologie
de la libération, sont ceux où une praxis peut être
identifiée. La praxis est une action dont le but est de transformer
l'histoire pour le meilleur. Dans l'approche théologique
selon le principe de la "praxis", la vérité
doit d'abord être pratiquée et ensuite comprise. La
théologie avec le principe de la "praxis" pose
la question: "Que fait Dieu?" avant de poser la question:
"Qui est Dieu?", et la question: "Que fait l'Église?"
avant la question: "Qu'est ce que l'Église? Cela veut
dire que l'on sera amené à savoir qui est Dieu à
travers ce que fait Dieu, et à savoir ce qu'est l'Église
à travers ce que fait l'Église.
Il ne suffit pas de dire que l'Église prend position en faveur
de la libération et du salut: il faut que l'Église
soit vue dans sa praxis de libération. Il faut qu'elle soit
présente dans la communauté des croyants comme agent
de libération intégrale. Il résultera de la
réflexion sur la praxis libératrice de l'Église
que les hommes et les femmes seront davantage conscients de cet
attribut libérateur de Dieu. Si l'Église ne réussit
pas à pratiquer cette praxis de libération, alors
l'image de Dieu dans les esprits risque d'être déformée.
On appelle parfois cette véritable praxis libératrice
"orthopraxis". Il s'agit de la coopération d'une
personne avec l'amour de Dieu pour le monde, dans l'édification
du Royaume de Dieu. C'est ce qui constitue une authentique praxis
libératrice. Pareillement, c'est la coopération de
l'Église avec l'amour de Dieu pour le monde qui constitue
sa praxis libératrice.
Les gens sont sauvés dans la mesure où ils sont libérés
de tout ce qui les opprime. Il faut pratiquer l'évaluation
et le discernement permanents dans une recherche d'une théologie
et d'une missiologie qui nous aident à accomplir la volonté
de Dieu pour notre monde.
2.4.5 Deux conceptions du salut
La
réflexion qui suit, faite par John Fuellenbach pourra peut-être
nous aider à mieux comprendre les deux conceptions du salut.
Le plan de Dieu sur la création a été conçu
par les hommes de différentes façons. Les deux plus
connues sont les suivantes. Selon la première "théorie",
le salut est vu d'abord comme une opération de sauvetage
de ce monde pécheur et méchant d'où les bons
sont choisis pour entrer dans les Cieux Nouveaux et la Terre Nouvelle.
Cela correspond assez bien à la vision du Royaume comme une
réalité entièrement transcendante, quelque
chose qui n'a pas de rapport avec ce monde... La seconde "théorie"
voit le plan de salut de Dieu d'une façon plus "holistique",
comme englobant toute la création. Cela signifie transformation
de toute la réalité plutôt que sélection
d'une partie.
Conception individualiste du salut
Ici, le plan de Dieu pour la création est vu d'abord comme
totalement tourné vers l'autre monde et transcendant, sans
rapport avec le monde actuel et ses dimensions sociales. On pourrait
décrire une telle conception de la façon suivante:
Dieu a créé les êtres humains avec l'intention
de les conduire, ici sur terre, vers leur destinée finale
que nous appelons en général le ciel. Chaque être
humain doit pour cela, à titre personnel se rendre digne
d'une telle vocation. Pour cela il est mis dans ce monde qui est
habité par le péché, corrompu et donc dangereux.
Ce monde ressemble à un immense champ d'épreuves créé
pour fournir aux êtres humains les occasions parfaites où
ils peuvent gagner ou perdre leur salut éternel. Si la personne
surmonte l'épreuve, Dieu la récompensera par la vie
éternelle. Pour les Gnostiques et les religions à
mystères, les dieux s'emploient à chercher à
peupler l'Olympe de quelques âmes choisies qui ont été
rachetées de la mer agitée du monde fait de matière
et d'êtres humains. L'individu est considéré
comme un individu maître de lui, un Robinson Crusoe à
qui est adressé l'appel de Dieu comme à quelqu'un
sur une île, dont le salut se ferait exclusivement en relation
personnelle avec Dieu. Cette conception oublie qu'aucun individu
ne peut exister isolément. En fait il n'est pas possible
de parler de salut sans référence au monde dont chacun(e)
fait partie.
Une telle image s'accompagne, bien sûr, d'une spiritualité
correspondante qui s'intéresse seulement au salut de sa propre
âme. D'un tel point de vue, le salut est facilement conçu
comme étant totalement individuel et sans rapport avec les
autres êtres humains, avec ce monde et sa destinée.
L'histoire avec son mouvement constant d'êtres humains et
de cultures n'a pas de signification. Les réalisations humaines
sur cette terre n'ont pas de rapport avec le monde à venir.
Elles disparaîtront toutes à l'arrivée des Cieux
Nouveaux et de la Terre Nouvelle. Dans la nouvelle création
on n'en trouvera pas de trace. Peu importe ce monde. 11 est totalement
sans importance, que l'on soit riche ou pauvre, malade ou bien portant,
de haute considération ou de bas étage. La seule chose
qui compte est que je passe positivement l'épreuve et aille
au ciel, peu importe ce que je fais ou ce que nous faisons par ailleurs
ici sur la terre.... Que penser d'une telle conception du plan de
Dieu?
Conception universelle du salut
En regardant les Signes des Temps, nous trouvons dans les Écritures
des images du "monde à venir" qui permettent une
interprétation différente. Ici le plan de Dieu sur
le monde est perçu non pas en termes de destruction totale
de la création mais en termes de transformation ou de transcréation.
Les "Cieux Nouveaux et la Terre Nouvelle" sont compris
comme étant ce monde transformé, renouvelé,
purifié et refait à neuf. C'est ce vieux monde imprégné
de péché, corrompu, ce monde où on trouve tant
de haine, d'égoïsme, d'oppression, de désespoir
et de souffrance, qui sera l'objet de transformation. Il deviendra
entièrement nouveau. Notre monde est le milieu dans lequel
le dernier plan de Dieu pour la création se manifeste. Le
"Royaume de Dieu" arrive ici, au milieu des affaires humaines.
Il concerne ce monde ici et maintenant. Il est déjà
en partie arrivé avec notre présence bien que sa réalisation
plénière soit encore à venir.
Si nous acceptons cette conception du plan de Dieu sur la création,
toute notre compréhension du salut changera. Être sauvé(e)
ne voudra pas dire être retiré de ce monde et transféré
ailleurs. Être sauvé(e) voudra dire rester comme faisant
partie de toute la création qui a été transformée
en ce "Ciel Nouveau et cette Terre Nouvelle". Je serai
sauvé(e) parce que la création dans son ensemble sera
sauvée. Mon salut fait partie du salut de toute la race humaine.
Parce que mes frères et soeurs seront sauvés, je serai
sauvé(e) aussi étant un avec eux. En toute rigueur,
nous ne pouvons parler de salut individuel du fait que nous sommes
liés par mille liens les uns aux autres et à l'ensemble
de la création.
Pour votre réflexion
Thich Nhat Hanh, poète vietnamien et moine bouddhiste, décrit
la façon dont nous faisons partie de la réalité
globale en ces termes:
"Je suis l'enfant de l'Ouganda, qui n'a que la peau et les
os, les jambes fines comme des tiges de roseaux, et je suis le marchand
d'armes qui vend tous les jours des armes à l'Ouganda.
Je suis la fillette de 12 ans, réfugiée sur une petite
embarcation et qui se jette à la mer après avoir été
violée par un pirate, et je suis le pirate dont le coeur
n'est pas encore capable de comprendre et d'aimer.
Je suis un membre du politburo, avec beaucoup de pouvoirs entre
les mains, et je suis l'homme qui doit payer son "tribut de
sang" à mon peuple, mourant lentement dans un camp de
travaux forcés.
Ma joie est comme le printemps, si riche de chaleur qu'il fait s'épanouir
les fleurs sur tous les chemins de la vie. Ma souffrance est comme
une rivière de larmes, si abondante qu'elle remplit les quatre
océans.
Je vous en prie, appelez-moi par mes vrais noms, pour que je puisse
entendre tous mes cris et mes rires en même temps, pour que
je puisse voir que ma joie et ma souffrance ne font qu'un.
Je vous en prie, appelez-moi par mes vrais noms, pour que je puisse
m'éveiller, et pour que la porte de mon coeur puisse rester
ouverte et laisser entrer la compassion."
(Thich Nhat Hanh in E. Roberts & E. Amidon, Earth Players, p.
12-13)
Pour une Réflexion personnelle et une Discussion en Groupe
Parabole: PUZZLE DE LA CARTE DU MONDE
On dit à un enfant d'assembler les éléments
d'un puzzle géant de la carte du monde.
Malgré tous ses efforts, il n'y arrive pas. Alors, quelqu'un
donne la clé à l'enfant: "Regarde l'envers des
pièces du puzzle de la carte du monde. Tu trouveras alors
les éléments du dessin d'un homme, grandeur nature.
Essaie d'abord d'assembler les éléments du puzzle
de l'homme". L'enfant fait ce qu'on lui dit et il peut alors
mettre en ordre et construire sans mal le puzzle de l'homme. L'image
d'un homme beau et souriant apparaît.
Et curieusement, au dos de l'image de l'homme, on distingue l'image
de la carte du monde dans un ordre parfait.
1. Un monde divisé, avec tant de problèmes, d'intérêts,
de factions, a-t-il une chance d'être rassemblé ? Pourquoi
? Quel serait le premier pas vers la paix et l'harmonie mondiales
? Pourquoi ?
2. Les structures du monde - sur les plans économique, social,
politique, religieux, ethnique, etc. peuvent-elles être mises
en ordre sans compter sur les êtres humains ? Pourquoi ?
3. Comment résoudre les problèmes de divisions entre
les humains dans le monde ?
4. Qu'est-ce que le Christ est venu changer en priorité:
l'être humain ou les structures du monde ?
5. Qui a fait les structures du monde ? Comment ?
6. Quel est le pouvoir des structures sur l'être humain ?
7. Qu'est-ce qu'il faut mettre en ordre d'abord: le coeur d'une
personne ou les structures du monde ? Est-ce possible ? Comment
y arriver ?
8. Qu'entendons-nous par "péché structurel"?
2.4.6
Théologie de la vie
" Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante.
" (Jn 10, 10). Ces paroles de Jésus nous rappellent
celles de Jérémie lorsqu'il révéla l'amour
inconditionnel et compatissant de Yahvé pour son peuple:
" Car je sais, moi, les desseins que je forme pour vous - oracle
de Yahvé - desseins de paix et non de malheur, pour vous
donner un avenir et une espérance. Vous m'invoquerez et vous
viendrez, vous me prierez et je vous écouterai. Vous me chercherez
et vous me trouverez, car vous me rechercherez de tout votre coeur
; je me laisserai trouver par vous - oracle de Yahvé. Je
ramènerai vos captifs et vous rassemblerai de toutes les
nations et de tous les lieux où je vous ai chassés,
oracle de Yahvé. Je vous ramènerai en ce lieu d'où
je vous ai exilés. " (Jr 29, 11-14)
Nous aussi avons à prendre une part active à la construction
de cet avenir nouveau - pour nous-mêmes individuellement et
pour notre monde. Écoutons un témoignage issu d'un
partage en Inde:
" Les pauvres de l'Inde aujourd'hui ne sont pas seulement une
masse anonyme de gens malheureux et passifs. Ils s'organisent à
une grande échelle, pour résister, affirmer et revendiquer
leur droit à la justice. Ils prennent conscience de la dimension
structurelle de leur pauvreté, des possibilités de
changement, de leurs droits et des possibilités extraordinaires
de leur pouvoir collectif. Ce soulèvement des pauvres menace
de secouer les fondations même de la société
indienne - caste et patriarcat - et d'offrir de nouveaux signes
d'espoir. C'est pourquoi, il est maintenant grand temps pour l'Église
de décider si elle veut être du côté des
puissants pour ménager sa survie et sa sécurité
ou être avec les pauvres dans leur marche historique vers
une Inde nouvelle faite de justice et de vie pour tous. Il faudrait
que nous nous considérions comme partenaires des pauvres
pour faire avancer la mission de Dieu.
Au moment où nous identifions les processus objectifs de
marginalisation avec les méthodes à la fois flagrantes
et subtiles de marginalisation dans la société organisée,
basées sur la langue, la race, l'ethnie, la caste, la classe,
le genre, l'âge, la religion, la région, etc., il faudrait
que nous nous assurions que de telles formes de marginalisation
n'ont pas cours à l'intérieur de nos Églises...
"... C'est dans ce contexte qu'une théologie engagée
pour servir la vie insufflera l'espoir à l'Église
indienne. Une telle Théologie de la Vie affirme l'option
de Dieu pour les pauvres en confrontant les valeurs du monde aux
valeurs du règne de Dieu comme le Christ nous l'a rappelé.
Cela veut dire des changements à opérer dans notre
style de vie et dans nos structures. Cela implique aussi une redécouverte
de l'Église au niveau de la base, essentiellement du peuple
plutôt que de la hiérarchie et des structures. En conséquence,
une Théologie de la Vie est une théologie qui fait
place au partage et aux justes relations. Cela demande une nouvelle
orientation de nos relations pour qu'elles soient basées
sur une compréhension authentique de notre foi. Cela entraîne
une redéfinition radicale de notre style de vie, de notre
attitude et de nos structures de relations humaines en communauté.
Être juste et humain est un choix moral et spirituel que nous
devons faire en conscience dans le contexte de la vie en communauté...
" ...La nouvelle ecclésiologie prône une spiritualité
qui affronte et surmonte toutes les forces de négation de
la vie, et s'efforce de bâtir une communauté enracinée
dans l'amour de Dieu, la justice, la paix et l'intégrité
de la création."
2.4.7 Théologie féminine
Réflexion à partir des Écritures hébraïques
:
Toute une série de femmes furent appelées à
faire en sorte que Moïse devienne ce à quoi Dieu le
destinait: le chef de son peuple. Qui étaient ces personnes
qui ont permis à Moïse de devenir le serviteur choisi
de Dieu ? Il y eut tout un réseau de femmes pour assurer
d'abord la vie à Moïse pour qu'il puisse ensuite accomplir
le plan de Yahvé.
Shiphra et Poua, accoucheuses des femmes des Hébreux en Egypte,
femmes craignant Dieu et mères elles-mêmes. Elles ont
défié l'ordre de Pharaon de tuer tous les enfants
mâles nés de femmes hébraïques pour empêcher
les hébreux de se multiplier (Ex l, 15-22). Bien qu'esclaves,
elles n'ont pas eu peur devant le roi et sa cour.
La fille de Pharaon. Elle sauva Moïse de sa corbeille de papyrus
dans le Nil et l'éleva dans la maison royale jusqu'à
l'âge adulte (Ex 2, 2-10). Elle symbolise quelqu'un qui a
de l'autorité et qui prend des initiatives pour aller à
l'encontre d'une loi injuste.
La mère de Moïse . Elle défie Pharaon et nourrit
son enfant pendant trois mois puis elle le cache dans la corbeille
en papyrus et le place sur le Nil.
Myriam, la soeur de Moïse. Elle "se tint à distance
pour observer ce qui arriverait à Moïse." Lorsque
la fille de Pharaon remarque la corbeille et trouve le bébé,
Myriam sort de sa cachette, elle s'offre à trouver une nourrice
pour le bébé et va chercher sa mère.
Quand nous réfléchissons à notre propre vocation,
nous ne devons pas oublier le réseau des personnes impliquées
pour la faire aboutir. Pour apprécier plus profondément
notre appel à devenir disciples il est utile de nous demander
de temps à autre: quelles ont été les personnes
dont Dieu m'a entouré(e) pour réaliser le choix qu'il
a fait de moi dès le sein de ma mère?
Réflexion à partir de l'Évangile de St. Jean:
Dans l'Évangile de Jean, on peut trouver sept occasions où
une femme joue un rôle prééminent dans la communauté
et dans la prédication de la Bonne Nouvelle:
1. Marie aux noces de Cana (2, 1-11). Elle met l'accent sur une
attitude essentielle de l'Évangile: "Tout ce qu'il vous
dira, faites-le".
2. La femme samaritaine devient l'évangélisatrice
de son pays (4, 1-42): elle est la première à recevoir
de Jésus le grand secret : son identité comme Messie:
"Je le suis, moi qui te parle".
3.
La femme adultère au moment d'être pardonnée
par Jésus, et qui devient juge de la société
patriarcale (du pouvoir masculin) qui l'a condamnée (8, 1-11).
4. Marthe professe sa foi au Messie, le Fils de Dieu. Dans les autres
Évangiles, la personne qui fait cette profession de foi solennelle
est Pierre (Mt 16, 16). Dans l'Évangile de Jean, la personne
qui fait cette profession de foi solennelle est une femme, Marthe
(11, 27).
5. Marie oint les pieds de Jésus en vue du jour de sa sépulture
(12, 7). Elle est la seule personne à comprendre et à
accepter Jésus comme Messie-Serviteur destiné à
mourir en croix. Celui qui mourait en croix ne pouvait pas être
mis au tombeau ni embaumé. Pour ce motif Marie a fait un
geste d'anticipation et a oint le corps de Jésus. Elle est
un exemple pour les autres disciples. Pierre n'avait pas accepté
Jésus comme Messie-Serviteur (13, 6-9).
6. Au pied de la Croix, "Femme, voici ton fils"; "Voici
ta mère" (19, 25-27). L'Église naît au
pied de la Croix. Marie est le modèle de la communauté
chrétienne.
7. Marie de Magdala est appelée à annoncer la Bonne
Nouvelle à ses frères (20, 11-18). Marie-Madeleine
reçoit un ordre - une "ordination" - sans laquelle
toutes les autres ordinations données aux apôtres seraient
sans valeur.
Dans ces sept circonstances, la femme est présentée
de façon très positive. Elle aide Jésus à
découvrir et à remplir sa mission. Les douleurs liées
à la naissance symbolisent cette souffrance qui apporte une
nouvelle vie (16, 21).
2.4.7.1 Théologie d'un éco-féminisme
Le premier chapitre de la Genèse (v. 27) dit clairement que
les êtres humains - à la fois homme et femme - furent
créés à l'image de Dieu. Dans le même
chapitre nous lisons aussi que "toutes les herbes portant semence
et tous les arbres qui ont des fruits portant semence" serviraient
de nourriture aux êtres humains (v. 29). Et au v. 30 nous
lisons: "A toutes les bêtes sauvages, à tous les
oiseaux du ciel, à tout ce qui rampe sur la terre et qui
est animé de vie, je donne pour nourriture toute la verdure
des plantes" . Si dès l'origine ces versets de la Bible
avaient été interprétés correctement,
la femme et la nature n'auraient pas souffert de violence et de
destruction. Malheureusement, le chapitre 2 de la Genèse
(v. 21 - 24) et certaines lois que l'on trouve dans le Lévitique
et le Deutéronome furent interprétés de manière
à donner à l'homme les pleins pouvoirs sur la femme
et sur la nature (terre et animaux). Bien sûr cela est dû
à l'influence d'autres sociétés patriarcales
de ce temps sur la culture hébraïque. Il est important
de noter que dans la culture hébraïque il y avait aussi
des lois pour protéger la terre d'une exploitation abusive
(Lv 25, 3-8).
Dans la Genèse, au chapitre 9, nous lisons à propos
de l'Alliance avec Noé que cette alliance comprend tout ce
qui vit (v. 9-17).
Dans Exode 23, la loi précise que le septième jour
tout doit se reposer, y compris "ton boeuf et ton âne,
le fils de ta servante ainsi que l'étranger" (v. 12).
Dans Lévitique 25, on lit à propos du concept biblique
de Jubilé, que tous les cinquante ans toute relation entre
les êtres humains et la nature, de même qu'entre êtres
humains doit être remise "en ordre". Le concept
de Jubilé a une dimension socio-écologique et spirituelle.
Dans le Nouveau Testament, on trouve la présentation du cosmos
comme corps du Christ dans certaines épîtres de Paul
(Col 1,15-20).
Aujourd'hui, la crise écologique nous a éveillé(e)s
à l'urgence de chercher une nouvelle théologie qui
traite de l'ensemble du créé et nous fasse ressentir
le besoin d'une spiritualité cosmique. Les religions du monde,
y compris les religions traditionnelles africaines et les religions
des peuples indigènes ont beaucoup à nous apporter
dans cette recherche. St François d'Assise, patron de l'écologie,
reste notre inspirateur dans la perspective d'une communauté
cosmique comprenant les humains, les plantes, les animaux, le soleil,
la lune et l'ensemble de la création de Dieu.
2.4.8 Courte réflexion sur l'économie dans la Bible
et dans la Chrétienté:
"Je suis venu pour qu'on ait la vie, et qu'on l'ait surabondante"
Jn. 10, 10
Des questions économiques reviennent à travers la
Bible. La Torah, en réglementant et en limitant l'achat et
la vente de produits, la culture de la terre et l'élevage
des animaux, place l'activité économique dans le contexte
d'une relation d'alliance de Dieu avec Israël. Cela comprend
le souci du pauvre (Ex 23, 6; Dt 15, 7-11), de l'étranger
(Ex 23,9 ; Lv 19, 33s), de la veuve et de l'orphelin (Dt 24, 19-22)
et de l'environnement (Lv 25, 1-8). La prescription de l'Année
Jubilaire (Lv 25, 8-55) était destinée à assurer
régulièrement un temps de libération de l'emprise
économique, de l'esclavage, de la pauvreté, et à
permettre un nouveau départ.
Les questions économiques sont encore prises en considération
avec les prophètes. Amos avertit Israël du jugement
"parce qu'ils vendent le juste à prix d'argent et le
pauvre pour une paire de sandales", et "parce qu'ils écrasent
la tête des faibles sur la poussière de la terre"
(Am 2, 6-7). Isaï'e condamne "ceux qui ajoutent maison
à maison, qui joignent champ à champ jusqu'à
ne plus laisser de place et rester seuls habitants au milieu du
pays" (Is 5, 8). Jérémie encore condamne "qui
bâtit sa maison sans la justice et ses chambres hautes sans
le droit, qui fait travailler son prochain pour rien et ne lui verse
pas de salaire" (Jr 22, 13).
Jésus n'est pas moins absolu: "Nul ne peut servir deux
maîtres:...Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent" (Mt
6, 24). Le jeune homme riche est invité à vendre tout
ce qu'il possède et à le distribuer aux pauvres s'il
veut vraiment gagner la vie éternelle (Le 18, 18-30).
Dans la parabole du riche Lazare, l'homme riche est condamné,
non pas en raison de quelque acte de cruauté choquant, mais
simplement pour avoir ignoré le pauvre à sa porte
(Le 16, 19-31).
Les Pères de l'Église montrent un souci constant pour
les droits des pauvres, lancent un appel fort à la responsabilité
vis-à-vis des nécessiteux, et mettent sévèrement
en garde contre les tentations des riches.
Après Constantin, l'Église a été amenée
à exercer un "leadership" important dans la société.
Si elle n'a pas été épargnée par la
tentation de la richesse et du pouvoir, elle a aussi essayé
de développer des formes de service: hôpitaux, écoles
et centres de soin, et même souvent ces services passaient
par le biais des monastères qui se sont développés
en partie pour réagir contre les conditions de vie en ville,
pour trouver une façon d'organiser une économie communautaire.
Au Moyen-Âge, en Europe les chrétiens avaient depuis
longtemps adopté en tout un style de vie selon les attitudes
et habitudes dominantes. Des mouvements comme ceux des Franciscains
ou des Vaudois se sont développés à partir
de chrétiens voulant rappeler les priorités de Jésus
et des prophètes appelant au service et au respect des pauvres.
Luther et Calvin ont tous deux lutté pour trouver des façons
authentiquement chrétiennes de gérer et d'organiser
la vie économique qui trouvait sans cesse de nouveaux instruments
de pouvoir dans les fabriques modernes et le commerce au-delà
des frontières nationales et géographiques. Aucun
des deux n'a réussi: les détenteurs du pouvoir économique
(autorités civiles, banquiers, commerçants, industriels)
développèrent de plus en plus leur propre façon
de voir, certains allant même jusqu'à penser sincèrement
que la richesse qu'ils créaient était une bénédiction
de Dieu, ceci en opposition pratique avec l'enseignement le plus
"officiel" de l'Église.
Lorsque l'économie devint une science, une distinction nette
s'établit entre "temporel" et "spirituel"
et les chrétiens se trouvèrent confrontés à
un défi important: la compréhension des priorités
de la volonté de Dieu sur la société.
Christian Failli and thé Warld-Econoim/ WCC
2.5.
SPIRITUALITE DE JPIC:
DIMENSION CONTEMPLATIVE
Les déclarations théologiques ont prise sur la vie
lorsqu'elles résultent d'une réflexion sur l'expérience
humaine à la lumière de la vérité révélée,
et conduisent à un type particulier de comportement et d'engagement
hvimain. Aujourd'hui, nous trouvons qu'il y a unité entre
ces deux démarches. Elles forment un cycle qui va de l'expérience
à la réflexion en vue d'un engagement et revient à
l'expérience. Depuis Vatican II, la vieille méthode
de la "lectio divina" a de nouveau fait son apparition
dans la vie des chrétiens, leur donnant un moyen d'unifier
la foi et la vie par une lecture des Écritures nourrie par
la prière et conduisant à l'engagement. La méthode
consiste à lire la Parole, réfléchir sur elle
en relation avec ce qui se passe dans la vie de chacun et accepter
les implications et les exigences de cette Parole dans le quotidien.
La même méthode peut s'appliquer à la façon
dont nous regardons la vie tout court. Nous regardons attentivement,
cherchons à comprendre la signification de ce que nous voyons
et acceptons les implications et les exigences de ce que nous dit
notre réflexion. C'est là le but: regarder avec les
yeux de la foi ce qui se passe dans le monde d'une manière
telle que cela nous unisse dans une compréhension et un objectif
communs, et nous conduise à un engagement générateur
de joie pour tous, joie qui résulte de l'expérience
d'une relation réussie entre humains: notre façon
de comprendre la justice et la paix. Nous cherchons une approche
dynamique de la vie avec les défis qui se présentent
chaque jour. (GS n° 5)
La spiritualité est une question d'éducation du coeur.
La spiritualité implique un processus de transformation.
"Ne vous modelez pas sur le monde présent,
mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme
et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu,
ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait."
Rm 12, 2
Une spiritualité donne naissance à un style de vie
et à son tour résulte d'un style de vie. Un style
de vie est saint lorsqu'il est produit par l'Esprit Saint et correspond
aux valeurs de l'Évangile. Les styles de vie varient selon
l'échelle de valeurs sur laquelle ils sont bâtis. Sur
cette terre il n'est pas de style de vie qui puisse embrasser toutes
les valeurs de l'Évangile entièrement et à
la fois. La "spiritualité" est le nom que nous
donnons à la synthèse clés valeurs évangéliques
vécues par une personne ou une communauté. Une spiritualité
particulière, pour ainsi dire, remet à jour les valeurs
de l'Évangile en fonction de l'époque et des circonstances
où elle se développe. C'est la raison pour laquelle
les congrégations religieuses sont différentes, même
si leur but ultime est le même. La quête de justice
est commune à toutes les formes de vie chrétienne
mais les façons de comprendre la justice et de la rechercher
diffèrent selon les personnes, les lieux et les communautés.
Pour votre Réflexion Personnelle
TEMOIGNAGE DE MONSEIGNEUR FRANÇOIS XAVIER NGUYEN VAN THUAN
"Comment le travail pour la justice et la paix a influencé
ma spiritualité"
François fut nommé évêque par Paul VI
en 1967. Il choisit pour devise le nom de la Constitution Pastorale
sur l'Église dans le Monde de ce Temps, Gaudium et Spes.
Cela allait devenir le fondement de son plan pastoral pour les huit
années suivantes. Juste avant la fin de la guerre du Vietnam,
il fut nommé évêque de Saigon. Le nouveau gouvernement
considéra que sa nomination était une conspiration
et l'arrêta. Il allait passer les treize années suivantes
en prison. A sa libération en 1988, il resta trois ans au
Vietnam, mais sans pouvoir retourner à Saigon comme évêque.
Il vint à Rome en 1991 pour occuper la fonction de vice-président
du Conseil Pontifical pour la Justice et la Paix.
Avec de tels changements, qu'est-ce qui resta constant et qui donna
unité et harmonie à sa vie? Son inspiration venait
du document Gaudium et Spes. La première partie de ce document
traite de la vocation humaine. La seconde partie souligne cinq points
d'attention majeurs et ces cinq points ont été son
souci pendant ces années. Il était convaincu d'une
chose entre autres: ce que nous avons à présenter
autour de nous, c'est le testament de Jésus: sa Parole, son
Corps et son Sang, sa Paix et son nouveau commandement de l'Amour,
"que tous soient un". C'est ce qui l'a soutenu pendant
toutes ces années.
Au cours des treize années passées en prison, il y
eut deux longues périodes de solitude, une de deux ans et
l'autre de six ans. Il fut arrêté et condamné
sans jugement. Dans son régime cellulaire, il était
toujours entièrement seul avec deux gardiens qui ne le quittaient
pas. Il n'avait pas de livre, pas de journal. Chaque jour du matin
au soir un haut parleur dans la cour déversait un flot ininterrompu
de propagande. Ce type de torture mentale se prolongea des jours
et des jours. La prison est toujours une sanction affreuse, qui
est pire lorsqu'elle est subie dans un pays pauvre, et pire encore
lorsque ce pays pauvre est sous la férule communiste. Il
découvrit que la réponse à cette épreuve
était l'amour.
En prison, il y avait un mouvement de gardiens permanent. Il réussit
toujours à se concilier les nouveaux venus grâce au
témoignage de son amour. Pour finir les autorités
avouèrent qu'elles ne changeraient plus les gardiens parce
que "ce prêtre les contaminait tous".
Au début, les gardiens cherchaient toujours à éviter
de lui parler. Peu à peu il réussit à briser
cette barrière en leur parlant du monde qu'il connaissait,
un monde très différent du leur. Il enseigna le Français
à certains d'entre eux. Il savait que ces hommes ne pourraient
jamais adopter la foi chrétienne, car ils venaient de familles
ayant fait la preuve de leur loyauté au gouvernement, faute
de quoi ils ne seraient jamais devenus gardiens. Cependant François
savait qu'ils avaient changé à l'intérieur,
grâce à la puissance de l'amour.
Au début de sa détention, il demanda à recevoir
un flacon d'un médicament qu'on lui avait envoyé pour
ses douleurs d'estomac. Le flacon arriva, avec l'étiquette
mentionnant "médicament pour l'estomac". Il contenait
en fait du vin de messe. Chaque jour, avec trois gouttes de vin
et une goutte d'eau dans le creux de la main il célébrait
l'Eucharistie. Peu à peu le nombre de ses fidèles
augmentait en prison. Dans la cour, pendant les exercices il faisait
comprendre à ses disciples par des signes qu'il les accompagnait
dans la prière. Il ne fut jamais trahi par personne du troupeau,
même si certains furent envoyés spécialement
pour l'espionner. Même ces derniers, quand ils étaient
interrogés, gardaient son secret.
Durant une période de réclusion cellulaire, il fut
placé dans une cellule isolée à l'extrémité
d'un couloir, sans fenêtre. Entre lui et la lumière
du jour il y avait ce long couloir et deux ou trois grandes portes.
Dans l'obscurité de sa cellule sans ventilation, il découvrit
un minuscule trou dans le mur. Chaque jour, il s'étendait,
le nez près de ce trou pour avoir un peu d'air. Et cela dura
des mois.
Actuellement, dans sa nouvelle fonction à Rome, sa mission
continue: il sait ce que veut dire être traité injustement
et il sait que sa mission est toujours une mission d'amour. Au début,
tout ce qu'il voyait était une montagne de dossiers sur son
bureau chaque jour et il commença à se demander ce
qu'il pourrait bien faire dans un tel travail de bureau. Puis il
s'est rendu compte que chacune de ces feuilles de papier représentait
la vie d'une personne réelle, de quelqu'un dans le besoin.
Il trouva la façon de s'adapter à cette nouvelle mission.
Il apparaît maintenant comme un missionnaire rayonnant de
paix en plein milieu de Rome. Il admire les personnes avec qui il
travaille au Conseil Pontifical. A son âge, il pourrait avoir
le sentiment d'avoir accompli son devoir, apporté sa pierre
à la construction et mérité depuis longtemps
de jouir de la retraite. Mais non. La mission ne finit jamais.
2.6
LITURGIE: JUSTICE ET CELEBRATIONS
La liturgie exprime notre relation avec Dieu, c'est aussi la source
et le résultat de notre relation avec les gens et le reste
de la création.
Les prophètes, Isaï'e (1, 11-17) et Amos (5, 21-25)
en particulier, dénoncent clairement des célébrations
liturgiques qui ne sont pas en cohérence avec une vie selon
la justice.
Dans notre effort pour rendre la liturgie riche de sens et inspiratrice
pour notre vie quotidienne selon JPIC, nous avons besoin de nous
rappeler constamment que Jésus nous a invités à
célébrer en mémoire de lui: "Faites cela
en mémoire de moi". Il s'agit de faire quoi en mémoire
de lui? Il s'agit de dire les paroles qu'il a dites, de la façon
dont il les a dites, d'accomplir les gestes d'amour et de compassion
comme il les a accomplis. C'est lorsque ces gestes et ces paroles
deviennent VIE que nous devenons EUCHARISTIE. Chaque célébration
de la Messe nous aide à devenir Eucharistie parce que:
o Nous demandons pardon de ne pas vivre de bonnes relations dans
notre vie de tous les jours.
o Nous remercions Dieu pour les moments où nous avons pu
vivre de telles relations.
o Nous intercédons pour nous et pour tout l'Univers, pour
que nous puissions promouvoir de bonnes relations en mémoire
de Jésus.
A chaque célébration eucharistique, nous partageons
dans la foi le pain eucharistique, pour pouvoir devenir nous aussi,
en souvenir de Jésus, "pain rompu, partagé et
donné" pour la transformation de ce monde.
Les paroles et les gestes de Jésus au dernier repas, vus
dans la perspective de Marc (14, 22), Matthieu (26, 26), Luc (22,
19), Jean (13, 1-15) et Paul (1 Co 11, 17-33) sont une invitation
à:
^ célébrer nos liturgies en relation étroite
avec nos réalités quotidiennes;
^ célébrer nos liturgies en mémoire de lui,
vivant comme lui, rendant présent et agissant son amour,
son pardon, sa compassion.
Le Chrétien est la personne de l'Eucharistie. L'Eucharistie
est plus un verbe, une action qu'un nom, une chose. Jésus
nous invite à "Faire cela en mémoire de Moi".
Que voulait dire Jésus quand il a demandé de célébrer
en mémoire de lui? Il ne s'agit pas seulement de quelque
rituel religieux qui "intéresserait" Jésus.
Jésus veut que nous VIVIONS comme il a vécu. Il est
important que nous, comme communauté prophétique,
nous SOYONS JESUS, que nous SOYONS EUCHARISTIE pour notre temps.
C'est la façon pour nous de faire mémoire de lui.
Quand la mère de Jacques et de Jean exprima le désir
d'avoir une bonne place dans le Royaume de Dieu pour ses deux fils,
Jésus eut une seule réponse à son désir:
"Peux-tu boire la coupe que je dois boire?" Ou encore
il y a la scène du Jardin la nuit avant de mourir, lorsque
Jésus cria à son Père: "Fais que cette
coupe s'éloigne de moi..." La coupe c'est une vie qui
s'est livrée pour les marginaux et les pauvres. La coupe
qui va être prise est une vie donnée totalement pour
les autres. Malheureusement, beaucoup de nos célébrations
restent des sortes de rituels bien aménagés à
notre goût. Ce n'est pas ce que Jésus a voulu.
Le pain rompu est une vie brisée pour que les autres (nous
tous) aient la vie. Lorsque Jésus prit le pain et dit la
bénédiction, ce fut un geste prophétique signifiant
que ce qui se passait avec ce pain se passerait un peu plus tard
avec Sa vie donnée totalement sur la Croix.
L'Eucharistie est donc tout d'abord un chemin de vie qui reçoit
sa plénitude à travers le rituel consistant à
rompre le pain et à boire le vin de la coupe. Mais rompre
le pain et boire le vin de la coupe doit correspondre à une
vie totalement donnée et sacrifiée pour les autres,
particulièrement les marginalisés et les pauvres.
"S'il est un sacrement qui peut représenter tout le
monde chrétien et toute l'Église, c'est l'Eucharistie.
C'est le sacrement qui symbolise totalement ce qu'est le message
chrétien, ce qu'il signifie pour le monde. Il s'adresse vraiment
au monde et à toute la création. Il est la présence
de Dieu dans le monde. Il est la croix et la résurrection.
Il est le pardon des péchés et la réconciliation."
Le mot Eucharistie veut dire aussi "Merci!" Nous sommes
invités à dire merci pour ce que nous avons pu réaliser.
Nous prions pour avoir la force et la persévérance.
C'est le sacrement du salut et de la nouvelle création. C'est
Shalom. C'est la célébration. Par la célébration,
nous voulons exprimer que nous savons bien que tout ne dépend
pas que de nous. Comme chrétiens, nous sommes appelés
à vivre maintenant dans notre vie l'espérance du monde
à venir. Il arrive souvent que des personnes engagées
dans le travail pour la Justice, la Paix et l'Intégrité
de la Création prennent leur action dans la vie trop au sérieux,
comme si la réalisation du Règne de Dieu dépendait
totalement d'elles. Il est important que nous sachions bien célébrer.
Il ne nous est pas demandé d'avoir du succès, mais
d'être fidèles à l'appel de Jésus à
être Eucharistie. Un authentique engagement pour la JPIC nous
aide à être Eucharistie.
Questions pour nous aider à approfondir notre réflexion
sur e lien entre Liturgie et JPIC
o Avons-nous tendance à institutionnaliser (formaliser) nos
liturgies de façon excessive, empêchant ainsi la souplesse/adaptation,
la créativité et le fait qu'elles soient signifiantes,
parlantes ?
o Avons-nous la possibilité de préparer des liturgies
qui soient porteuses de vie et inspiratrices pour ceux qui y participent
? Si la réponse est oui, est-ce que nous partageons ces expériences
positives avec d'autres ? Comment ? Si la réponse est négative,
quelles sont les difficultés rencontrées ? Quelque
chose peut-il être fait pour les surmonter ?
o Notre engagement pour la JPIC est-il renforcé en profondeur
par nos célébrations liturgiques ? Comment ? Grâce
à notre engagement pour la JPIC pouvons-nous préparer/célébrer
des liturgies qui soient plus parlantes, pleines de sens ?
2.7. REFERENCES BIBLIQUES SUR DES THÈMES
DE JPIC
Références bibliques sur:
Justice - Femmes - Libération - Oppression - Paix - Pardon-Réconciliation-Miséricorde
Pauvres - Partage-Solidarité - Fraternité - Dialogue-Oecuménisme
- Service-Charité Nature-Création.
1. JUSTICE
Exode 23, 6
Deutéronome 15, 7-11; 16, 20; 27, 19
Lévitique 19, 12-18
Job 29, 14
Psaumes 9, 8,16; 11, 7; 33, 5; 72; 89, 15; 103, 6; 140, 13
Proverbes 21, 15; 29, 4,7
Jérémie 9, 23; 22, 15-16; 23, 5
Isaïe 1, 10-20; 5, 23; 10, 2; 29, 21; 30, 18; 32, 15-20; 42,
4; 61, 8
Osée 12, 6
Amos 2, 7; 5, 12
Malachie 2, 17
Matthieu 5, 20; 23, 23; 25, 31-46
Luc 3, 10-14; 11, 42; 18, 8
Actes 4, 32-37
Romains 3, 25-26
2. FEMMES
Juges 4 et 5
Judith 8, 4-8; 9, 8-10
Esther 4, 12-14; 171-17m..; 17m-17s; 5, 1, 3, 7-8
Ruth 1, 16-18; 2, 8-13; 4, 9-17
Matthieu 16, 16-17 et Jean 11, 27 (à lire ensemble)
Marc 14, 3-9
Luc 7, 36-50; 10, 38-42; 21, 1-4
Actes 2, 17-18; 21, 8-9
Calâtes 3, 28
3. LIBÉRATION
Exode 2, 23-25; 3, 1-15
Deutéronome 26, 5-11
Psaumes 9, 3-4; 10,18; 12, 5; 74,14; 103, 6
Michée 3, 4
Baruch 4, 21 Luc 4, 18 ' Galates 5,1,13
4. OPPRESSION
Exode 1, 11
Deutéronome 26, 6; 28, 33
Néhémie 9, 36-37
Psaumes 6, 3-10; 17, 9-12; 44, 22-25; 94, 5-6
Jérémie 50, 33
Michée 3, 3
5. PAIX
Lévitique 19, 1, 9-18
Psaumes 32; 72; 85,9,11; 122, 6-8
Isaïe 2, 1-5; 9, 5-6; 11, 1-9; 32, 15-20; 52, 7; 53, 5; 57,
19
Proverbes 24, 1-4, 22-31
Matthieu 5, 1-12, 38-48; 10, 5-13, 34
Luc 10, 35; 12, 51; 24, 36
Jean 14, 23-27; 19,19-23; 20,19, 21
Romains 12, 18; 14, 17, 19
2 Corinthiens 3, 11
Ephésiens 1, 11-18; 4, 3, 31-32
Galates 5, 22
Philippiens 2, 5-11
Jacques 3, 13-18
6. PARDON-RÉCONCILIATION-MISÉRICORDE
Ezéchiel 11, 17-21
Matthieu 7, 1-5; 18, 21-22, 23-35
Luc 6, 27-38; 15, 1-10,11-24
Romains 5, 11
2 Corinthiens 5, 14-21
Ephésiens 2, 14-18
Colossiens 3, 12-17
Philémon 1, 8-21
1 Pierre 3, 8-12
7. PAUVRES
Exode 1, 8-14; 22, 20-26
Deutéronome 15, 4-11; 24, 10-22; 26, 5-11
Lévitique 19, 9-18; 25, 8, 10, 23-24, 35-38, 42-43
Psaumes 9, 13-14, 19; 12, 6; 14, 6; 18, 28; 22, 27; 25, 9, 16; 35,10;
37, 11; 69, 30;
70, 6; 72, 1-4, 12-14; 74, 19-20; 76-10; 140,13
Isaïe 1, 11-17; 5, 1-23; 11, 1-9; 58, 5-7; 61, 1-2
Jérémie 22, 13-18
Amos 2, 6-16; 3,14; 4, 3; 8, 4-7
Michée 2, 1-5; 3, 1-4, 9-12; 4, 6-7
Sophonie 3, 11-12
Ecclésiastique (Siracide) 7,32-35
Marc 10, 17-22; 10, 23-27
Matthieu 10, 9-10
Luc 1, 46-56; 12, 33-34
Actes 2, 44-45, 4, 32, 34-35; 11, 27-30
1 Corinthiens 1, 17-31
2 Corinthiens 8, 1-15; 9, 6-13
Philippiens 2, 5-9
Jacques 2, 1-5; 4, 13; 5, 6
8. PARTAGE-SOLIDARITE
1 Rois 17, 7-16
Isaïe 58, 1-12
Marc 12, 38-44
Matthieu 25, 31-41
Luc 1, 46-55; 10, 25-37; 16, 19-31
Actes 4, 32, 34-35
Philippiens 2, 4-11
Hébreux 13, 12-16
Jacques 2, 14-18; 5,1-6
Apocalypse 21, 1-6
9. FRATERNITÉ
Proverbes 3, 27-33 Matthieu 12, 46-49 Jean 17, 1, 6-11, 20, 26 Hébreux
2, 10-17 1 Pierre 2, 12; 3, 8-9, 13-16 1 Jean 4, 4-21
10. DIALOGUE-OECUMÉNISME
Genèse 17, 1-7
Isaïe 54, 1-3
Matthieu 10, 41-42; 18, 12-19; 22, 1-10
Jean 17,18-24
Actes 2, 1-11
1 Corinthiens 12
Ephésiens 1, 3-14
Colossiens 3, 12-17
Hébreux 2, 8b-12
1 Pierre 4, 7-11
11. SERVICE-CHARITE
1 Rois 17, 7-16
Ecclésiastique 4,1-10
Matthieu 10, 35-42
Luc 10, 25-37
Jean 13,1-17, 34-35; 15, 9-17
Romains 12, 9-17
1 Corinthiens 13, 1-13
Philippiens 2, 1-4
1 Pierre 4, 7-11
1 Jean 4, 7-17
12. NATURE-CRÉATION
Genèse 1,1 - 2, 3; 9, 9-11
Exode 3, 7-10; 15, 22-27; 23, 10-12
Lévitique 25, 1-24
Isaïe 11, 1-9; 40, 12-31
Daniel 3, 57 ss.
Psaumes 8; 19, 1-4; 24, 4-10; 104, 16-23; 136; 148, 1-4, 7-
Proverbes 8, 22-31
Marc 5, 35-41
Matthieu 6, 26-30
Jean 9; 12, 23-26
Romains 8, 18-25
Colossiens 1, 15-20
Apocalypse 21, 1-5; 6; 16-21
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