INTRODUCTION
Section I
Section II
Section III
Section IV
Section V
Annexe


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SECTION II
FONDEMENTS BIBLIQUES POUR JUSTICE, PAIX ET INTEGRITE DE LA CREATION

 


2.1 INTRODUCTION

Le message biblique est fondamentalement
unjnessage de VIE, d'ESPÉRANCE, de JUSTICE et de PAIX.
Une relecture ou une nouvelle interprétation de la Bible est nécessaire pour découvrir le thème biblique de la justice, fondé sur des relations "justes", ce qui est en filigrane à travers toute la Bible.
Dans la Bible, Dieu ne cesse de prendre l'initiative, de se révéler comme Amour et Compassion parce qu'il désire établir une profonde relation:
o entre lui et ses créatures;
o entre les personnes;
o entre les personnes et le reste de la Création.
Cette image de Dieu doit remplacer d'autres images fausses que nous pouvons avoir acquises dans le passé par une interprétation incomplète de la Bible.
La recherche et l'étude bibliques continuent à progresser, et ainsi de nouvelles découvertes contribuent à renouveler les images de Dieu et de Jésus, images nouvelles qui nous aident à approfondir le fondement biblique de Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC).
Il est intéressant de noter que le Pape Léon XIII - le premier Pape à écrire une encyclique sociale (Rerum Novarum) - est aussi le premier Pape à écrire une encyclique sur les Ecritures (Providentissimus Deus). Cela semble confirmer le lien étroit entre la Bible et la Justice Sociale.
II peut être utile, à ce stade de notre réflexion, de dire quelques mots sur l'Interprétation de la Bible dans l'Église, titre du document publié en 1993 par la Commission Biblique Pontificale. Les quatre points suivants relevés dans ce document répondent à la question: Pourquoi une interprétation "renouvelée" de la Bible aujourd'hui?
o Cette étude n'est jamais terminée; chaque époque doit de nouveau, à sa manière, chercher à comprendre les Livres Saints...
o La gamme méthodologique des études exégétiques s'est amplifiée d'une manière qui n'était pas prévisible il y a trente ans...
o Le message biblique est solidement enraciné dans l'histoire. Il s'ensuit que les écrits bibliques ne peuvent être correctement compris sans un examen de leur contexte historique. Les recherches "diachroniques" (développement historique de textes ou de traditions), seront toujours indispensables à l'exégèse, comme les approches "synchroniques" (concernant la langue, la composition, la structure narrative et le pouvoir de persuasion), pour faire ressortir toute la vérité du texte et pour donner satisfaction aux légitimes exigences du lecteur moderne.
o Cette méthode, en elle-même, a eu notamment comme résultat de manifester plus clairement que la tradition néo-testamentaire a son origine et a pris sa forme dans la communauté chrétienne, ou Église primitive, passant de la prédication de Jésus lui-même à la prédication qui proclame que Jésus est le Christ".
Selon le document "L'interprétation de la Bible dans l'Église"', publié par la Commission Biblique Pontificale, 1993.
C'est à la lumière d'une telle évolution de l'étude de la Bible que nous avons développé notre compréhension du concept biblique de la justice comme relations justes. La recherche de la justice correspond en fait à l'effort pour créer des relations constructives et libératrices à tous les niveaux:
2.1.1 Relations dans la Bible
2.1.2 Relations de Dieu avec les Humains
2.1.2.1 Dans les Écritures hébraïques (Ancien Testament)

Ex 34, 5-7: Un Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité, qui pardonne...
Jr 31, 3: D'un amour éternel je t'ai aimée... fidèle...
Jr 29, 11-14: Je sais, moi, les desseins que je forme pour vous... desseins de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance.
Is 49, 14-16: Une femme oublie-t-elle son petit enfant?.. Vois, je t'ai gravé sur les paumes de mes mains.
Os 11, 1-9: Et moi j'avais appris à marcher à Ephraïm... je le prenais par les bras... Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d'amour... je m'inclinais vers lui et le faisais manger.|
PS: 9, 12, 22, 35, 69, 72, 82, 103, 107,130, etc.
2.1.2.2 Dans le Nouveau Testament
Nous avons trois paraboles du Nouveau Testament qui indiquent clairement une nouvelle compréhension de la relation entre Dieu et l'homme, une relation basée sur un nouvel ordre de la justice telle que la conçoit Jésus.
1) Mt 18, 21-35: La parabole du Maître miséricordieux: la pitié du maître est extraordinaire, car il n'agit pas selon les normes humaines. Il fait preuve de compassion envers son serviteur qui implore sa clémence et lui remet toute sa dette.
2) Mt 20, 1-16: La parabole de l'Employeur compatissant: le propriétaire de la vigne se préoccupe des chômeurs. On nous dit que plusieurs fois dans la journée il va à leur recherche, les invitant à travailler à sa vigne. Sa préoccupation n'est pas que le travail soit fait, mais que les travailleurs soient suffisamment payés pour assurer une vie décente à leur famille. La justice de Dieu se conforme aux besoins des personnes.
3) Le 15, 11-32: La parabole du Père compréhensif ("Enfant prodigue"): il comprend de façon inhabituelle son jeune fils qui veut tenter l'aventure. En acceptant cela, il sait le risque qu'il prend en tant que père. Lorsque finalement son fils revient à la maison, le père ne demande aucune explication; il le comble seulement d'amour et de compassion.,Quand le fils aîné réagit avec colère devant l'attitude du père envers son plus jeune frère, le père lui explique doucement que tout ce qui compte, c'est que ce frère plus jeune soit "retrouvé" avec une vie nouvelle.
Ces trois paraboles reflètent le concept biblique de la justice comprise comme "relation juste", de pitié, de compassion, de compréhension, de pardon.
Dieu est du côté des pauvres parce qu'ils sont pauvres et objets de discrimination. C'est ainsi qu'est Dieu, et c'est tout l'objet de son Alliance: un pacte avec les pauvres pour qu'ils puissent vivre en frères et soeurs dans une communauté de foi égalitaire. Dieu n'idéalise pas le pauvre. Il n'est pas contre le riche ou le puissant: II est contre les structures de la société qui opposent riches et puissants aux pauvres et aux dépossédés de la terre. Dieu les sauve tous.
2.1.3 Relations entre les humains
2.1.3.1 Les Alliances du Sinaï et du Lévitique
Ex 22, 20-21 )
Dt 10,18-19 ) Juste traitement pour les orphelins, les veuves et les étrangers
Dt 24, 17-24 )
Ex 22, 24-26 )
Ex 23, 3-11 ) Juste traitement pour le pauvre et le nécessiteux
Lv 15, 4 ss )
Dt 24, 12-15 )
Ex 22,24 - ne pas prendre d'intérêt
Ex 23,6 - justice envers le pauvre
Lv 19, 35-36 - ne pas tromper l'autre
Dt 25, 13-16 - jugement droit sur les autres
Ex 23,8 - ne pas se laisser soudoyer
Ex 23, 1 - ne pas répandre des rumeurs sans fondement.

2.1.3.2 Relations de Jésus avec les personnes :
Me 1, 41 Un lépreux vient à lui... Jésus est saisi de pitié...
Me 2, 23 Un jour de Sabbat, ses disciples ont faim; II les laisse "violer le
Sabbat" pour qu'ils puissent manger ... Il relativise la loi: la
compassion est plus importante que la loi
Me 3, Iss Sauver une vie, promouvoir la vie est plus important que la loi.
Me 8, 2 "J'ai pitié de cette foule..." (Il en nourrit quatre mille)
Me 12, 28-34 "Tu aimeras le Seigneur... tu aimeras ton prochain comme toi-même...
aimer son prochain vaut mieux que tous les holocaustes et
sacrifices".
Me 2, 15 Jésus n'exclut personne
Mt 9, 27-28 Compassion envers l'aveugle
Mt 22, 37-39 Amour du prochain
Mt 18, 21 et Le 17,4 Pardonner aux autres
Le 6, 6-11 Guérison des malades
Le 7, 36-50 et Jn 4, 7-39: Attitude envers des femmes marginalisées
Le 7, 9 Appréciation de la foi des non-juifs
Jn 8, 1-11 Compassion envers les "pécheurs"
La relation de Jésus avec les personnes renverse toutes les barrières:
o Barrières de races - les Samaritains
o Barrières de "genre" - maintes et maintes fois il reconnaît la femme comme personne et
partenaire de la mission
o Barrières de culture - accueillant la culture hybride, mélangée, de la Galilée et de la
Décapole
o Barrières de religion - contre la structure religieuse officielle du Temple de Jérusalem
o Barrières d'âge - accueillant les enfants
o Barrière de proscription - accueillant les proscrits politiques comme les collecteurs
d'impôts, les proscrits de la société comme les lépreux, les proscrits de la religion comme
les prostituées.
La vie et la mission de Jésus sont une menace constante pour le statu quo:
Dans une société colonisée sur le plan politique, patriarcale sur le plan social, conservatrice sur le plan religieux, Jésus introduit une sorte de relation alternative avec Dieu et avec les autres:
o Jésus viole le Sabbat partout où l'exige un besoin humain:
controverses sur le Sabbat: Me 2, 23-28; 3, 1-6; Le 13, 10-17; Jn 5, 1-18; 9, 1-34
o Jésus donne à la femme sa juste place:
Le 8, 2; Jn 4, 4-42; Le 7, 36-50; Me 15, 40-41, 47; 16, 1-8
o Jésus donne de l'importance à la convivialité universelle de la table, brisant les tabous sociaux, culturels, religieux, de genre, et politiques.
La communauté de Jésus se bâtit sur: (1°) les "deux commandements", Mt 22, 36-40; (2°) les huit béatitudes, Mt 5, 1-12.
L'"Évangile spirituel" et l'"Evangile matériel" sont en Jésus un seul Évangile.
2.1.4 Relations entre humains et environnement (nature)
2.1.4.1 Relations avec la terre:
Ex 23,10-11 ) Laisser "reposer" la terre tous les sept ans
Lv 25,1-7 )
2.1.4.2 Relations équitables avec les animaux
Lv 25, 7 ) Respect et compassion pour les animaux
Ex 23, 4-5 )
2.1.5 Livres de la Sagesse
Dans certains cercles s'est développé une culture de sagesse, attitude et façon d'aborder la vie qui soulignaient les relations entre Dieu, les humains et le reste de la Création. Les livres sapientiaux donnent une grande importance à la nature.
Proverbes (445 av. J.C.) 6, 16-19
Job (430 av. J.C.) 42, 1-6
Ecclésiaste (Qohélet) (250 av. J.C.) 11, 5
Ecclésiastique (Ben Sirac) (190 av. J.C.) 10, 6-7
Sagesse (150 av. J.C.) 7,22-30
Psaumes: 103 (Célébration de la Création de Dieu)
2.1.6 Prophètes
II importe de voir et d'apprécier les prophètes dans la perspective de l'histoire juive, telle qu'on la trouve dans les Écritures hébraïques (Ancien Testament).
Ils sont "appelés" et "envoyés". Ils jouent un rôle central dans l'histoire d'Israël et dans le développement de la pensée et de la tradition israélites.
La justice sociale est au coeur de leur message:
Is 1, 10-17 )
Jr 7, 1-7 ) Culte au Temple, célébration liturgique, prières et holocaustes
Am 5,11-15; 21-24) n'ont pas de valeur si la vie ne reflète pas véritablement amour et justice.
Mi 6, 1-8 )
Le rôle des prophètes peut se résumer ainsi:
o Ils scrutent les signes des temps, aux niveaux économique, politique et religieux.
o Ils adressent leur message à tous:

a) à ceux qui détiennent le pouvoir au niveau politique, car dans leur contexte, les rois au moins affirment croire en Yahvé;
b) à ceux qui détiennent le pouvoir religieux;
c) à tout le "peuple choisi".
o Ils annoncent, dénoncent, mettent en garde; avant l'exil, leur message est particulièrement un avertissement; durant l'exil, c'est un message d'espérance; après l'exil, c'est un message de fidélité.
Le message des prophètes révèle:
a) leur préoccupation devant l'idolâtrie et le syncrétisme des Israélites;
b) leur souci devant le fait que le "peuple de Dieu" souhaite ressembler à ses "voisins", adoptant ainsi facilement leurs modèles de culte et de conduite;
c) leur perception de la tendance, chez les Israélites, à considérer leur choix par Dieu comme un privilège plutôt qu'une responsabilité; cela développe un esprit nationaliste qui fait considérer les autres comme "inférieurs".
Pour prolonger la Réflexion et la Discussion
L'image du prophète que donnent les Écritures hébraïques est celle de quelqu'un:
o qui a une vision
o qui a une forte relation avec Dieu
o qui a clairement discerné son appel et sa mission
o qui passe par une expérience de conversion
o qui agit avec courage parce qu'il se sent "séduit" par Dieu.
Pouvez-vous nommer quelques prophètes dans le contexte d'aujourd'hui qui ont eu des expériences similaires? Comment et en quoi vous inspirent-ils?
2.1.7 Martyre social aujourd'hui
Le martyre est réapparu dans la vie de l'Église aujourd'hui, et il se répète de façon frappante. L'Évangile vécu en vérité suscitera toujours la persécution. St. Paul nous met en garde contre les puissances et les principautés à l'oeuvre dans le monde et son histoire. Ceux qui oeuvrent pour le Royaume de Dieu rencontreront beaucoup d'opposition et parfois la mort. Notre histoire récente offre des exemples de vie donnée aux pauvres et aux abandonnés, prophètes et martyrs pour le Royaume de Dieu.
Les statistiques annuelles publiées par le Saint Siège nous donnent le nombre de ceux qui ont vraiment offert leur vie au service de la mission de l'Église. Beaucoup d'autres passent par de très grandes épreuves à cause de leur foi. Le martyre indique le degré d'opposition au message chrétien qui existe dans le monde. C'est, dans toute la force du terme, l'accomplissement de la promesse de Jésus à ses disciples, et celui des Béatitudes. La nature du martyre a visiblement changé. On ne peut plus dire que les chrétiens aujourd'hui sont mis à mort parce qu'ils croient en telle ou telle vérité de la foi catholique. Il y a aujourd'hui davantage de martyrs par fidélité à la mission d'amour qui leur a été confiée. Ce sont, en ce sens, des martyrs sociaux, martyrs qui meurent à cause de leur prise de position, de leur choix en faveur de la justice et de l'amour.
On cite souvent la phrase prophétique de Mgr Dien (Vietnam) au Deuxième Concile du Vatican: "Nous avons beaucoup de martyrs, mais avons-nous des martyrs pour la justice?"
Pour prolonger la Réflexion et la Discussion
Voici une brève présentation de trois prophètes contemporains (prophètes de justice sociale, d'éco-justice):
o Quel message ont-ils pour vous?
o De quelle façon vous motivent-ils pour approfondir votre engagement
prophétique à JPIC dans votre contexte particulier?
PROPHETES CONTEMPORAINS
Oscar ROMERO, Archevêque
Oscar Romero, né au Salvador en 1917, est ordonné prêtre en 1942, et évêque en 1970. Il devient archevêque de San Salvador en 1977. Mgr. Romero offre alors plutôt une image de conservateur, peu ouvert aux aspirations du peuple et très introverti. Cette situation va changer radicalement sous la pression des faits. Tout bascule dans la vie de Mgr Romero après l'assassinat de son ami le Père Rutilio Grande qui fait suite à de nombreux autres assassinats de prêtres. Cet événement lui a fait réaliser la gravité de la situation d'injustice et de violence et cela le conduisit à changer de vie.
Oscar Romero organisera alors la vie de son diocèse dans le sens des enseignements de Jean-Paul II qui fait de l'option préférentielle pour les pauvres une des priorités de l'Évangélisation, comme cela fut rappelé au cours des diverses Conférences (Medellin, Puebla..). Il se montrera très attentif à la foi que cherchent à vivre les pauvres et les gens simples de son diocèse et aux expériences des communautés de base qu'il soutient. Dans cette action, il aura à travailler seul n'ayant guère d'appui parmi les autres évêques du pays.
Son sens aigu de l'évangélisation l'amènera à chercher une parole qui permette d'inculturer le christianisme dans la réalité sociale et politique de son pays marqué par la pauvreté, la dictature et la violence des nantis. C'est dans ce cadre que ses prédications radiodiffusées, qui comprennent aussi une chronique de l'actualité du pays et de l'Église locale, dans sa cathédrale auront un grand retentissement car la parole de l'archevêque est forte pour dénoncer les violences et les injustices. Sa radicalité s'appuie fermement sur l'Évangile et en particulier sur le respect de la dignité de la personne humaine.
"L'Église maintient et défend l'éternelle vérité révélée par Dieu: l'homme et la femme sont l'image de Dieu; par l'oeuvre rédemptrice de Jésus-Christ, l'être humain a été libéré de l'esclavage du péché et promu à la dignité de fils et fille de Dieu, libre protagoniste de son destin et participant de la gloire éternelle de Dieu. Voilà la vérité sur l'être humain que défend l'Église, quels que soient les systèmes ou les conjonctures politiques des peuples" (1.1.1980)
Mgr Romero devra sans cesse essayer de situer le christianisme par rapport à la vie politique tant pour dénoncer la corruption, le manque de démocratie, le non respect des droits de l'homme que pour mettre en garde les chrétiens qui confondent trop vite Évangile et action politique en particulier dans des groupes violents. L'Évangile a une dimension politique mais il commande aussi des comportements spécifiques.
"... C'est la raison pour laquelle le processus de libération de notre patrie doit être assuré. L'Église ne nous abandonnera pas, elle continuera à nous accompagner mais avec la voix authentique de l'Évangile, de la transcendance du Christ. Elle continuera à demander avec force que tous ceux qui sont engagés dans le combat de la libération, s'ils veulent être forts et efficaces, mettent leur confiance en Jésus-Christ, le grand libérateur et ne s'en écartent en rien" (1980).
La violence des tenants du pouvoir (politiciens, grands propriétaires terriens, militaires, milice nationale) sera dénoncée sans relâche par Mgr Romero tout comme le sera celle des militants révolutionnaires qui disent oeuvrer pour une plus grande justice. Mgr Romero a bien conscience de la voie étroite sur laquelle il marche mais il le fait avec la conviction que l'Évangile est non seulement source de plus grande justice sociale mais aussi source de paix.
"Non à la violence a été son (celui de l'Église) cri unique devant toute main qui se lève contre un être humain quel qu'il soit. La violence est un acte de péché qui souille le monde. Ce cri de dénonciation et de résistance n'a jamais inspiré à l'Église la passion de la vengeance et du ressentiment.. La voix de l'Église a été ici l'écho d'un amour fraternel qui, à partir de la foi en la vérité révélée par Dieu, a inspiré la doctrine sociale..." (1978)
II meurt assassiné au cours de la messe qu'il célébrait le 24 mars 1980 après avoir reçu de nombreuses menaces. Il est considéré dans toute l'Amérique latine comme un saint martyr.
Dorothy Day
Dorothy Day est née en 1897 dans une famille de journalistes. Elle a rejoint son père et ses frères dans cette profession. Avant de se convertir à la foi catholique elle écrivit des articles pour divers magazines non marqués religieusement mais prenant à coeur les questions de justice sociale. Dorothy participa aussi au mouvement d'opposition à la guerre (première guerre mondiale), milita pour le droit de vote des femmes et écrivit sur la lutte contre la pauvreté.
Dans les années 1930, le journal "Catholic Worker" (fondé par elle avec Peter Mauriri), proposait aux jeunes catholiques, en pleine crise de dépression, une occasion de servir les autres, par un choix de vie pauvre et un travail de promotion de la justice raciale et sociale. Après la bombe atomique sur le Japon, Dorothy condamna la bombe dans un article passionné. Dans les années 50, le journal continua à mener une action éducative pour informer les lecteurs sur le péril nucléaire menaçant le monde, appelant à des actions de jeûne et autres protestations.
Pendant le Concile Vatican II, Dorothy prit part à un jeûne de 10 jours avec vin groupe international de femmes. Leur objectif était de demander aux évêques du monde de condamner les guerres et les destructions à grande échelle. Dans ses dernières années, Dorothy a participé à des manifestations avec César Chavez et le groupe "United Farm Workers". Le "Catholic Worker" a écrit régulièrement sur la souffrance des populations d'Amérique Centrale. Elle a reçu la "Laetre Medal" de l'Université Notre Dame en 1975.
Dorothy est morte en 1975, et depuis lors, le Mouvement des Catholic Workers n'a cessé de croître. Son esprit et sa passion pour la cause de la justice sociale continuent à vivre parmi les Catholic Workers. Cette année (1997), des rassemblements nationaux sont programmés pour commémorer le centième anniversaire de sa naissance.
Mahatma Gandhi
Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 sur la côte occidentale de l'Inde. Il appartient à une caste de marchands, mais sa famille a déjà exercé des fonctions politiques régionales. Élevé dans la tradition hindoue, il se marie à douze ans et cinq ans plus tard il part pour étudier le droit en Angleterre. En 1891, il s'installe comme avocat à Bombay, puis émigré de 1893 à 1914 en Afrique du Sud. Il fonde en 1894 le Congrès Indien du Natal pour défendre la minorité indienne d'Afrique du Sud humiliée et rejetée.
C'est à cette période qu'il étudie la Bhagavad Gîta et l'Évangile (particulièrement le sermon sur la montagne), il devient alors un adepte du principe de la non-violence, démarche religieuse et politique. Il utilise les techniques non-violentes pour faite aboutir ses revendications dès 1906.
La recherche spirituelle de Gandhi le conduit à la fois à la non-violence et au service des plus humbles de la société; il ne sépare pas les dimensions spirituelles des dimensions sociales, et en cela il marque vin fort engagement pour le progrès de la Justice et de la Paix.
La non-violence pratiquée par Gandhi, connue sous le nom de technique du satyagraha, n'est pas un pacifisme ou une attitude passive et résignée devant l'ennemi. Cette technique consiste à adopter une attitude active d'amour, de résistance face à l'injustice, d'opposition au mal, de désobéissance aux lois injustes et iniques, et cela d'une façon non-violente. Le satyagraha fait appel à une grande force d'âme pour échapper au piège de la vengeance, au cycle de la violence.
En 1914, après avoir lutté selon ces principes en Afrique du Sud, il retourne en Inde.
Il est convaincu d'avoir une mission, celle de répandre la vérité et la non-violence partout dans le monde, comme antidote à la violence et au mensonge.
Dès son retour, il s'engage dans la lutte contre l'impérialisme britannique en vue d'amener l'indépendance politique et spirituelle de son pays. En 1915 il fonde son premier ashram et commence ses voyages à travers le pays pour sensibiliser les Indiens, en particulier les pauvres, car il réalise combien ils sont une force pour le pays. Gandhi lance des campagnes de désobéissance civile face aux lois fixées par les Britanniques, puis des campagnes de non-coopération... et toutes ces actions non-violentes servent à déstabiliser l'économie et l'administration coloniale. Ses actions les plus célèbres furent "la campagne du sel" contre le monopole anglais, et la "campagne du textile" contre l'importation de tissus. A l'occasion de cette campagne, Gandhi devint l'apôtre du "khadi", le rouet servant à filer le coton local.
Gandhi participera activement aux négociations qui conduiront à doter l'Inde d'une constitution plus favorable et qui finalement amèneront l'indépendance du pays en 1946. Il n'hésitera jamais à risquer sa vie, pratiquant des jeûnes jusqu'au seuil de la mort. Dans son combat pour l'indépendance, il se heurtera cependant à de nombreuses incompréhensions de la part des leaders politiques qui ne peuvent pourtant pas se passer de lui; ils ont besoin de lui en raison de son énorme popularité auprès des pauvres, même si eux ont recours à la violence.
Gandhi se préoccupe de la coexistence pacifique entre les communautés musulmane et hindoue. Malgré son échec sur ce point (Partition entre l'Inde et le Pakistan), il ne renonce jamais à son objectif et cherche sans cesse de nouveaux moyens de réconcilier les deux communautés et de mettre un terme à la violence et aux massacres. Il s'attachera aussi à lutter contre la ségrégation religieuse dont sont victimes ceux qu'on appelle les "intouchables" (et qu'il appelle, lui, les "harijans" - les enfants de Dieu), et à leur obtenir des droits politiques et une meilleure reconnaissance sociale.
Gandhi sera assassiné le 30 janvier 1948.
Le message qu'il nous laisse est celui de la force extraordinaire qu'apporté une non-violence politique et spirituelle. Il nous laisse aussi une diversité de moyens pour lutter contre l'injustice, tels que le jeûne, la non-coopération, les marches silencieuses, les grèves...
"Je ne pourrais pas vivre une vie dans sa dimension religieuse si je ne m'identifiais pas à l'ensemble de l'humanité, et le seul chemin pour cela est de m'engager politiquement. Si je m'occupe de politique, c'est parce que la politique est partout autour de nous; elle est comme un serpent enroulé autour de notre corps, qui nous étreint, et dont on ne peut se dégager malgré tous les efforts que l'on peut faire."
Soeur Rani Maria
S. Rani Maria est née le 29 janvier 1954 dans le Kerala (Inde). Elle a été élevée dans la foi chrétienne, qui allait donner tout son sens à sa vie et à son travail jusqu'à sa mort. Dès son enfance elle manifesta un grand souci pour les pauvres et les opprimés. En 1974, elle entra dans la congrégation des Franciscaines-Clarisses.
Partout où elle passa elle aida les gens à réfléchir sur leurs problèmes et à s'engager dans quelque action appropriée. Cela amena des villages entiers à s'engager dans des opérations de développement telles que: création d'écoles non officielles, construction d'habitations bon marché, aménagements pour avoir de l'eau potable, contrôle des organismes publics de distribution, introduction de petites industries, ouverture de classes de rattrapage scolaire pour les marginalisés du système scolaire, pour les femmes et pour les personnes âgées. A travers tout cela, elle gardait le souci constant que ce soit l'affaire des personnes concernées, se contentant de jouer le rôle de modeste catalyseur.
Ayant fait des études de sociologie, elle avait une profonde compréhension de la situation sociale et du contexte culturel des gens. De ce fait, son engagement, l'ardeur qu'elle mettait à la tâche étaient étroitement liés à l'objectif du développement humain. Elle a dirigé des cours de conscientisation sociale et elle a mis sur pied plusieurs programmes pour l'éveil et la prise de responsabilité des gens. Son engagement social est allé bien plus loin que de procurer des conditions de vie décente aux gens ou des services d'assistance divers. Son but était de transformer les personnes brisées et anéanties en "images de Dieu". Son amour et sa compassion ont trouvé à s'exprimer de mille façons tant dans l'action sociale en général que dans le service précis de la population locale.
En 1992, elle fut envoyée à Udainagar, dans le diocèse de Indore. Voici quelques exemples de la façon dont elle développa la prise de responsabilités autour d'elle:
o Elle a créé des "Seva Samities" dans plusieurs villages, un système d'épargne pour permettre aux fermiers d'acheter les semences et les engrais à des taux d'intérêt symboliques. Cela a permis de libérer les gens de la dépendance des usuriers.
o Elle a organisé des groupes féminins pour aider les femmes à prendre conscience de leurs capacités,de leurs droits et de leurs responsabilités, au moyen de programmes d'alphabétisation pour adultes. Ces femmes sont actuellement engagées dans diverses activités de développement comprenant la construction d'habitations, l'éducation sanitaire, etc.
o Elle a renforcé les "Panchayats", qui sont des commissions de villages, aidant les habitants à prendre conscience de leurs droits et de leurs responsabilités, leur fournissant une assistance pour mettre sur pied des programmes de développement systématique.
o Elle a formé des "Forest Protection Committees" (Commissions de Protection de la Forêt), pour développer chez les habitants des villages la conscience de l'importance de la protection des forêts. Ces commissions ont trouvé un soutien auprès du service des forêts.
Ces prises de responsabilités chez les pauvres entraînèrent l'opposition de ceux qui croyaient avoir des "droits acquis" comme les usuriers, les personnes impliquées dans la destruction illégale des espaces boisés et les responsables qui voulurent utiliser les "Panchayats" pour servir leurs propres fins personnelles. A plusieurs reprises ils protestèrent contre ses actions, mais elle, loin d'être ébranlée par leurs menaces et leur opposition, continua sa mission trouvant son inspiration en Luc 4, 18: "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu' il m'a choisie pour porter la bonne nouvelle aux pauvres.... renvoyer en liberté les opprimés..."
Le 25 février 1995, elle fut tuée sauvagement en plein jour, après avoir été brutalement sortie de l'autobus dans lequel elle voyageait.
A ses funérailles, les responsables locaux lui ont rendu hommage par ces paroles: "Soeur Rani Maria n'est pas morte; personne ne peut la tuer. Elle restera toujours source d'inspiration pour nous dans les années futures."
Joseph Au Gi-Fu
Joseph naît à Macao en 1941. A 19 ans, il se rend à Taiwan et se spécialise en chimie industrielle. Au terme de ses études, il va en Suisse et obtient le diplôme national suisse d'ingénieur chimiste. Il passe ensuite huit ans en Europe à faire des recherches en Chimie. Puis il est invité à retourner à Taiwan pour y travailler comme directeur de recherche dans une des plus grandes sociétés industrielles de plastique de Taiwan. Il est devenu l'homme qui a réussi dans son métier, l'homme d'affaire prospère, très admiré de ses collègues. Et avec cela il reste un catholique convaincu. Après une vingtaine d'années où il a gravi les échelons du succès, il commence à mettre en question le système de valeurs inhérent à ce style de vie particulier. Il est de plus en plus conscient des injustices et de la violence commises envers l'être humain et l'environnement au nom du progrès et du développement. En 1984, il démissionne de son poste. Cherchant un sens plus profond à la vie, il étudie la théologie et voyage en plusieurs pays pour y rencontrer des gens ayant les mêmes intérêts et engagements que lui. Il vient de retourner à Taiwan voici neuf ans, pour y instaurer un style de vie alternatif qu'il décrit de la manière suivante:
o Vie simple: dans un cadre rural, laissant le confort et les commodités de la vie urbaine, résistant aux désirs de richesse et de célébrité, portant des vêtements simples et possédant très peu d'équipement électrique moderne. N'utilisant pas d'articles à jeter après usage ou d'emballages inutiles. Pas de nourriture toute prête ni de conserves. Choix du régime végétarien. Eau utilisée avec modération. Cuisson au feu de bois.
o Vie naturelle: vie en harmonie avec la nature, me considérant comme ami de toute créature de Dieu. Aimer la terre veut dire la protéger de la pollution et de la destruction. Ne pas produire d'ordures à jeter. Tout ce qui est mis de côté est classé, réemployé et recyclé autant que possible. Pas de détergent chimique, de pesticide, ou d'engrais. Éviter ce qui est en plastique. Prendre l'eau à la source voisine (et non au robinet): autant d'éléments qui font partie de mon choix de style de vie.
o Vie spirituelle: allier les méthodes de prière et de méditation orientales et occidentales. Lecture de la Bible, yoga et contemplation font partie du programme quotidien. Partage et prière de groupe avec les visiteurs. Il s'agit d'un style de vie qui intègre la nature et la présence de Dieu. Expérience de l'amour mutuel et de l'aide réciproque avec toutes les personnes de bonne volonté, sans tenir compte de la religion, du genre, de la nationalité ou de la race, avec une option préférentielle pour les faibles et les handicapés, pour ceux qui souffrent spirituellement et ceux qui n'ont personne sur qui compter.
Voici quelques extraits de ses écrits:
" Ceux qui viennent à Yenliao (nom du village) sont surpris de m'y voir vivre un style de vie aussi simple. Leurs nombreuses questions me forcent à réfléchir profondément et servent de test à ma volonté. Ils se demandent ce qui m'a fait changer si radicalement, me faisant abandonner la vie urbaine et le poste prestigieux de ma carrière avec son salaire si élevé. Une chose étonnante, c'est que ce sont mes amis intimes qui expriment ces doutes sur mon style de vie simple. Ils m'interrogent avec curiosité se demandant ce qui m'a conduit à mon option actuelle: frustrations? difficultés? déceptions? Ils pensent que je gaspille mes talents dans un lieu si retiré. Ils me considèrent comme un "évadé" de ce monde, comme quelqu'un qui n'a pas apporté sa contribution à la société.
Si j'avais continué mon travail d'autrefois, qu'aurai-je obtenu comme résultats à ce jour? Tout au plus un peu de recherche pour aider à mettre au point quelque produit nouveau, ou une aide que j'aurais apportée à tels étudiants pour acquérir des connaissances. Mais ce ne sont ni de nouveaux produits ni davantage de connaissances qui peuvent changer le coeur de l'homme,. De plus, il y a de par le monde beaucoup d'experts et de savants capables d'offrir leurs compétences dans le domaine de leur spécialisation. Quant à ceux qui veulent se consacrer à vivre un style de vie simple en vue d'entraîner un changement d'attitude, ils sont très peu nombreux...
La croissance économique s'est développée de manière déséquilibrée, en ce sens que ceux qui sont devenus riches ne sont pas pour autant devenus plus cultivés et n'ont pas acquis de valeurs spirituelles... Pour beaucoup, progrès veut dire croissance économique, revenu plus important, nouveaux produits industriels... et vivre un style de vie simple signifie régression, retour en arrière. Mais qu'est-ce que le véritable progrès? Le véritable progrès ne peut se mesurer seulement en termes d'économie, de technologie ou de produits. Il est plus important de regarder la croissance dans la vie spirituelle des personnes. Le progrès humain doit se juger en fonction de la qualité de la vie: voir s'il y a plus d'harmonie, plus d'intérêt mutuel, plus d'amour parmi les gens. L'amour est le critère authentique du progrès. Les avancées technologiques ne peuvent être un critère pour le progrès humain, mais au contraire elles sont fondamentalement liées à notre autodestruction. Je ne nie pas la contribution de la science et de la technologie qui nous profite à tous. Mais il est cependant nécessaire de nous demander si la croissance économique apporte bonheur et bien-être à tous les peuples: riches et pauvres, pays développés ou en voie de développement, générations actuelles et futures...? Il est nécessaire de prendre en considération non seulement les êtres humains mais aussi l'environnement et la nature, y compris les plantes, les animaux, l'air, leé fleuves, les mers, les montagnes et la terre.
Il n'est pas facile de se débarrasser des désirs avides et hédonistes du coeur humain pour les remplacer par le détachement et la maîtrise de soi. Pour ce changement, il faut l'éducation du coeur et le développement des valeurs religieuses. Ce que nous apprenons par les expériences vécues nous donne une vraie sagesse.
J'expérimente cette vie depuis 8 ans. Chaque jour, je me sens plus libre, plus paisible et plus heureux dans ce style de vie simple. Je ne l'évalue pas par son efficacité. Bien que je n'aie pas entendu Dieu me parler réellement, je fais vraiment l'expérience de Sa présence en moi. Ce que je souhaite, c'est que les humains puissent changer de vie, d'attitude, de système de valeurs et de conception de la vie, grâce au changement de relations entre humains, entre eux et la nature, entre eux et Dieu.
Tout cela doit venir de l'AMOUR, amour de soi, amour d'autrui et amour du monde entier. Seul l'AMOUR peut rendre les gens capables de vivre, volontiers, un style de vie simple. Lorsque tous vivront ainsi, il y aura la PAIX dans le monde. Il y a encore du chemin à faire pour cela. Peut-être ne le verrons-nous pas nous-mêmes; néanmoins je suis convaincu que c'est la seule voie pour la paix du monde. Mettons-nous en route! "
Professeur Wangari Maathai
Être prophète demande de fortes convictions et un engagement sans peur face aux oppositions et aux menaces. Au Kenya, le Professeur Wangari Matthai a été surnommée le lion des femmes en raison de ses efforts courageux pour la défense de l'environnement et son combat pour la justice.
Elle a fondé le désormais célèbre "Greenbelt Movement" (Mouvement de la Ceinture Verte) en 1971, fort de plus de 50 000 adhérents et d'un certain nombre de pépinières prospères. L'organisation, en plus de planter 7 millions d'arbres à travers le Kenya, a mené avec succès une campagne pour les droits au divertissement et à la détente des habitants des villes, protestant contre la pollution chimique et la construction d'habitations trop rudimentaires pour les pauvres.
Ce lion des femmes est une "populiste" qui ne se laisse pas intimider par les politiques de type patriarcal du Kenya. Elle n'a pas peur de compromettre Moi et son gouvernement pour protéger la terre et améliorer la qualité de la vie pour tous. Étiquetée de subversive par le gouvernement, elle est entrée en politique comme membre du Forum pour la Restauration clé la Démocratie (FORD). Travaillant à la libération des prisonniers, prenant part à des grèves de la faim, à des marches de protestation et à des groupes de pression elle a été accusée de délits, tournée publiquement en dérision par les hommes politiques et victime de rumeurs mensongères.
Bien qu'elle ne fasse pas partie de 1'"establishment" politique de son pays, cela n'a pas empêché le Professeur Maathai d'accéder à une reconnaissance internationale pour son travail. En tant que première femme professeur d'université du Kenya, elle dirigea le département d'études vétérinaires à Nairobi et en 1984 elle reçut la récompense suprême de Suède, le prix du Droit aux Moyens d'Exister (Right of Livelihood). Elle est membre du comité d'attribution des prix de l'UNEP (Prix pour l'Environnement des Nations Unies) et reçut aussi le prix africain du leadership pour une agriculture vivrière.
Wangari Maathai, en véritable prophète ne trouve pas de paroles assez fortes pour critiquer ceux qui violent la terre et oppriment les pauvres. Le simple fait d'être riche, puissant, propriétaire terrien, ne donne pas le droit de détruire notre environnement. N'y a-t-il pas chez elle quelque chose de ce prophète hébreu nommé Amos?
"Le lion a rugi : qui ne craindrait?
Le Seigneur Yahvé a parlé : qui ne prophétiserait?
...Ils ne savent pas agir avec droiture, - oracle de Yahvé -
eux qui entassent violence et rapine en leurs palais" (Amos 3, 8, 10).
Soeur Helen Prejean
S. Helen Prejean, des États-Unis, correspond au type de prophète des temps modernes. Par son travail, son exemple, ses écrits, ses interventions publiques, ses convictions religieuses elle tient tête au gouvernement américain, particulièrement dans sa position politique sur la peine de mort.
S. Helen fait partie des Soeurs de St. Joseph de la Nouvelle Orléans. Son ministère la conduit à s'occuper à la fois des familles et des individus concernés par la peine de mort. C'est une des voix les plus fortes en faveur de l'abolition de la peine de mort aux États Unis. Son ministère comme conseillère spirituelle auprès des détenus condamnés à mort consiste à témoigner de cette vérité que toute vie est sacrée, que ce soit celle d'un coupable ou d'un innocent. Elle a montré qu'un amour réconciliateur n'a pas de frontière, en s'adressant aussi aux familles des victimes des détenus condamnés à mort. Sa persévérance et ses récits passionnants ont ébranlé beaucoup de coeurs assoupis, les amenant à regarder en face l'horrible réalité de la peine de mort. Helen est très impartiale dans sa position prophétique.
Son livre "Dead Man Walking" (La Dernière Marche) a été porté à l'écran avec grand succès. Ses nombreux prix ont drainé des foules de spectateurs. Ainsi sa dimension prophétique a touché beaucoup de gens qui n'auraient peut-être pas connu sans cela l'horreur de tuer dans la légalité.
N.B. Nous avons parlé ici de quelques prophètes d'aujourd'hui. Sans aucun doute un bien plus grand nombre de femmes et d'hommes pourraient être montrés en exemple dans ces pages. Nous avons dû limiter leur nombre. Le groupe des promoteurs apprécierait de recevoir une courte note sur des personnes connues des lecteurs de ces lignes, et dont la vie peut servir d'exemple à d'autres.

2.2 LE REGNE DE DIEU

L'enseignement et l'action de Jésus sont centrés sur le Règne de Dieu:
o Le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous : Le 11, 20
o Le Royaume de Dieu est au milieu de vous : Le 17, 21
o Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : Me 1, 15 et Mt 4, 17
Le Royaume est "là" et "pas encore"
L'annonce du Royaume marque l'arrivée d'une ère nouvelle, d'un nouvel ordre pour la vie: c'est ce que nous voulons vraiment exprimer quand nous disons: "Que ton Règne vienne...."
L'annonce du Royaume par Jésus proclame
qu'un temps de Jubilé spécial est arrivé et
qu'en Lui se réalisent tous les idéaux les plus hauts du Jubilé:
"II m'a envoyé...
proclamer une ANNÉE de GRÂCE
du Seigneur"
Le 4, 18-19
Quand Jésus proclame le Règne de Dieu:
o D'abord, il annonce le jugement de Dieu sur l'ordre social du moment;
o Puis il affirme que les choses peuvent être changées;
o enfin, que ce changement a déjà commencé à se faire
La manière de vive de Jésus équivaut à une redéfinition de ce qu'est un être humain. Sa conception de la vie humaine ne se base pas sur les normes en cours, mais sur les critères et les valeurs du Royaume futur. En y croyant et en agissant sur lui, II le fait exister. Il vit comme si son Royaume était déjà présent, et ainsi II le rend présent - pour autant qu'il s'agisse de ses relations personnelles. Mais le Royaume est une réalité commune et publique autant que personnelle. Pour le rendre vraiment présent, il doit y avoir transformation des communautés et de la société dans son ensemble. Les disciples de Jésus sont appelés à "compléter ce qui manque aux épreuves du Christ" (Col 1, 24), en continuant à vivre des valeurs du Royaume et ainsi à le faire exister. La seule manière de proclamer vraiment que je crois dans le Royaume, c'est de le vivre - aux différents niveaux personnel et interpersonnel, socio-économique et politique.
C'est dans les béatitudes que l'on comprend le mieux les valeurs du Royaume:
o Vivre les valeurs du Royaume, c'est se convertir du point de vue religieux, changer d'attitudes:
a) par rapport à ce que l'on possède, vendre tout et en donner le fruit aux pauvres (Mt, 19,21);
b) par rapport au pouvoir, (Mt 5, 5; 11, 29; 18, 14);
c) par rapport au prestige social, (Le 14, 7-11), ne pas prendre la première place lorsqu'on est invité à une fête;
d) par rapport à la compréhension de la religion, (Le 18, 13), se reconnaître humblement pécheur.
o Vivre les valeurs du Royaume c'est se convertir du point de vue moral, changer la manière de nous situer par rapport à Dieu et aux autres:
a) partager ce que nous avons, faire bourse commune (Jn 13, 29; Ac 4, 34);
b) compter sur l'hospitalité des autres (Mt 8, 20);
c) être serviteur des autres (Mt 20, 25-28; Jn 13, 15);
d) ne pas chercher les premières places (Mt 20, 21-23);
e) ne pas se servir de la religion pour obtenir pouvoir, statut, privilège (Mt 20, 6-8).
o Vivre les valeurs du Royaume, c'est se convertir du point de vue politique, c'est-à-dire oeuvrer pour:
a) un ordre économique différent ( Mt 20,1-15);
b) un ordre politique différent (Mt 20, 25-26);
c) un ordre culturel différent, avec des attitudes "nouvelles" vis à vis des Samaritaines, des femmes (Jn 4, 9-27);
d) un ordre religieux différent (Jn 4, 23-24; Mt 23, 8)
L'annonce du Royaume par Jésus implique la vision d'une société nouvelle. Le Royaume qu'il annonce est la réalisation d'une communauté "alternative", autre, prévue dans l'histoire biblique, dans l'Exode, où les Israélites libérés de l'esclavage d'Egypte sont devenus le peuple de Dieu (Ex 6, 2-7)
L'annonce du Royaume par Jésus est à la fois une promesse et un appel pressant, un regard porté vers la réalisation ultime de cette communauté alternative.
Tous ses miracles doivent être considérés en relation avec le message du Royaume.
Le règne de Dieu arrive partout où Jésus triomphe du pouvoir du mal. Jadis, comme maintenant, le mal prenait bien des formes: souffrance, maladie, mort, possession diabolique, péché personnel, immoralité, pharisaïsme sans amour de ceux qui prétendent connaître Dieu, maintien des privilèges d'une classe spéciale, rupture dans les relations humaines, etc.
C'est surtout à ceux qui se trouvent en marge de la société qu'il communique la possibilité d'une vie nouvelle, basée sur la réalité de l'amour de Dieu. Le règne de Dieu est pour ceux qui sont "à la périphérie" (les marginalisés), ceux qui souffrent, les collecteurs d'impôts et les pécheurs, les veuves et les enfants.
Dans le ministère de Jésus - ses paroles comme ses actions - le Royaume implique à l'évidence la dimension sociale, économique et politique des relations humaines voulues par Dieu. Les façons précises dont Jésus décrit et manifeste la présence du Royaume sont toujours en rapport avec le bien-être des personnes. Les guérisons et les exorcismes de Jésus sont des indications que le Royaume est déjà présent. (Voix du Tiers Monde, p. 78). Ce sont aussi des signes de la fin de l'empire de Satan, Satan apparaissant comme le mal et le pouvoir structurés (Me 5, 1-20).
Il semble bien que Jésus songe à des modèles bien définis et différents de ce qui se pratique, en fait de relations sociales pour cette société du Royaume où nous sommes appelés à entrer, qu'il songe aux conditions pour y entrer. Le vieil ordre est remplacé par un ordre socio-politique nouveau: le "Royaume de Dieu" où Jésus nous invite à "entrer".
Dans le ministère de Jésus, il n'y a pas d'opposition entre sauver du péché et sauver d'un mal physique, entre le spirituel et le social. Dans les évangiles, au moins 18 fois les évangélistes emploient le mot "sauver" en parlant de la guérison des malades par Jésus.
Dans les synoptiques, le repentir (conversion, metanoia) n'est pas une démarche psychologique, mais un processus qui embrasse la réalité et la présence du Règne de Dieu. L'appel à être disciples est un appel à entrer dans le Royaume de Dieu, et donc, comme tel, un acte relevant de la grâce.
En priant "Que ton règne vienne", nous nous engageons aussi à commencer, ici et maintenant, à rendre plus proche et à anticiper le Règne de Dieu. Il viendra puisqu'il est déjà là! Il est à la fois déjà accordé et à conquérir, don et promesse, présent et à venir, célébration et anticipation. Même le rejet et la croix ne sont pas des obstacles.
Jésus fait du Règne de Dieu le centre de son enseignement. Cette perspective nous invite à penser à ce que serait le monde si la volonté de Dieu était acceptée et suivie par tous, si la loi de l'amour était observée par tous, si le plan de la création était réalisé en tous ses éléments. Ce Règne est maintenant une réalité, mais de façon telle qu'il doit grandir parmi nous. Il est promesse de santé et de réalisation totale, pour toute l'humanité et pour toute la création: les aveugles commencent à voir, les boiteux se mettent à marcher, les sourds à entendre et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
Le Règne de Dieu est un règne de justice et de vérité, de sainteté et de paix, de grâce, d'unité et d'amour. En réalité, il nous permet de comprendre ce qu'est la volonté de Dieu, et en quel Dieu nous croyons. Par ce que nous savons du règne de Dieu, nous pouvons discerner ce qui est bon, acceptable et parfait. Croire au Règne de Dieu conduit à être ses serviteurs et à bâtir ce Règne, "par l'amour qui a été versé en nos coeurs" (1 Jn).
L'Eglise primitive a compris son engagement missionnaire dans le monde dans un contexte de fin des temps imminente, fin des temps déjà venue et encore à venir. L'attente de la fin imminente est une composante et une présupposition de la mission; en même temps elle s'exprime elle-même dans la mission.
Voici quelques valeurs du Royaume que nous sommes appelés à promouvoir dans le monde d'aujourd'hui: unité, sécurité, justice, travail, relations avec les personnes et l'environnement, compassion, harmonie, espoir/espérance, solidarité, inclusion, - et bien sûr, paix.

2.3. APPEL DU JUBIL
(APPEL À RENOUVELER L'IMAGE DE JÉSUS ET DE SA MISSION)

 

2.3.1 L'appel du Jubilé a une dimension sociale et spirituelle

"L'année jubilaire devait rétablir l'égalité entre tous les fils d'Israël, ouvrant de nouvelles possibilités ... La justice, selon la Loi d'Israël, consistait surtout à protéger les faibles ... L'année jubilaire devait servir précisément à rétablir aussi cette justice sociale ... (car) les richesses de la création devaient être considérées comme un bien commun de l'humanité entière" (Jean-Paul II, Tertio Millennio Adveniente, 1994 - TMA n° 13).
Chaque année jubilaire est aussi une année sabbatique, car selon le Lévitique, l'année sabbatique a lieu tous les sept ans. Cela coïncide avec l'année jubilaire: "Sept fois sept ans" (Lv. 25, 8). La loi de "faire reposer la terre" devait être observée tous les sept ans, et donc aussi tous les cinquante ans.
Année Sabbatique :
Ex 23, 10-13: "Pendant six ans tu ensemenceras la terre et tu en engrangeras le produit. Mais la septième année, tu la laisseras en jachère et tu en abandonneras le produit; les pauvres de ton peuple le mangeront et les bêtes des champs mangeront ce qu'ils auront laissé."
Lv 25, 1-7: "... en la septième année, la terre aura son repos sabbatique, un sabbat pour
Yahvé... Le sabbat même de la terre vous nourrira, toi, ton serviteur, ta servante, ton journalier, ton hôte, bref ceux qui résident chez toi. A ton bétail aussi et aux bêtes de ton pays tous ses produits serviront de nourriture."
Dt 15, 1-18: "Au bout de sept ans, tu feras remise ... La septième année, tu le (ton esclave) renverras libre ..."
Année Jubilaire:
Lv 25, 8-55: Toutes les dettes doivent être remises, les esclaves acquis durant 49 ans libérés, la terre acquise durant 49 ans restituée ... On proclamera la LIBÉRATION pour tous:
o les esclaves seront libérés;
o toutes les dettes seront remises;
o chacun retournera dans sa propriété et dans sa famille;
o on proclamera la liberté pour tous les habitants, chacun ayant droit à la terre;
o une année de réconciliation commencera.
Comme on peut le voir dans ces textes, la libération est proclamée pour le peuple et pour la terre. Nous laissant guider par ce message biblique, pour nous l'an 2000 est important : son message, dans le contexte actuel attire l'attention à la fois sur l'être humain et sur l'environnement.
L'année sabbatique et l'année jubilaire ont été établies pour aider la communauté juive à pallier aux injustices et aux inégalités.
En Le 4, 16-19, Jésus se réfère clairement à l'année jubilaire, "l'année de grâce du Seigneur" -"... porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés..". Le Jubilé.... une année de grâce du Seigneur... caractérise toute l'activité de Jésus. La mission du Christ et le thème du Jubilé sont étroitement liées. (TMA n° 11 - 40)
Luc résume tout son Évangile dans la lecture d'un passage d'Isaïe par Jésus le jour du Sabbat. Jésus se réfère à un temps avant le règne de David, aux premiers temps du Jubilé:
o bonne nouvelle aux pauvres
o libération des captifs
o retour à la vue des aveugles
o liberté aux opprimés
o annonce de l'année de grâce du Seigneur
Les paroles et les actions de Jésus représentent l'accomplissement de toute la tradition des
jubilés:
Le 4,16-21; Is 61, 1; 58, 6; Lv 25,10.
"Tous les jubilés se rapportent à ce 'temps' et concernent la mission messianique du Christ" (TMA n° 11). La source d'une telle tradition était strictement théologique... Si, dans sa Providence, Dieu avait donné la terre aux hommes, cela signifiait qu'il l'avait donnée à tous. C'est pourquoi les richesses de la création devaient être considérées comme un bien commun à l'humanité entière. Celui qui possédait ces biens en tant que propriétaire n'en était en réalité qu'un administrateur, c'est-à-dire un ministre tenu à agir au nom de Dieu, l'unique propriétaire au sens plénier du terme, car la volonté de Dieu était que les biens créés servent à tous d'une manière juste. L'année jubilaire devait servir précisément à rétablir aussi cette justice sociale" (TMA n° 13).


2.3.2 Vision de Jean-Paul II pour le Jubilé de l'An 2000 (TMA N° 51)

"Comment ne pas souligner plus nettement l'option préférentielle de l'Eglise pour les pauvres et les exclus? On doit même dire que l'engagement pour la justice et pour la paix en un monde comme le nôtre, marqué par tant de conflits et par d'intolérables inégalités sociales et économiques, est un aspect caractéristique de la préparation et de la célébration du Jubilé".
"... Les chrétiens devront se faire la voix de tous les pauvres du monde, proposant que le Jubilé soit un moment favorable pour penser, entre autres, à une réduction importante, sinon à un effacement total, de la dette internationale qui pèse sur le destin de nombreuses nations". (TMA n° 51)
Quelques suggestions concrètes proposées dans la Lettre Apostolique: (TMA n° 51)
o s'engager pour la justice et pour la paix;
o se faire la voix de tous les pauvres du monde;
o réduire substantiellement ou effacer complètement la dette internationale;
o mener une réflexion sur les difficultés du dialogue entre les cultures;
o considérer sérieusement les problèmes liés aux droits de la femme;
o promouvoir la famille et le mariage

Pour une Réflexion plus approfondie et une Action en vue du Jubilé de l'An 2000
Dans plusieurs églises locales, la préparation du "Jubilé" comprend une réflexion sur la conversion, la réconciliation, le pardon, etc.
Au Zaïre, les missionnaires du CIAM (Centre d'Information et d'Animation Missionnaire), ont lancé un large appel auprès des femmes et des hommes de bonne volonté par une campagne de signatures demandant l'effacement de la dette africaine pour l'an 2000.
En Grande Bretagne, des personnes liées aux diverses églises ont lancé la Campagne du Jubilé de l'An 2000 avec une demande de faire parvenir à la Réunion du G7 de 1999 (Voir Annexe Al.4, 1.5, 1.6) une Charte du Jubilé fournissant une base pratique pour l'effacement des dettes impossibles à acquitter. Voici quelques extraits d'un article écrit par Ann Pettifor, l'une des coordinatrices pour cette Charte du Jubilé de l'An 2000:
"L'appel du Jubilé de l'An 2000 est un appel à délivrer du joug de la dégradation économique ceux qui sont tenus en esclavage par les forces économiques, en particulier la Dette Internationale... Le retard de paiement de cette dette que ne peuvent payer les gouvernements des pays les plus pauvres ne pourra jamais être régularisé, si on n'en vient pas à une remise acceptée par les créditeurs. Cherchant à en finir avec cet esclavage de la dette et en vue de créer un nouveau type de relations financières raisonnables en même temps que rigoureuses entre pays riches et pauvres, une remise de ces dettes devrait être faite pour l'année de la Rédemption, le Jubilé de l'An 2000...
1. Dans la Bible juive, la foi de la communauté juive en Yahvé demandait que la pauvreté et l'endettement soient "régularisés" tous les 50 ans. Le monde d'aujourd'hui a un besoin urgent d'une Année Jubilaire: en effet, 20% de la population mondiale accumulent de plus en plus terres et ressources; le nombre de pauvres et de marginalisés augmente, dans le Nord comme dans le Sud. Ces pauvres n'ont pas les moyens d'un développement intégral: pour l'éducation, les soins médicaux de base, un logement décent, un emploi convenable, bref tout ce qui contribue à la dignité fondamentale de l'homme.
Selon vos possibilités (quel que soit votre secteur d'engagement apostolique), quels sont les moyens, si modestes soient-ils, par lesquels vous pensez pouvoir célébrer ce Jubilé en transformant la réalité humaine dans laquelle nous vivons?
2. Notre planète terre est progressivement détruite au nom du progrès et du développement, mais cela pour bénéficier seulement à une petite minorité de la population mondiale.
Dans la Bible juive, il était demandé à la communauté des Hébreux de laisser reposer la terre tous les sept ans. Durant cette année-là, Yahvé assurait suffisamment de nourriture pour les hommes et les animaux. L'année sabbatique était un moyen d'aider les gens à arrêter d'accumuler, tout en permettant en même temps à la terre de se régénérer. La planète peut être sauvée seulement si nous, les humains, cessons d'accumuler. Beaucoup de personnes et d'organisations font des efforts pour sauver ou renouveler la planète.
Comme membre d'une congrégation religieuse,
dans quelle catégorie est-ce que je me trouve?
celle qui détruit la planète? .
celle qui aide à la sauver? .
celle qui la renouvelle? .
un peu dans les trois?
Selon vos possibilités, si minimes soient-elles, quelles initiatives pourriez-vous prendre pour adapter le principe de l'Année Sabbatique biblique à la situation d'aujourd'hui?
3. Le Pape Jean-Paul II, dans son encyclique Tertio Millennio Adveniente (TMA) proclame l'An 2000 Année Jubilaire, reliant le principe biblique de l'année jubilaire à Le 4,16-19. Dans TMA n° 11, il dit que "... Le Jubilé, une année de grâce du Seigneur, est ce qui qualifie l'activité de Jésus". Au n° 40, il dit que dans ce passage de Luc, " s'entrecroisent le thème du Christ envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle et celui du Jubilé".
Devant la réalité du monde d'aujourd'hui, quelles seraient vos suggestions à votre propre congrégation religieuse quant à la manière, pour ses membres, de célébrer :
. leurs propres jubilés;
. les jubilés des couvents /communautés, provinces, institutions, etc.
. le Jubilé de l'An 2000.


2.4. RÉFLEXION THÉOLOGIQUE SUR QUELQUES THÈMES PARTICULIERS


On trouvera ci-après une série de réflexions
sur des thèmes importants qui peuvent aider
à approfondir les fondements bibliques de JPIC


2.4.1 Incarnation

La théologie de l'Incarnation donne de plus en plus d'importance à un nouveau sens du mot Solidarité. "Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore..." (Ph 2, 6-7). Venant dans notre chair et se faisant l'un d'entre nous en toutes choses excepté le péché, Jésus nous montre jusqu'où peut aller la solidarité.
C'est en étant "intégré" dans un peuple, en devenant totalement "inculture" que Jésus a pu révéler le plan du Père sur l'humanité. Pendant trente ans, dans le "Silence" de Nazareth, Jésus "lit et décèle les Signes des Temps", dans la Palestine de cette époque. C'est pendant ce temps que sa mission gagne progressivement en netteté. C'est en "se vidant" de lui-même qu'il devient possible pour lui de réaliser la mission que le Père lui a confiée, de promouvoir le Règne de Dieu. C'est par son incarnation que Jésus nous a révélé combien la personne humaine est capable de faire le vide en elle pour faire place à Dieu et aux autres. Tout ce que Jésus a eu par nature, nous le recevons par grâce.


2.4.2 Résurrection - Pentecôte

L'obscurité de la nuit donne naissance à la clarté du jour avec chaque aurore. Cette réalité qui est aussi source d'inspiration a rempli le coeur et l'esprit des humains, de tout temps. Avec la résurrection, Jésus devient non seulement symbole mais porteur et garant d'une nouvelle vie. Désormais, au coeur même de l'humanité, nous faisons l'expérience de cette vie nouvelle qui apparaît sur la terre à travers la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Le Règne de Dieu n'est pas un programme mais une réalité, apportée à notre monde par l'événement de Pâques. "Étroitement lié à la résurrection, faisant presque partie de l'événement de Pâques lui-même, le don de l'Esprit que nous recevons est aussi totalement lié à la mission. L'Esprit vient du Christ ressuscité qui est à l'oeuvre dans le monde.
La puissance de la résurrection se manifeste à travers l'Esprit. Avec notre engagement dans la direction de JPIC, la grâce est rendue opérante par l'Esprit. Pour la communauté des disciples de Jésus, la résurrection du Christ et la venue de l'Esprit sont des preuves tangibles du "déjà là" du Règne de Dieu. Le "pas encore" se nourrit dans le "déjà là". (Bosch 41)
Si le Seigneur n'est pas ressuscité, alors notre foi est vaine. Nous pourrions dire que sans la résurrection, la vie et l'enseignement de Jésus ne représenteraient qu'un beau rêve; la loi de l'amour aurait certes été merveilleuse mais trop difficile et pas réaliste du tout; certes, la loi de la justice aurait beaucoup amélioré la qualité de la vie, mais son coût en aurait été trop élevé. Par sa mort et sa résurrection, Jésus a pu sceller la valeur et la portée réelle de sa vie et de sa mission.
Un jour où Dan Berrigan donnait un cours sur la mort et les approches de la mort, un de ses auditeurs savait qu'il mourait du cancer. Dan fixa cet homme du regard et au bout de quelques minutes lui demanda: "Qu'est-ce qu'il y a? ". L'homme lui répondit: "Je suis en train de mourir du cancer". Dan réfléchit un instant puis dit: "Ça doit être passionnant!" L'homme dit par la suite que ces simples quatre mots avaient changé sa vie et lui avaient fait comprendre ce qu'est la résurrection.
La résurrection est une promesse de vie à venir. C'est l'assurance que la vie triomphe de la mort et la marque distinctive des communautés chrétiennes. Les chrétiens sont des croyants en la résurrection. La croix, le tombeau vide et les apparitions changent notre vision de la vie. La vie a un sens et justifie que l'on fasse des sacrifices pour une cause juste. Il est essentiel de croire en la capacité d'aller de l'avant, pour la personne humaine, malgré les nombreuses difficultés rencontrées de toutes parts. Les exemples de personnes qui surmontent des difficultés apparemment insurmontables sont cette sorte d'encouragement qui nous convainc que la Bonne Nouvelle de la Résurrection est le véritable fondement de notre foi en la vie.
Jusqu'à ce qu'il revienne...
La Création nous invite à reconnaître la beauté et l'ordre que Dieu a mis dans son oeuvre dès l'origine. L'Incarnation nous aide à voir à quel point Dieu aime le monde et tout ce qu'il contient. La Rédemption nous fait comprendre que personne et que rien ne sera perdu. Tout a été "racheté" par la mort et la résurrection du Verbe fait chair. Tout cela est réalisé en même temps que promis. Le Chrétien est une personne qui vit dans une tension permanente entre ce qui est déjà arrivé et ce qui est encore à venir. Le Règne de Dieu est là et il est encore à venir. Nous attendons sa réalisation, quand il viendra, et nous nous employons à oeuvrer pour cette réalisation, parce que Celui qui doit venir est déjà là. Les croyants croient que la paix, la justice, la beauté de la Création qu'ils travaillent à instaurer, est entre les mains de Dieu et viendra, à la plénitude des temps. Plutôt que d'amoindrir notre sens de la mission, cette espérance nous pousse à hâter la réalisation de ce dont nous avons reçu la promesse.


2.4.3 Conversion

Jésus a commencé son enseignement par ces paroles: "Le Royaume de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez en l'Evangile" (Me 1, 15). Il a demandé un changement du coeur, pressant ses auditeurs de changer l'orientation de leur vie, quittant la sécurité et la suffisance de ce qu'ils connaissaient et possédaient déjà, pour la promesse lumineuse du Royaume de Dieu visible à travers sa vie et son enseignement. Conversion, Formation et Évangélisation sont étroitement liés. Ces trois appels qui nous sont adressés se basent sur la rencontre de la volonté de Dieu, l'acceptation de cette volonté et la capacité de porter un regard lucide sur ce qui se passe dans le monde et dans la vie des gens sur la base de cette volonté, exprimée dans le plan divin du Règne de Dieu.
Le processus de la conversion consiste en ceci: découvrir une réalité nouvelle, accepter cette réalité avec toute sa valeur, sa vérité, et enfin conformer sa vie à cette vérité. Pour certains, la conversion est un changement quasiment instantané. Les exemples de Saint Paul ou Oscar Romero nous viennent à l'esprit. Pour d'autres, la conversion arrive au terme d'un long et laborieux processus de découvertes et de transformations. Ce qui a touché les congrégations religieuses ces dernières décennies en est un exemple. Même lorsque le changement semble être instantané, le moment de la conversion est suivi d'un long temps d'assimilation et d'intégration, comme l'illustre l'histoire de Paul. Le processus de conversion est souvent laborieux et douloureux. Cela signifie quitter un monde connu, avec tous ses avantages et inconvénients, et aller en direction d'une lumière qui commence à poindre à l'horizon. La sombre nuit de l'injustice donne naissance à l'aube brillante du Règne de Dieu, promise et donnée à ceux qui croient.
L'appel à la conversion reconnaît la présence du péché destructeur dans le monde, et l'aspiration à quitter cela pour une construction nouvelle. Il est bon de suivre une formation pour cela. Croire en de nouveaux cieux et en une terre nouvelle représente la fin de l'oppression et une vie en accord avec la liberté donnée aux filles et aux fils de Dieu dès les origines, et restaurée par la vie, la mort et la résurrection de Jésus, après l'égarement du péché (Ga 4, 31; 5, 1).
Conversion pour entendre le Cri du Pauvre
Le coeur de Dieu a été touché par le cri du pauvre. Ce Dieu connaît la souffrance de son peuple; il a entendu leur cri et il vient pour les sauver (Ex 3). Avant d'agir au nom de la justice et de l'amour, il est bon d'être comme ce Dieu, et donc d'écouter d'abord le cri du peuple, de connaître sa souffrance et de désirer avec force la libération des pauvres. Le cri des pauvres est le don du Saint Esprit. Dieu est donc à la fois lié au cri et à la réponse. Pour les croyants, ce cri sur les lèvres de ceux qui mettent leur espoir en Dieu est le point de rencontre entre Dieu et ceux que Dieu appelle. Le cri des victimes de l'injustice, c'est- à- dire le cri des pauvres, c'est le test de la promesse du Royaume de Dieu, de la vérité de l'Évangile que nous prêchons et de la profondeur de l'amour chez les disciples que nous prétendons être. Si ce cri n'est pas entendu, il est plus difficile pour les hommes et les femmes de croire. C'est la pierre d'achoppement. Par contre, lorsque nous écoutons le cri des pauvres et y répondons en vérité, nous sommes engagés dans un processus de conversion.
L'Option évangélique pour les pauvres
S'il est vrai de dire que tous les êtres humains sont pauvres de quelque façon, il est important
de comprendre la réalité de ceux qui sont matériellement pauvres aujourd'hui, c'est-à-dire
ceux qui n'ont pas le nécessaire pour vivre, ceux dont la voix et la contribution dans notre
société ne comptent pas, ceux qui sont concrètement victimes de discrimination et de violence
à divers niveaux.
Si l'amour de Dieu touche et transforme toute la création, et si le commandement de l'amour concerne tout homme et toute femme, il nous faut découvrir la façon dont cet amovir doit s'exprimer. Nous sommes appelés à aimer tout le monde. Dans certains cas, cet amour sera épanouissant et facteur de croissance, et dans d'autres cas, il entraînera qu'ils "seront renversés de leur trône". Dieu a fait des choix. L'option pour les pauvres est tout d'abord le choix de Dieu tel qu'il est présenté à travers toute la Bible, dans les déclarations et les actions de Yahvé comme de Jésus. Dieu a choisi un peuple petit et effacé et a envoyé ses prophètes pour défendre l'étranger, la veuve et l'orphelin. Les prophètes, au nom de Dieu, ont rappelé au peuple son alliance avec Dieu et ont proclamé les années jubilaires où tout serait remis sur le droit chemin et où les pauvres seraient libérés de leurs dettes. Jésus est né dans la dernière des bourgades et il fit des pauvres et des rejetés ses compagnons de vie et de mission.
L'option pour les pauvres représente un choix entre diverses façons de comprendre le monde et de se comporter. Or, chaque choix peut être une expérience de conversion. Il implique que l'on choisisse ses amis et compagnons, une façon d'évangéliser, des centres d'intérêt, des secteurs où nous investissions nos ressources, un style de vie.
L'option pour les pauvres et le travail pour la justice ne sont pas une seule et unique chose certes, mais ils sont étroitement associés. L'option pour les pauvres apparaît dans l'Évangile comme le moyen privilégié d'apporter la justice pour tous. Pour faire advenir la justice et la paix, il faut vivre dans le monde des pauvres et partir de là pour comprendre le monde, reconnaître ses possibilités de justice, condamner tout ce qui est injuste et construire un monde dans lequel tous les humains soient aimés et bienvenus. Toute cette démarche est un processus de conversion.
La conversion se fait dans et à travers notre engagement pour la JPIC.
Un religieux canadien prêtre nous fait part des réflexions suivantes:
" ..Je pense vraiment que la plupart d'entre nous, au Nord, nous n'avons pas cette conscience. Nous avons besoin de faire l'expérience de la VIE telle que la plupart de nos compatriotes la vivent. Nous sommes si éloignés de la vie des gens ordinaires. Les structures de la Vie Religieuse nous gardent loin de la vie réelle des gens ordinaires. Il nous faut VOIR le cri des pauvres, et il nous faut vouloir utiliser le mot pauvre comme le monde l'utilise aujourd'hui, c'est à dire avec le sens de pauvre = matériellement pauvre, abandonné, non reconnu comme personne, ceux qui sont totalement en dehors des structures du pouvoir économique... Il s'agit là d'un projet de vie, et c'est dans cette ligne que se trouve la conversion pour moi. "
Un exemple concret de conversion au cri des pauvres:
" Qu'est-ce qui a entraîné la conversion de Mgr. Romero? On m'a posé cette question mille fois. Je n'ai pas de réponse qui donnerait une explication technique ou psychologique. Je n'ai jamais parlé de cela avec lui. Il n'est pas facile de parvenir à une connaissance profonde de la vie intérieure de quelqu'un. Ce serait même présomptueux de chercher à le faire. Malgré tout, j'ai mon idée sur sa conversion, dont je peux vous parler. Je fais remarquer qu'il y a eu un changement chez lui et ce qu'il a fait après ce changement ne peut s'expliquer en aucune façon par les interprétations de manipulation qu'on a essayé de faire.
Je crois que le moment de la conversion de Mgr Romero fut le meurtre de Rutilio Grande. Romero connaissait très bien cet homme. Il le considérait comme un prêtre exemplaire et un ami. Rutilio était cérémoniaire à l'ordination de l'évêque. Malgré cela, Romero n'approuvait pas son travail à Aguilares. Il pensait qu'il était trop engagé politiquement, trop horizontal, très loin de la mission fondamentale de l'Église et dangereusement proche de certaines idéologies révolutionnaires. En ce sens, Rutilio faisait problème à Romero, mais en même temps il était une énigme. D'une part c'était vin bon prêtre, zélé, à la foi profonde. D'autre part, il semblait avoir choisi une mauvaise direction pour la mission. Je pense que l'énigme a été résolue à sa mort. Devant son corps sans vie, les écailles sont tombées des yeux de Romero: Rutilio avait raison. Le travail qu'il faisait, l'Église qu'il servait et la foi qu'il avait embrassée étaient les bonnes. Mais même sur un plan plus profond, s'il est vrai que Rutilio mourut comme Jésus, montrant la plus grande preuve d'amour en mourant pour ses frères et soeurs, alors sûrement que sa vie aussi ressemblait à celle de Jésus. Rutilio était un disciple très fidèle de Jésus.
En somme, ce n'était pas Rutilio qui était dans l'erreur, mais c'était bien lui. Ce n'était pas Rutilio qui avait besoin de changer, mais lui, Oscar Romero. Et il changea.
(Pour en connaître davantage sur Oscar Romero, voir Section 2.1.7)

2.4.4 Libération

Dans les Écritures hébraïques, les mots "Salut" ou "Sauver" sont utilisés en référence au salut de toute la personne, sans faire de dichotomie entre le corps et l'âme. Jésus, comme juif, utilise aussi le mot "sauver" en se référant à toute la personne dans un sens intégré. Il utilise 18 fois dans l'Évangile le mot "sauver" en se référant à la guérison du malade et au pardon des péchés.
Cette dichotomie entre le corps et l'âme est une des conséquences de l'influence de la philosophie grecque sur la théologie chrétienne et sur la catéchèse dans l'Eglise chrétienne primitive.. Il est largement et de plus en plus reconnu que, dans l'histoire de l'Église, nous avons eu tendance à mettre l'accent sur le salut de l'"âme", au détriment de l'application de ce mot à toute la personne. Ce n'est que récemment que, à la lumière des injustices croissantes et criantes du monde dont la conséquence est un manque de dignité humaine pour plus des deux tiers de la population mondiale, nous avons pris davantage conscience de la dimension libératrice de l'Évangélisation.
Les Théologies de la Libération qui se sont développées ont contribué à une compréhension plus intégrée de libération/salut appliqués à toute la personne, aux niveaux politique, socio-économique et spirituel.
Les Théologies de la Libération prennent en considération les structures de péché qui oppriment les êtres humains à tous les niveaux. Les hommes et les femmes ont besoin d'être libérés à la fois individuellement et socialement. Telle était l'histoire du salut relatée dans les Écritures hébraïques.
En fait, salut et libération sont deux mots que nous utilisons pour décrire la même réalité: la venue de Dieu au secours des hommes et des femmes pour les faire sortir de toutes sortes d'oppressions et les amener à faire un avec lui. Le salut et la libération sont nécessaires depuis le tout début et continueront jusqu'au moment où Jésus Christ sera tout en tous. Appelée à annoncer le salut et la libération, l'Église avec chacun de ses membres, travaille dans le monde pour faire connaître ce salut et pour remplir sa promesse. Quand la justice régnera, les hommes et les femmes seront libérés de tout ce qui opprime sur le plan tant spirituel que social, économique, psychologique et physique.
Quand nous examinons ce que nous faisons, il est bon de nous demander de temps en temps si c'est "facteur de libération", si cela aide d'autres personnes à se libérer. Comme gens d'Église, nous avons les sacrements, la catéchèse, des retraites, des dévotions, etc.: dans la mesure où ces pratiques aident à libérer les gens de ce qui les opprime, elles constituent une partie de la praxis de libération de l'Église. Le terme "praxis de libération" a été introduit dans la théologie catholique par la Théologie de la Libération.
Selon la méthode de libération de la théologie de la libération, une réflexion est pratiquée après l'événement, et l'un ne va pas sans l'autre. L'événement, ou la série d'événements qui présentent un intérêt selon la théologie de la libération, sont ceux où une praxis peut être identifiée. La praxis est une action dont le but est de transformer l'histoire pour le meilleur. Dans l'approche théologique selon le principe de la "praxis", la vérité doit d'abord être pratiquée et ensuite comprise. La théologie avec le principe de la "praxis" pose la question: "Que fait Dieu?" avant de poser la question: "Qui est Dieu?", et la question: "Que fait l'Église?" avant la question: "Qu'est ce que l'Église? Cela veut dire que l'on sera amené à savoir qui est Dieu à travers ce que fait Dieu, et à savoir ce qu'est l'Église à travers ce que fait l'Église.
Il ne suffit pas de dire que l'Église prend position en faveur de la libération et du salut: il faut que l'Église soit vue dans sa praxis de libération. Il faut qu'elle soit présente dans la communauté des croyants comme agent de libération intégrale. Il résultera de la réflexion sur la praxis libératrice de l'Église que les hommes et les femmes seront davantage conscients de cet attribut libérateur de Dieu. Si l'Église ne réussit pas à pratiquer cette praxis de libération, alors l'image de Dieu dans les esprits risque d'être déformée. On appelle parfois cette véritable praxis libératrice "orthopraxis". Il s'agit de la coopération d'une personne avec l'amour de Dieu pour le monde, dans l'édification du Royaume de Dieu. C'est ce qui constitue une authentique praxis libératrice. Pareillement, c'est la coopération de l'Église avec l'amour de Dieu pour le monde qui constitue sa praxis libératrice.
Les gens sont sauvés dans la mesure où ils sont libérés de tout ce qui les opprime. Il faut pratiquer l'évaluation et le discernement permanents dans une recherche d'une théologie et d'une missiologie qui nous aident à accomplir la volonté de Dieu pour notre monde.


2.4.5 Deux conceptions du salut

La réflexion qui suit, faite par John Fuellenbach pourra peut-être nous aider à mieux comprendre les deux conceptions du salut.
Le plan de Dieu sur la création a été conçu par les hommes de différentes façons. Les deux plus connues sont les suivantes. Selon la première "théorie", le salut est vu d'abord comme une opération de sauvetage de ce monde pécheur et méchant d'où les bons sont choisis pour entrer dans les Cieux Nouveaux et la Terre Nouvelle. Cela correspond assez bien à la vision du Royaume comme une réalité entièrement transcendante, quelque chose qui n'a pas de rapport avec ce monde... La seconde "théorie" voit le plan de salut de Dieu d'une façon plus "holistique", comme englobant toute la création. Cela signifie transformation de toute la réalité plutôt que sélection d'une partie.
Conception individualiste du salut
Ici, le plan de Dieu pour la création est vu d'abord comme totalement tourné vers l'autre monde et transcendant, sans rapport avec le monde actuel et ses dimensions sociales. On pourrait décrire une telle conception de la façon suivante: Dieu a créé les êtres humains avec l'intention de les conduire, ici sur terre, vers leur destinée finale que nous appelons en général le ciel. Chaque être humain doit pour cela, à titre personnel se rendre digne d'une telle vocation. Pour cela il est mis dans ce monde qui est habité par le péché, corrompu et donc dangereux. Ce monde ressemble à un immense champ d'épreuves créé pour fournir aux êtres humains les occasions parfaites où ils peuvent gagner ou perdre leur salut éternel. Si la personne surmonte l'épreuve, Dieu la récompensera par la vie éternelle. Pour les Gnostiques et les religions à mystères, les dieux s'emploient à chercher à peupler l'Olympe de quelques âmes choisies qui ont été rachetées de la mer agitée du monde fait de matière et d'êtres humains. L'individu est considéré comme un individu maître de lui, un Robinson Crusoe à qui est adressé l'appel de Dieu comme à quelqu'un sur une île, dont le salut se ferait exclusivement en relation personnelle avec Dieu. Cette conception oublie qu'aucun individu ne peut exister isolément. En fait il n'est pas possi